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Le billet
Justin Trudeau, la Canadienne, le sentiment et l’énergie : la politique du Hug

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Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a été pris à partie sur le coût de l’énergie par une Canadienne au bord de la faillite et de la crise de nerfs : il l’a consolée d’un hug et lui a promis que tout s’arrangerait. Pour juguler la colère populaire, la politique exploite une source d’énergie indéfiniment renouvelable : le sentiment.
 
De l’énergie, le Canada en a à revendre : quatrième producteur de pétrole au monde, cinquième de gaz naturel, deuxième d’uranium, huitième de charbon, sixième de nucléaire, septième d’éolienne, deuxième d’hydroélectricité. Ca l’incite sans doute à consommer (7,88 tonne d’équivalent pétrole par habitant en 2014, plus que les Etats-Unis, 6,94, il fait froid), et à polluer (15,61 tonnes de carbone par habitant, à comparer à la France qui n’en émet que 4,32, quoi qu’elle soit le premier exportateur net d’électricité. Comme quoi c’est bien le nucléaire, et non les sources d’énergie dite « propres », qui réduit l’empreinte carbone).
 

Désespoir politique d’une Canadienne ruinée par l’énergie

 
Avec tout cela, la facture énergie des usagers grimpe sans arrêt. Parce que l’extraction d’énergie fossile est salissante, et que la décision politique de mettre une taxe carbone sur les entreprises qui s’y livrent (notamment pour les sables bitumineux) pèse lourd. Kathy Katula, 54 ans, une Canadienne de Buckhorn, s’est effondrée en pleurs en interpellant Justin Trudeau, le sémillant premier ministre en tournée dans l’Ontario. Elle s’est nourrie de hot dogs pendant des années pour économiser de quoi s’acheter une maison et élever ses quatre enfants, mais aujourd’hui, à cause de la politique gouvernementale, elle ne s’en sort plus, elle assure n’avoir que soixante-cinq dollars pour vivre une fois les frais fixes défalqués de son salaire. C’est bien simple, sa facture d’énergie, 1.200 dollars canadiens, dépasse désormais largement son crédit immobilier, 900. C’est pourquoi elle s’est écriée : « Je me sens comme si vous m’aviez trompée ! » Les spectateurs présents partageaient son sentiment.
 

Justin Trudeau a mis du sentiment dans son Hug

 
Justin Trudeau était vêtu d’un élégant pantalon et d’une chemise bleu clair aux manches impeccablement roulées, c’est le genre beau gosse sûr de lui et dominateur : il a fait ce que fait un play boy soupçonné d’avoir trompé la femme qui lui parle, il a feint la plus complète désolation, l’a prise dans ses bras pour un « hug » solide, affectueux et interminable, elle a pleuré toutes les larmes de l’Ontario. Puis il lui a assuré que tout s’arrangerait, que la valse des tarifs était terminée et qu’il faisait confiance au distributeur d’énergie et aux autorités de l’Ontario pour qu’une Canadienne aussi méritante ne soit plus lésée. La foule, au bord de la bronca une minute plus tôt, a émis une sorte de soupir tendre qu’on entend d’ordinaire à la fin de Bambi, et Justin Trudeau s’est pris lui-même durant quelques secondes pour un homme bon et un politique efficace. Le coup du Hug pour inverser une courbe de popularité confinant à zéro, c’est du talent. Et c’est quelque chose que ne pourrait pas se payer Hollande. Ce que c’est quand même, d’être joli garçon.
 

Pauline Mille