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L’immunité parlementaire de Gilbert Collard levée : faire de l’adversaire politique un délinquant

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Le pouvoir politique omniprésent et omnipotent qui nous gouverne ne tolère plus d’opposants : tout adversaire qui se dresse sur sa route doit devenir un délinquant. Telle est la raison de la levée d’immunité parlementaire votée par le bureau de l’assemblée nationale contre le FN Gilbert Collard.
 
Une petite équipe comme Reinformation.tv fait forcément des impasses quand l’actualité est riche, et j’avais choisi de passer la levée de l’immunité parlementaire de Gilbert Collard par pertes et profits, mais le pouvoir se montre trop arrogant en cette affaire, et surtout ses opposants mêmes sont incapables de porter contre lui les bonnes critiques : il faut donc y revenir.
 

Diffamé, Gilbert Collard devient délinquant

 
A l’origine, il y a une provocation de Jean-Jacques Bourdin sur RMC, comparant le Front national à Daech. C’est gratuit, et ça fait le buzz. Du tac au tac, Gilbert Collard affichait, pour montrer à l’aide d’une image l’inanité de la comparaison de Bourdin, une photo d’un homme gisant au sol, le crâne défoncé par les assassins de l’Etat islamique, avec la légende suivante : « Bourdin compare le FN à Daech : le poids des mots et le choc des photos ». Les choses en seraient restées là si le parquet de Paris, sur signalement du gouvernement à la police, n’avait jugé bon de poursuivre… Gilbert Collard, pourtant victime en l’espèce d’une accusation diffamatoire.
 
L’élu frontiste se trouve donc accusé d’avoir diffusé « un message à caractère violent, incitant au terrorisme, pornographique ou de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine ». Avec la circonstance aggravante que l’image « est susceptible d’être vue ou perçue par un mineur ». Gilbert Collard risque jusqu’à 75.000 euros d’amende et trois ans de prison.
 

Clémentine Autain rappelle ce qu’est l’immunité parlementaire

 
Mais Collard, étant député, jouit d’une immunité parlementaire. Aussitôt le parquet en a demandé la levée à l’assemblée nationale, que le bureau de celle-ci, convoqué en catastrophe, a voté à l’unanimité moins une voix, celle ce Clementine Autain, élue de la France insoumise.
 
Clémentine Autain a vu une partie de ce qui est en jeu. Elle déplore qu’Emmanuel Macron « piétine chaque jour un peu plus » le pouvoir législatif, tendant à faire de l’assemblée nationale « la succursale des impératifs d’un monarque républicain ». Elle a reçu sa convocation la veille au soir par courriel, avec un délai d’une demi-heure pour consulter le dossier. Ce sont des « condidtions inadmissibles » qui montrent le mépris de l’exécutif. Or, Mme Autain l’a rappelé, l’immunité parlementaire « n’est pas un privilège mais une condition de l’équilibre des pouvoirs, de l’indépendance et de la liberté d’expression dans l’exercice du mandat de député ». Définie par l’article 26 de la constitution, l’immunité parlementaire « vise à protéger l’indépendance des parlementaires contre les ingérences possibles du pouvoir ».
 

Levée de boucliers réflexe contre le Front national

 
On regrettera que Clémentine Autin, par tactique politique et par conviction aussi sans doute, ait cru devoir assortir ce rappel à l’évidence des imprécations ordinaires et obligatoires contre le Front national. Nul ne peut aujourd’hui reconnaître que le Front national, dans tel cas d’espèce, est dans son droit, et même qu’il peut être l’objet d’une persécution odieuse, sans professer sa haine dans le même élan. Faisant un petit couplet sur le « racisme » et son « autoritarisme » supposés du FN, elle a ajouté : « Nous sommes en total désaccord avec la publication par ce député d’extrême droite d’images de Daech, nous savons le choc que cela a constitué pour les familles de victimes et nous combattons l’idéologie du Front national sans aucune ambiguïté ».
 

Contre-sens volontaire du parquet contre un adversaire politique

 
Si on suit la logique de cette phrase, elle justifie la poursuite du parquet. Publier la photo des meurtres de Daech serait un geste fait contre les victimes : le contre-sens, ou pour mieux dire le mensonge, est flagrant. L’intention de Gilbert Collard était au contraire évidemment, pour faire litière de la comparaison lancée par Bourdin, de montre l’horreur de Daech. En prétendant, ou en laissant croire que la photo publiée par Gilbert Collard peut « inciter au terrorisme », le Parquet, le gouvernement et Clémentine Autain sont en l’espèce aussi ridicules qu’un quidam qui prétendrait poursuivre les livres d’histoire où figurent des photos de déportés de la seconde guerre mondiale pour apologie du nazisme, ou l’armée rouge écrasant l’insurrection de Budapest pour apologie du communisme. D’ailleurs, a-t-on poursuivi les nombreux médias qui ont publié la photo d’un petit garçon mort noyé sur une plage ? Elle était pourtant hélas « susceptible d’être vue par des mineurs ». Et, si l’on reprend la logique gouvernementale actuelle, elle pourrait constituer une apologie de la non assistance à personne en danger.
 

Gilbert Collard et la république victimes d’un coup d’Etat judiciaire

 
Moins dérisoire, et plus grave, est le silence général, que ne rompt nullement Clémentine Autain, sur la nature et l’étendue du pouvoir qui entend brider la représentation parlementaire. L’élue nous parle de « l’exécutif ». Mais c’est bien plus grave que cela. Nous ne sommes plus au temps de Montesquieu. En dehors du sabre et de l’or, dont l’équilibre s’est rompu au profit de la finance, il existe en Europe quatre pouvoirs institutionnels, deux élus, l’exécutif et le législatif, et deux cooptés, le judiciaire et le médiatique. Or, en l’affaire, ce sont trois pouvoirs confédérés sous la houlette de l’or, l’exécutif, le médiatique et le judiciaire qui s’emploient à juguler le législatif, car il conserve l’ombre d’une représentativité populaire. Nous sommes donc en présence d’un coup d’Etat judiciaire et médiatique.
 

L’immunité parlementaire dévoyée : confusion du politique et du droit commun

 
Dans le totalitarisme qui vient, les médias exaltent à tout bout de champ le goût de la justice dans le cœur du spectateur, et l’institution judiciaire satisfait ensuite la soif ainsi stimulée, au profit du pouvoir qui scénarise le tout. En ce qui regarde l’immunité parlementaire, elle a été instituée pour qu’on ne puisse pas faire taire un député par la menace. Ce qui est protégé est son discours politique, pas sa personne s’il commet des crimes et délits de droit commun, viole ses secrétaires ou pique dans la caisse. La demande de levée parlementaire au parlement européen pour emplois fictifs, recevable ou non, je ne connais pas le dossier, est concevable, car les faits délictueux, s’ils s’avèrent, constituent un délit de droit commun. La poursuite contre Gilbert Collard est une forfaiture, car elle touche à ses droits politiques, droit d’exprimer, par l’image ou la parole, son opinion. Mais l’on voit bien à quoi tend la révolution actuelle : à supprimer la distinction classique, millénaire, entre politique et droit commun. C’est le fruit de l’idéologie révolutionnaire, et cela permet de faire de tout opposant politique un délinquant. On savait déjà que le racisme n’est pas une opinion, mais un délit. Demain, toute opinion qui déplaît au pouvoir transforme celui qui l’exprime en délinquant. Une image montre l’extrême barbarie du terrorisme islamique : elle gêne le pouvoir, fait de Gilbert Collard un délinquant et de l’assemblée nationale une officine de police politique.
 

Pauline Mille