Manuel Valls abandonne le vote des étrangers

Manuel Valls abandonne vote étrangers
Mauel Valls, le premier ministre était en conférence à Sciences Po mardi soir et a néanmoins réaffirmé que sa « volonté de changer les choses » demeurait intacte.

 
Coucou ! le revoilà. Absent ces derniers jours de la scène politique – il est vrai occupée tout entière par son bonimenteur de patron – le premier ministre a ressurgi pour une prestation donnée hier devant les étudiants de Sciences Po : « Réformer : pourquoi et comment ? » Manuel Valls en a profité pour expliquer qu’il avait abandonné la question du vote des étrangers.
 
Le sujet figurait pourtant en bonne place dans la longue liste des promesses faites, en 2012, par « moi, président » ; mais elle ne se sentira pas trop seule dans la liste secondaire, mais quasi identique, de celles qui n’ont pas été tenues.
 

Manuel Valls face à la crise de l’autorité

 
D’ailleurs, à cet égard, les socialistes au pouvoir ont toujours des excuses. En l’occurrence, cette réforme « ne peut pas se faire » faute d’une « majorité qualifiée ». Ça ! pour n’être pas qualifiée… Mais la faute à qui ? Il me démange d’ailleurs de qualifier – quoi qu’on pense de la gauche par ailleurs – les responsables de cette gabegie, mais le délit d’outrage, qui maintient la plupart des journalistes dans un juste milieu entre les chiens écrasés et la flagornerie, retient mes doigts au moment de les poser sur le clavier.
 
Plus jeunes, plus inconscients peut-être, les étudiants de Sciences Po n’auront pas eu cette retenue vis-à-vis de Manuel Valls. Après avoir dévidé, durant plus d’une heure, son bla-bla convenu, morne et plat, sur la France, le chef du gouvernement – faut dire que la réforme, c’est le marronnier fondateur du socialisme… – a fini par admettre que notre pays souffre d’une « perte de confiance profonde » liée à la « crise économique, sociale et démocratique », mais aussi à une « crise d’identité » et « de l’autorité ».
 
Les étudiants de Sciences Po ne le lui ont pas envoyé dire, dont un certain nombre ont copieusement sifflé le premier ministre, scandant, au milieu des huées : « La gauche tu l’aimes ou tu la quittes ! », « Valls tire-toi ! », et autres amabilités.
 
Pire encore, lorsqu’un élève l’interroge : « M. Valls, on vous a connu briseur de tabous, on a connu un Manuel Valls qui voulait changer le nom du PS, qui voulait un blairisme à la française, vous êtes-vous assagi ? Vous semblez avoir perdu de votre fougue réformatrice, alors n’êtes-vous pas un peu frustré, voire bloqué par François Hollande ? »
 
Apparemment, le premier ministre en a blêmi – et je me demande, moi, pourquoi je me suis retenu…
 

La faute à Sarkozy

 
Manuel Valls s’est alors lancé dans le panégyrique, dérisoire et mensonger, de son action, sur lequel il est inutile de s’étendre : parce que les Français l’ont déjà beaucoup trop entendu, et parce que, somme toute, il suffit d’écrire au passé le discours des promesses électorales dispensé au futur…
 
Tant pis si l’autorité, dont il a fait plus tôt le constat de la crise, prend un coup supplémentaire sur le chapitre de la crédibilité…
 
De toute façon, le premier ministre en avait déjà rendu responsable Nicolas Sarkozy, quelques heures plus tôt, devant les députés : « Quand un ancien président de la République estime qu’il n’y a plus d’autorité de l’Etat, comment voulez-vous que les Français aient confiance dans la justice, dans les forces de l’ordre, confiance dans la République ? »
 
Quel propos de Jocrisse ! Les Français n’ont plus confiance, parce qu’ils sentent, de moins en moins confusément, que Nicolas Sarkozy a raison sur ce point… Si l’autorité était naturelle aux actuels représentants de l’Etat, ils auraient ri du propos du chef de l’opposition.
 
Une nouvelle fois : à qui la faute ?
 

Le socialisme abandonne le vote des étrangers

 
Et le vote des étrangers, dans tout ça ? Outre qu’il n’a pas eu la force politique pour proposer cette réforme, Manuel Valls estime ce n’est « plus une priorité ». Le « vrai sujet » aujourd’hui est de « renouer avec la naturalisation ».
 
Effectivement, si les étrangers deviennent Français, plus besoin de leur proposer de voter : ils le feront naturellement. C’est beau, la magie socialiste !
 
Le premier ministre se dit cependant « convaincu qu’elle ne sera pas proposée à la prochaine présidentielle ». Cette bonne blague ! Avec la chute vertigineuse du niveau de confiance des Français en François Hollande, avancer en outre, pour 2017, la promesse électorale de la naturalisation, à l’heure où l’afflux d’étrangers en Europe se compte par centaines de milliers, voire par millions, serait, ni plus, ni moins, un suicide politique.
 
« Il ne faut pas courir derrière des totems », conclut, un brin elliptique, Manuel Valls, dont on hésite sur l’image qu’il désire laisser. Hésite-t-il à se faire chasseur de mythes ? Nage-t-il dans de sombres réminiscences freudiennes ? Ou craint-il tout simplement pour son scalp ?
 

François le Luc