Loi Macron : Valls passe au forceps du 49.3

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Le gouvernement aura tout fait pour que la loi Macron passe en force. Jeudi, après le rejet de la motion de censure de l’opposition contre le gouvernement par la majorité socialiste, Manuel Valls n’avait plus qu’à employer le forceps annoncé du 49.3 pour que le texte contesté devienne loi.
 
Quatre mois après l’échec d’une première motion de censure le 19 février face à la première utilisation du 49.3 dans la loi Macron, la motion des Républicains et des centristes de l’UDI contre le « coup de force » gouvernemental n’a recueilli que 198 voix, alors que la majorité absolue est de 289 voix – un total inatteignable en l’état actuel par les groupes qui s’opposaient au gouvernement. Et qui fait se demander si Manuel Valls avait réellement pris la mesure de la situation.
 

Loi Macron : le forceps du 49.3

 
On notera pourtant que le groupe Front de gauche, après avoir échoué à rassembler les cinquante-huit signatures nécessaires au dépôt d’une motion de censure de gauche, avait, assez exceptionnellement, décidé de joindre ses voix à celles de la droite, cette tactique constituant « l’unique moyen », selon son président André Chassaigne, de s’opposer à un « texte régressif ». Unique moyen, sans doute, mais notoirement insuffisant. Il est vrai que, une fois encore, l’opposition interne au Parti socialiste aura manifesté qu’elle est abusivement qualifiée de « fronde »…
 
Le rejet de la motion a donc pour conséquence automatique l’adoption en nouvelle lecture du projet de loi « sur la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques ».
 
Devant un hémicycle clairsemé – et pour cause puisque les députés n’avaient rien à dire dans ce processus – Manuel Valls a revendiqué sa volonté : « être efficace, aller vite pour répondre à l’exigence des Français ».
 
Curieuse façon, sans doute, de répondre aux Français en allant à l’encontre de leur représentation nationale, par le choix du 49.3 qui les prive d’une réelle expression…
 
Vantant son action, son mouvement, le premier ministre a évoqué « la cohérence de la majorité : c’est celle d’une gauche efficace, responsable ». L’efficacité consistant manifestement, lorsqu’on a perdu la confiance du pays, à imposer ses vues. Que n’aurait dit Valls si la droite avait agi de même…
 

Valls gouverne seul

 
Ce mouvement revendiqué paraît, en réalité, être une espèce de fuite en avant, avec l’espoir incertain de trouver par chance, au carrefour de 2017, le déclic qui rendra aux socialistes quelque lien avec les Français.
 
C’est la question qu’a justement posée Barbara Pompili, co-présidente du groupe écologiste, sur les moyens de « recréer les conditions de la confiance » dans la majorité, « mais avant tout la confiance avec les Françaises et les Français ».
 
Car, dans l’exercice du pouvoir, François Hollande et Manuel Vals font face à une crise – une crise d’autorité. Le chef de file des députés Républicains, Christian Jacob, n’a d’ailleurs pas hésité à dénoncer, dans cette affaire de loi Macron, « une mystification totale ». « Vous êtes affaibli, isolé, diviseur, fossoyeur de notre propre majorité », a-t-il lancé à Manuel Valls.
 
En annonçant l’alternance pour le « bien » du pays. Comme si notre pauvre pays n’avait pas déjà pâti abondamment de cette pseudo alternance !
 

François le Luc