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DRAME/FILM EXPERIMENTAL
À jamais ♠


 
À jamais est un film bouffi de prétentions, qui entend rendre un vibrant hommage à la scène de l’art contemporain au théâtre. Cette démarche ne nous a nullement réconcilié avec cet anti-théâtre, et plutôt confirmé dans nos préventions à son sujet. Le premier quart du film raconte encore une histoire. Puis vient du grand n’importe quoi, vide, et pas même décent.
 
Au Portugal, un français, acteur-réalisateur-scénariste – ce qui fait quand même beaucoup -, s’éclipse durant les deux heures de projection de son œuvre à un festival local. Dans la maison culturelle qu’il visite durant ce temps, peu inspiré par les tableaux de l’anti-Art contemporain, le personnage préfère admirer la performance d’une artiste inconnue. Elle est fort belle ; ses mouvements volontairement très lents la mettent certainement en valeur. Il la poursuit ; elle le reconnaît, se laisse convaincre. Il est interprété par Mathieu Amalric, lui-même déjà une petite célébrité du cinéma français, clin d’œil appuyé. L’actrice principale, Julia Roy, est elle bien moins connue ; il y a là un jeu facile sur cette distance semblable dans le film. Elle est aussi Française, donc ils parlent un peu. Toutefois, les dialogues souffrent d’une grande indigence, probablement volontaire, dans une démarche contradictoire voulant à la fois faire « réel » et faire « art minimaliste ». Par exemple, en accompagnement sonore d’une scène, dans la cuisine, sont échangés ces mots : « Que fais-tu ? – Tu vois bien, je mange »…Et en effet, il mange.
 

A fuir À jamais !

 
Ces deux amoureux quasi-silencieux se marient, étape du reste non-montrée, là encore par prétention de raccourci artistique probablement. L’ancienne compagne du nouveau marié le provoque : sa charmante jeune épouse finira par l’abandonner, tôt ou tard. Cette petite provocation et vengeance verbale aurait compromis l’équilibre psychique fragile du personnage : il se suicide plus ou moins dans un accident volontaire sur la route.
 
Puis, le film bascule dans l’absurde ou le vide volontaire : la veuve s’isole dans la grande maison vide au Portugal. Elle sombre, peut-être volontairement, dans la folie. Le pseudo-fantôme du défunt lui apparaît. Le réalisateur appuie très lourdement sur le côté fictif de cette réapparition, plusieurs fois, maladresse formelle et narrative évidente. Le faux-revenant répète les répliques passées du couple, répliques si volontairement pauvres déjà…Tout ceci est affligeant. Ce sabotage volontaire comprend même des scènes impudiques, et ce, étonnamment, avec une personne seule…Cet affligeant spectacle est certainement à fuir À jamais !
 

Hector JOVIEN

 
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