Fake news : Léon XIV n’a pas dit que « l’ultra droite » est le plus gros problème de l’Espagne

Léon ultra droite Espagne
 

L’« ultra-droite » n’est pas le plus gros problème auquel se trouve confrontée l’Espagne. Un article d’El País affirmait le 23 février que le pape Léon XIV avait déclaré cela aux évêques d’Espagne. L’assertion avait fait couler beaucoup d’encre, d’autant qu’El País a une certaine réputation de sérieux, un peu comme Le Monde – mais tout aussi usurpée. Mais contrairement à une longue habitude de silence, la commission exécutive de la conférence épiscopale espagnole (CEE) a rapidement démenti cette fausse nouvelle diffusée le 23 février par le journaliste Julio Nuñez.

Celui-ci avait écrit sans sourciller : « Le pape a alerté les évêques en affirmant que sa plus grande préoccupation par rapport à l’Espagne est l’ultra-droite, qui tente d’“instrumentaliser l’Eglise”. » El País indique que le pape avait évoqué la manière dont ces groupes politiques « cherchent à remporter le vote catholique » et à « instrumentaliser l’Eglise ». Il lui était aussi attribué le souhait de voir les évêques d’Espagne adopter une ligne claire « face aux discours des partis politiques comme Vox et les groupes ultra-conservateurs sur l’accueil et la régularisation des migrants ».

 

Léon XIV n’a pas évoqué l’ultra-droite en parlant avec les évêques d’Espagne

José Beltrán de Vida Nueva rebondissait en écrivant : « Léon XIV a “littéralement” mis en garde les évêques espagnols au sujet de Vox. » Il ajoutait toutefois que l’objectif du pape était de faire prendre conscience du risque que l’on puisse identifier l’Eglise avec une seule tendance.

Le communiqué rendu public mardi matin reste assez sibyllin, mais montre clairement que ni la « droite », ni l’« ultra-droite », ni « Vox » n’ont été nommés par le pape, comme on le verra dans cette traduction intégrale :

« A la suite des informations parues dans le quotidien El País concernant les prétendues déclarations du pape Léon XIV lors de son audience avec la Commission exécutive de la Conférence épiscopale espagnole le 17 novembre dernier, cette Commission exécutive, réunie aujourd’hui à Madrid, tient à préciser ce qui suit :

« Le pape Léon XIV nous a reçus avec une affection particulière, a écouté les interventions de tous les membres de la Commission et nous a encouragés dans la mission d’évangélisation à laquelle se consacre l’Eglise en Espagne. Le Saint-Père nous a également encouragés à la communion entre tous les membres et toutes les institutions qui composent l’Eglise.

« Au cours du dialogue, le Saint-Père a notamment réfléchi aux risques de soumettre la foi aux idéologies, sans mentionner aucun groupe concret. Nous souhaitons exprimer notre respect et notre attachement au pape et accueillir son appel à la communion évangélisatrice dans la société dans laquelle nous vivons, avec tous ses défis. »

Soumettre la foi aux idéologies n’est certes pas nouveau dans les errements du monde. Cela a pu concerner bien des tendances politiques… Mais, en l’occurrence, cela ne dit rien de plus que l’évidence : la vraie foi en Dieu n’est pas un instrument au service d’autre chose. C’est au contraire, pour ce qui est de la vraie foi, la juste appréhension de la réalité, et toute idéologie doit nécessairement en être exclue.

En septembre dernier, Léon XIV avait publiquement déclaré : « Il n’y a pas d’un côté l’homme politique, de l’autre le chrétien… J’ai bien conscience que l’engagement ouvertement chrétien d’un responsable public n’est pas facile… Seule l’union avec Jésus – Jésus crucifié ! – vous donnera ce courage de souffrir pour son nom. »

 

Le démenti de la Conférence épiscopale confirmé par des évêques d’Espagne

Selon Religión Confidencial, les évêques interrogés au sujet des déclarations du pape ont refusé de les commenter précisément au motif que les propos tenus en privé par le pape ne doivent pas être répercutés. Cependant, il semble que le sujet politique a été soulevé par l’un des évêques présents – et donc pas à l’initiative de Léon XIV – mais le pape n’y a pas répondu dans les termes faussement cités par les médias, et ceux-ci ont en outre été rapportés « hors contexte » selon l’un des interlocuteurs du média.

Religión Confidencial conclut : « La quasi-totalité de ceux que nous avons consultés note que cette nouvelle comporte un élément d’intentionnalité évident, en relation avec le processus politique et électoral en Espagne, et que l’on est en train d’instrumentaliser les paroles du Pape. »

Comme disent les enfants, « c’est celui qui dit qui y est ».

 

Jeanne Smits