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La loi antiterroriste adoptée par l’Assemblée : suspicion et arbitraire

Loi antiterroriste Assemblee
 
Les députés ont voté, jeudi, en procédure accélérée, un texte de loi créant le délit « d’entreprise terroriste individuelle » et permettant le blocage de sites faisant « l’apologie du terrorisme ». Il y aurait quelque naïveté à croire que le gouvernement n’a en vue, à l’heure où l’on parle des filières islamiques pour l’Irak, que le contrôle maximal des grands méchants, barbus ou non, bardés de fusils automatiques et de grenades, et passés en quelque sorte, pour certains, du Coran à l’imagerie d’Epinal. Autant en profiter pour faire le tour des difficultés, et pourquoi pas ? avec les adversaires politiques – non ! pas l’UMP, dont certains membres ont d’ailleurs applaudi Bernard Cazeneuve. Au point que certains députés socialistes (si ! si !) ont pu s’inquiéter – mais on nous parle tout de même de l’unité de l’Assemblée sur le sujet – du fait que « la notion d’apologie du terrorisme puisse être interprétée de façon extensive ». Arbitraire quand tu nous tiens…
A côté donc des « loups solitaires » qui ont tendance à se radicaliser, le ministre de l’Intérieur compte s’intéresser, tout spécialement sur internet, aux sites considérés comme liberticides. Et c’est là que le bât blesse. Parce que, somme toute, la liberté est une notion on ne peut plus subjective et soumise à l’arbitraire de l’idéologie (socialiste, en l’occurrence) comme à la suspicion de l’ennemi de classe.
 

Du terroriste à l’opposant

 
Evidemment, le cadre est assez précis quand il s’agit du terrorisme « classique » : il faut qu’il y ait détention d’armes ou de substances dangereuses, formation à leur maniement, et rencontres virtuelles ou déplacements physiques dans des lieux où sont commis des actes terroristes.
Lorsqu’on arrive sur le terrain virtuel d’internet, tout devient évidemment plus flou. D’où l’inquiétude d’une partie de l’opinion publique, de certains magistrats, ou d’associations, qui désignent une atteinte possible aux droits fondamentaux. Mais cette considération est également valable, en démocratie, pour tout terrorisme.
Ce qui l’est moins, c’est, en définitive, la possibilité d’instituer un « délit d’intention ». Et là, on peut aller très loin. Jusqu’à Saint-Just qui tout en inspirant la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793, en concluait logiquement : « Pas de liberté pour les ennemis de la liberté ».