Royaume-Uni : à Glasgow, la pression de l’immigration devient « insoutenable »

 

C’est, officiellement, la ville la plus accueillante de tout le Royaume-Uni, mais son conseil municipal tire la sonnette d’alarme. Glasgow ne parvient plus à absorber le nombre de migrants qui déferlent et réclament un logement : elle reçoit 9 demandeurs d’asile sur 10 en Ecosse. Les autorités craignent que la situation ne devienne « insoutenable » et que la « cohésion sociale » ne soit franchement mise à mal. D’autant qu’elles sont obligées d’y consacrer des dizaines de millions de livres.

Le conseil municipal envisage de demander tout de go à Sir Keir Starmer de suspendre la dispersion des demandeurs d’asile. Pour lui, le système d’asile britannique est à revoir. Une réunion est prévue la semaine prochaine entre le conseil, le gouvernement écossais et le ministère de l’Intérieur.

Mais jusqu’à quand garderont-ils leurs œillères ? Comment empêcher des personnes de profiter d’un système d’accueil bien en place, en décalage avec les déclarations d’un gouvernement qui vient de dédier un sommet de deux jours à la lutte contre l’immigration illégale ?

 

Le système d’asile est en train de détruire la « cohésion sociale » à Glasgow

Le responsable des sans-abri au conseil municipal de Glasgow, Allan Casey, veut aborder avec la ministre de l’Immigration les pressions « totalement intenables » auxquelles la ville est confrontée, affirme le Daily Mail.

A l’heure actuelle, Glasgow accueille près de 4.000 demandeurs d’asile envoyés par le ministère de l’Intérieur ; des centaines d’autres sont logés en hébergement d’urgence. Et, depuis un an, 1.000 autres sont arrivés, qui ont obtenu des permis de séjour ailleurs, sur le territoire britannique, mais viennent néanmoins à Glasgow déposer une demande d’aide aux sans-abri parce que ses droits au logement sont bien connus et ses communautés de migrants largement établies.

Cerise sur le gâteau, plus de la moitié des personnes hébergées dans les logements temporaires de la ville appartiennent à des ménages qui ont reçu l’autorisation de rester au Royaume-Uni, mais ne disposent que de 28 jours pour trouver un nouvel endroit où vivre et quitter les logements fournis par le gouvernement : leur chiffre a été multiplié par deux entre 2023 et 2024.

Se trouve principalement mis en cause, comme le montre un rapport du Conseil de la ville publié en janvier, la politique d’asile simplifiée, annoncée par le gouvernement en juillet 2023, pour résorber l’arriéré des demandes d’asiles avant les élections générales – le système était (et est toujours) absolument engorgé.

Absorber plus pour mieux endiguer ? Drôle de technique. Au total, le nombre de demandes d’aide aux sans-abri au 17 décembre 2024 s’élevait, pour Glasgow, à 6.199, soit une augmentation de 17,2 % par rapport à l’année précédente. Si la tendance se poursuit, s’inquiète le rapport, on arrivera à 9.050 en décembre 2025.

Sans parler du fait que tout ce petit monde demande ensuite des visas de regroupement familial…

 

71 % des personnes interrogées estiment aujourd’hui que l’immigration est trop élevée

Tout cela a bien évidemment déclenché une crise de l’asile et des sans-abri.

La ville utilise 4.100 des 6.735 places disponibles pour les personnes en attente d’une décision d’asile, soit plus du triple de ce que recommande le ministère de l’Intérieur. Cette concentration a incité la ville à déclarer l’état d’urgence en matière de logement. En février, le conseil municipal a écrit aux propriétaires de 2.500 logements vacants pour leur demander d’envisager de les vendre ou de les louer. Suite logique, il a même invoqué des ordonnances d’expropriation pour racheter les logements vacants restés inoccupés.

Après Londres, Glasgow est la plus grande zone de dispersion des demandeurs d’asile du Royaume-Uni. Jusqu’en 2022, c’était même la seule ville écossaise vers laquelle le ministère de l’Intérieur les envoyait. C’est la raison pour laquelle, en 20 ans, la part des minorités ethniques dans la ville est passée de 5 % à 19 %.

Le vent pourrait-il tourner ? Allan Casey a déclaré que si le gouvernement ne faisait rien de plus, cela pourrait provoquer des « troubles sociaux » et voir de « mauvais acteurs » blâmer les demandeurs d’asile et les réfugiés pour leurs futurs problèmes financiers. Traduisez : si ça continue, il y aura la guerre. Le même rapport du Conseil de la ville a indiqué que les gens pourraient fuir l’Angleterre en raison d’un « comportement hostile important à l’égard des demandeurs d’asile et des réfugiés, qui a culminé avec des manifestations et le ciblage d’hôtels ».

En outre, la ville risque de ne plus pouvoir faire face économiquement parlant. Le coût de cette politique d’accueil s’élève à plus de 25 millions d’euros : le gouvernement britannique ne règle qu’un peu plus de la moitié. La ville doit compenser en tirant sur ses réserves. Et il n’y a « pas de fin en vue » selon les mots d’Allan Casey.

 

La pression sur le Royaume-Uni – et sur l’Europe

Quand même les politiques de centre gauche réagissent, on se dit qu’on est allé bien loin. Pourtant, pour le seul conseiller représentant du parti réformiste à Glasgow, ce coup de semonce est un « geste vide ».

Il faut traiter les causes, comme les arrivées par bateau qui ont représenté 32 % du total des demandes d’asile l’année dernière. Il faut renvoyer les demandeurs d’asile qui n’ont pas obtenu de titre de séjour : en 2022, moins d’un tiers de ceux-là ont été renvoyés. Et il faut moins en accepter : le nombre de refus dans le pays a diminué de 93 % entre 2010 et 2020.

Certes, l’année dernière a vu un mieux : le taux de demande d’asile acceptées est passé à 47 % seulement, au lieu de 75 % en 2022, d’après les chiffres du Times. Le solde migratoire a ainsi chuté de 20 %, mais il reste à près du triple de son niveau d’avant le Brexit. Et à présent, le ministère de la Justice britannique croule sous les dizaines de milliers de recours en attente de ceux qui veulent évidemment rester…

L’avenir démographique du Royaume-Uni est malheureusement fixé. Le président de Migration Watch UK a déclaré, le 30 janvier dernier : « Les chiffres officiels de l’ONS prévoient une croissance démographique de près de cinq millions de personnes d’ici à mi-2032 et de près de dix millions d’ici à 2047. Cette augmentation spectaculaire sera entièrement due à l’immigration et aux enfants de migrants. » Et J.D. Vance parlait, il y a peu, du lien entre stagnation économique et immigration de masse.

Que deviendront dans vingt ans ces pays européens, autrefois riches et rayonnants ?

 

Clémentine Jallais