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Macron, son plan et les mâles blancs : une révolution française par les banlieues

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Macron a enterré le rapport sur les banlieues qu’il avait commandé à Borloo : « Deux mâles blancs qui ne vivent pas dans ces quartiers » et qui décideraient d’un plan, « cela ne marche plus comme ça ». Et cela implique une révolution de la façon de gouverner, et de l’identité française.
 
Elu président sans parti, par effraction, Emmanuel Macron poursuit sa révolution au sommet de l’Etat. Il a enterré le plan Borloo en une heure et demie. C’était le moins qu’il pouvait faire pour le malheureux auteur de cette énième usine à gaz dans les banlieues. C’était soporifique et presque outrageant en revanche pour le téléspectateur. Un chef de l’Etat dessine les grandes lignes d’une politique, en termes clairs et simples. De Gaulle excellait à cet exercice. Pas Macron.
 

Macron, ou la révolution présidentielle

 
Oh certes il est brillant, volubile, disert, logorrhéique sur les bords, il a un côté Forvil et studio d’Harcourt, et cette espèce de faculté de se convaincre soi-même qu’avait Sarko, en plus juvénile, sans oublier un peu du talent d’exposition de Giscard, en carrément bambin. Mais il en abuse. Il tranche de phénomènes extrêmement complexes sur un ton familier, comme de connivence, mais avec un vocabulaire inaccessible à la plupart des gens. En est-il même conscient ? C’est une insulte naturelle de gosse de riches éclairé aux pauvres imbéciles qui l’écoutent. Quant à son discours, ce n’est même pas celui d’un premier ministre, ni non plus une exhortation de PDG à ses cadres supérieurs, plutôt un boniment de banquier sympa, une conclusion un peu longuette de facilitateur en bout de séminaire. En plus de ça, il descend dans le détail, fixe des dates limites. Et si les choses ne se font pas dans les délais, qu’est-ce qu’il fait, lui, il s’en va ?
 

Un non-plan pour les banlieues françaises

 
N’examinons pas au fond son non-plan pour les banlieues, puisque c’est un non-plan et que, de son propre aveu, et par méthode, il ne contient rien de déterminant, sinon la volonté de le construire ensemble avec ceux qui doivent en être les acteurs et les bénéficiaires. Les quelques projets concrets qu’il a égrenés (1.300 policiers dans 60 quartiers, 30.000 stages) sont autant de gouttes d’eau dans la mer, et ne servent qu’à titre d’exemple, d’espoir, d’entraînement. Le maître mot d’Emmanuel Macron, durant tout son show, fut « mobiliser ». On évoluait entre le plan sur la comète et le vœu pieu, que la conjoncture a priori ne semble pas secourir : il nous invite à la pêche à pied à marée basse quand la marée remonte.
 
Mais sa posture est nouvelle, et révolutionnaire. En se plaçant dans la position d’un super-circulateur des informations et des souhaits plutôt qu’en grand mâle blanc dominant, Macron a souhaité faire une révolution française, ne plus être un père président mais un grand frère manager. Il n’est naturellement pas assez bête pour ne pas voir qu’il abaissait ainsi et l’autorité de l’Etat et l’autorité tout court.
 

Le racisme anti mâles blancs, une révolution française ?

 
Cette révolution de la façon de gouverner accompagne et exprime en quelque sorte une autre révolution que Macron mène en même temps, la révolution de la société française. Et pour commencer la révolution de l’identité française. Sa sortie à Borloo sur les banlieues qui n’accepteraient pas un plan décidé par « deux mâles blancs » est très éclairante. Marine Le Pen a immédiatement tweeté : » Je trouve extrêmement choquant que Macron évoque un argument racial digne des « Indigènes de la République », en délégitimant toute solution pour les banlieues qui émanerait de « mâles blancs ». C’est la consécration du communautarisme au sommet de l’Etat. » Juste. Emmanuel Macron, au moment où il fixait pour les banlieues un objectif de « reconquête républicaine », s’est défait des habitudes et des principes de la république française. On peut l’en féliciter ou l’en blâmer, on peut même dire qu’il s’essaie à tenir compte de la réalité, on ne peut pas en revanche le nier.
 

La révolution sociétale d’Emmanuel Macron

 
Pour Emmanuel Macron, la société française se compose donc de plusieurs tribus et ethnies différentes qui ne reconnaissent pas toutes l’autorité de la république française, et, pour ramener la paix civile, il convient d’utiliser la médiation d’officiers indigènes. C’est une reconnaissance officielle, par le premier magistrat de la république, de l’invasion, de son ampleur, des effets des migrations de masse sur les mœurs et les institutions de la France.
 
En écoutant le président avec soin, on voyait poindre une autre révolution. Si le rétablissement de la paix dans les banlieues et leur développement économique demeurent suspendus, dans les limbes, à la bonne volonté et à l’habileté des futurs co-constructeurs d’un plan en devenir, on pouvait repérer dans le discours d’Emmanuel Macron quelques éléments d’une autre nature, pour ainsi dire solides, tels des amers dans sa pensée, des projets opératoires tout de suite.
 

Les banlieues, prétexte d’un vaste plan de flicage de la pensée

 
En voici quelques-uns. D’abord la généralisation du testing encouragé par l’Etat et appliqué aux 120 entreprises françaises les mieux cotées en bourse. La délation et la fraude au service de l’antiracisme, sous les auspices de la puissance publique. Ensuite l’appel aux citoyens à « signaler ce qui ne va pas ». Ce que le président, s’élevant au niveau de la sociologie politique, a exprimé par un mot d’ordre général, la « société de vigilance ». J’ai ici-même déjà parlé de totalitarisme participatif : plus besoin de Big Brother quand des millions de little brothers and sisters veillent. Attentifs ensemble pour Vigipirate, pour dénoncer un terroriste ou un contenu « illicite » sur le web. Cette fois, c’est notre gentil grand frère le président des Français et des autres qui nous y engage. Les quelques policiers supplémentaires envoyés en banlieue n’y assureront pas la sécurité, mais ces projets, surtout si on les rapproche des déclarations de Macron sur les fake news, concourent à un renforcement toujours plus vétilleux de la police de la pensée.
 

Les mâles blancs dans le viseur de la révolution féministe

 
La petite décoration florale qu’a rajoutée Macron à la fin de sa conférence, sur « les mamans », missionnées pour changer les âmes et les us des banlieues, éclaire aussi la méthode choisie par Macron pour faire la révolution. Il n’a pas manqué de rappeler que le « challenge » de son quinquennat sera l’égalité homme femme. Pourtant, il a, dans son souci de ne pas heurter l’islam, admis avec empathie le port du voile dans l’espace public, dont il sait très bien que c’est pour l’islam un enjeu et un moyen de manifester sa puissance. C’est l’avantage de ces formules, telle l’égalité homme femme, qui ne veulent rien dire : elles disent tout des intentions de ceux qui les utilisent. L’égalité homme femme ne servira à protéger ni à promouvoir personne, mais elle sera, comme la société de vigilance, un puissant moyen de la révolution sociétale en marche. Et c’est ainsi que Macron le grand fait la révolution française à travers sa politique des banlieues.
 

Pauline Mille