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Banco ! Marine Le Pen a constitué un groupe au Parlement européen. Pourquoi maintenant ?

Banco ! Marine Le Pen a constitué un groupe au Parlement européen. Pourquoi maintenant ?
 
Il aura fallu un an à Marine Le Pen pour pouvoir, enfin, constituer un groupe au Parlement européen où le Front national est entré en force en mai 2014 avec 23 élus – deux de moins qu’il n’en fallait pour créer une entité – mais il lui fallait rassembler des élus issus d’au moins 7 pays membres. Avec les autres eurosceptiques du Parlement de Strasbourg, le compte était bon mais l’UKIP de Nigel Farage et quelques autres n’ont pas voulu répondre aux avances de la présidente du Front national. Farage allait réussir, temporairement, là où Marine Le Pen échouait. De défections en recompositions, Marine Le Pen attendait son heure : l’heure de dire « Banco » puisque l’Union européenne offre une belle manne, des temps d’intervention accrus et d’autres avantages aux groupes agréés. Depuis mardi, son attente est récompensée : elle a rallié de nouveaux élus et avec un élu du Parti de la liberté du Néerlandais Geert Wilders, Marcel de Graaf, elle coprésidera le groupe. Pourquoi maintenant ?
 
Deux élus polonais du parti polonais KNP, présenté comme « négationniste » par la grande presse, et une élue britannique de l’UKIP, Janice Atkinson, exclue après que son assistant a été accusé d’avoir établie des fausses factures, ont apporté un renfort suffisant en nations représentées pour permettre la constitution du groupe selon les règles du Parlement européen. Ils s’ajoutent à ceux qui étaient déjà partants : la Ligue du Nord italienne, le FPÖ autrichien, le PVV néerlandais et le Vlaams Belang, séparatiste belge.
 

Le groupe de Marine Le Pen au Parlement européen constitué moins de cinq jours après l’éloignement de Jean-Marie Le Pen

 
Mais le groupe coprésidé par le Front national se constitue sans deux de ses figures historiques, tous deux eurodéputés : Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch. Voilà qui ressemble furieusement à une mutation idéologique délibérée, où ceux qui sont perçus comme des gêneurs sont éliminés. Parmi les élus frontistes, ce sont ceux qui restaient accroché aux « fondamentaux » historiques du parti, capables comme Jean-Marie Le Pen jadis de faire une critique des droits de l’homme maçonniques ou comme Bruno Gollnisch d’afficher sa volonté de promouvoir la culture de vie.
 

Pourquoi maintenant ?

 
Est-ce leur absence qui a facilité la constitution du nouveau groupe ?
 
De là à penser que leur élimination, leur non sollicitation ou leur refus a facilité les choses il n’y a qu’un pas. Sans prétendre connaître les dessous des cartes, on ne peut pas ne pas constater que la « réussite » a suivi de très près la décision du bureau politique du Front national de suspendre Jean-Marie Le Pen de sa présidence d’honneur, vendredi dernier.
 
Dans un communiqué, Bruno Gollnisch a expliqué : « Marine Le Pen m’ayant indiqué que Jean-Marie Le Pen ne se verrait pas proposer d’en être membre, je lui ai déclaré alors que je ne pourrai non plus en conscience y adhérer tant que perdurerai cette situation. Elle m’a dit comprendre ma position. (…) Elu puis réélu député, dernièrement sur la liste que Jean-Marie Le Pen conduisait en 2014, ma conception de l’honneur ne pouvait me conduire à participer à un groupe excluant celui à qui nous devons, depuis la percée historique de notre entrée à Strasbourg en 1984, d’avoir maintenu la flamme de l’espérance nationale au milieu de tant d’adversité. »
 
La décision a en réalité révélé une profonde fracture au sein du parti, et marginalisé ceux qui en tant qu’« anciens » d’un mouvement « dédiabolisé », incarnent en quelque sorte les raisons de la réticence de ceux qui ne voulaient pas se compromettre avec le FN. L’ex-élue d’UKIP a clairement fait savoir que l’éloignement de Jean-Marie Le Pen avait « facilité » son ralliement, même si Louis Aliot, au nom du FN, a soutenu que ce départ n’était pas une « condition » posée par les alliés.
 

Pourquoi ? Beaucoup de millions d’euros, dans l’intérêt du parti…

 
N’allons donc pas jusqu’à dire que le coup était monté pour permettre de promouvoir ce que Marine Le Pen voit comme « l’intérêt du Front national » avant tout. Disons que la fracture se révèle pour le moins opportune.
 
Ironie des choses : voilà le FN allié avec des élus que la grande presse honnit pour les mêmes raisons que son fondateur l’a été et continue de l’être. Il dira, avec Marine Le Pen, que c’est pour mieux servir les « intérêts de la France ». Au prix d’un alignement sur la laïcité qui ne la sauvera pas, toutefois.
 
Mais au-delà des grands discours, il y a les intérêts matériels non négligeables. Alors qu’en France, le Front national bénéficie déjà des millions d’euros de subventions réservées aux partis politiques obtenant un minimum de voix et d’élus. Selon EurActiv, le groupe pourrait bénéficier de plusieurs millions d’euros supplémentaires d’ici à la fin du mandat parlementaire, soit 50 millions d’euros au total si l’on tient compte des salaires et autres avantages déjà acquis : c’est un doublement de la mise.
 
Le jeu en valait donc la chandelle et Gerolf Annemans, leader du Vlaams Belang, a reconnu que l’argent avait joué un rôle déterminant pour pousser à la constitution du groupe. Les millions faisant oublier quelques différences, et servant aussi de puissant moteur pour opérer les ajustements de personnes nécessaires ?
 
Ces millions sortiront de la poche des contribuables européens. Au profit d’une action dont la réalité et l’efficacité restent à démontrer : elle est en tout cas pour le moins difficile. Ne faut-il pas profiter du système tant que cela est possible ?, diront les uns. L’avenir seul le dira : en attendant, le Front national a tout intérêt, matériellement parlant, à ce que le Parlement européen continue d’exister.
 

Anne Dolhein