Meurtre de Quentin : comment « l’extrême-droite » a encore tué

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Le meurtre de Quentin Deranque offre plusieurs enseignements majeurs. On aura justement noté que la gauche et l’extrême-gauche étaient directement liées aux antifas de la Jeune Garde, le mouvement dissous dont sont issus les assassins, que Jean-Luc Mélenchon en faisait l’éloge encore l’été dernier, même s’il s’en démarque aujourd’hui pour tenter de sauver sa candidature à l’élection présidentielle de 2025. En passant on note que Raphaël Glucksmann a été très solennel et explicite dans sa condamnation du lynchage : ainsi va la politique. On aura justement noté que la justice et la presse ont montré dans cette affaire une prudence dont elles manquent en d’autres, tant sur la personnalité des agresseurs que sur la qualification des faits. Ainsi va le deux poids et deux mesures. Mais le plus important n’a pas été dit. Qu’est-ce qui a tué Quentin, au fond ? Qu’est-ce qui a autorisé une bande de jeunes gens pas très intelligents mais sûrs de leur bon droit à l’agresser sans limite ? Qu’est-ce qui a justifié son statut de cible, un peu comme à la chasse on a le droit de tuer la bête noire quand d’autres gibiers sont interdits ? C’est simple : il était d’extrême-droite. Une fois cette étiquette collée, on n’est plus un être humain, on devient un nuisible sur lequel les antifas exercent leur « autodéfense ».

 

La comédie de l’extrême-gauche autour du cercueil de Quentin

Laissons l’extrême-gauche à ses délires, à son obsession de renverser l’accusation sur le corps à peine froid de la victime. C’est Panot qui veut interdire Némésis « sinon ça va mal finir ». C’est Mélenchon qui bave « d’empathie » et qui ne connaît plus les assassins, quand il exaltait naguère une organisation « étroitement liée » à LFI. Ce sont les écolos silencieux sur la chose alors qu’à Grenoble la Jeune Garde collaborait officiellement avec la mairie EELV. C’est Sandrine Rousseau qui, pour excuser la violence dont fut victime Quentin, affirme se souvenir qu’elle a été jadis assaillie « par l’OAS », alors qu’elle est née plusieurs années après la fin de celle-ci. Cela ne vaut pas la peine qu’on entasse des exemples. C’est du Shakespeare du pauvre, le bouffon se mêle au tragique.

 

Deux poids deux mesures, même pour un meurtre

Plus préoccupant est le deux poids deux mesures de la justice et de la presse. Quand un policier avait tiré pour empêcher le repris de justice Nahel de repartir à bord d’une voiture volée sans permis, on parla tout de suite de meurtre. Pour Quentin la version courante aura longtemps été « battu et laissé pour mort ». Et cinq jours après le meurtre, si cinq suspects ont été identifiés, aucun n’a été interpellé, et le procureur n’a mis en cause ni l’extrême-gauche ni les antifas. C’est à comparer à l’affaire Méric survenue le 6 juin 2013, que l’extrême-gauche aime à ressortir pour illustrer les violences de l’extrême-droite. Dès le 6 juin quatre skinheads de l’organisation d’extrême-droite Troisième Voie, nommément mise en cause, étaient arrêtés, et le 8, une information judiciaire pour « homicide volontaire » était lancée. Or les faits étaient radicalement différents. Deux bandes s’étaient battues pendants un très court laps de temps. Clément Méric faisait partie des agresseurs, selon les témoins non partisans, et après moins de cinq coups de poing, était tombé, pendant que les skins s’enfuyaient. Malheureusement fragile, sous dialyse, il était décédé peu après. Dans le cas de Quentin, il n’a attaqué personne, a tenté de fuir « au moins six agresseurs » qui, après l’avoir mis à terre, lui ont longuement défoncé le crâne à coups de pieds, causant des blessures mortelles pour toute personne, même solide.

 

Quentin était catholique et de droite : deux fois coupable

Mais le deux poids deux mesures ne s’arrête pas là, il se porte aussi sur la personnalité de la victime. Quentin Deranque, étudiant en mathématiques, était catholique, grand lecteur d’histoire, pas seulement vue de droite, inconnu des services de police, et avait accepté de protéger quelques jeunes filles du groupe féministe identitaire Némésis. Ce qui est arrivé illustre hélas une vérité première : au bout de nombreuses années de casse et de bagarre tolérée par la police, les antifas tiennent la rue, et quand Némésis y descend, même au service de la meilleure cause, cela entraîne pour elle-même et pour ceux qui la protègent des risques démesurés. D’autre part, non contente d’avoir euphémisé le meurtre de Quentin, une certaine presse va chercher à discréditer celui-ci pour justifier sa mort. Oui c’était un garçon paisible intégré dans la vie de sa paroisse, mais c’était aussi, nous dit La Croix, un « jeune militant d’ultra-droite récemment converti au catholicisme ». Ah, la charité chrétienne de La Croix ! Mais elle n’est pas la seule à inspecter le passé de Quentin. Libération note que c’était un « catholique traditionnaliste ». Et France Info insiste : il venait de l’Action française.

 

Victime de meurtre, Quentin est l’objet de soupçons systématiques

En somme, on tarde à arrêter les coupables et l’on n’ose pas dire qu’ils sont d’extrême-gauche, mais on vérifie si la victime s’est bien brossé les ongles et l’on rappelle à tue-tête que, bien que pacifique, elle était « d’extrême-droite ». La comparaison avec Méric est là aussi éclairante. C’était un extrémiste antifa amateur de baston, où il participait masqué d’un foulard et où il cognait avec sa chevalière, qu’il rentrait ensuite dans sa paume, ayant ôté son foulard, pour passer plus tranquillement sous la protection des CRS. La magie de l’info, l’audiovisuel public mais pas que, en a fait un petit ange, la victime de l’extrême droite. Pour Quentin c’est le contraire. France Info et La Croix iront fouiller dans le passé pour lui trouver quelque tare. Il a fréquenté un temps Academia Christiana qui s’occupe de « reconquête civilisationnelle » et se trouve surveillée par « les services de renseignement » : voilà qui l’affilie à « l’ultra-droite ». Alors, tout s’explique !

 

Le mot extrême-droite a tué et tue : c’est l’arme principale contre la France

Toute l’affaire est là en effet. Si vous êtes contre l’extrême-droite, vous êtes dans le bien. Vous avez, comme James Bond, licence to kill. Permis de tuer. Si à l’inverse vous êtes soupçonné d’appartenir à l’extrême-droite, vous êtes désigné pour être tué, en cas de malheur. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Cette asymétrie est d’origine. Dès 1918 en Russie, puis en 19 en Bavière et en Italie, les communistes ont fait régner la terreur, à laquelle a répondu, en Italie notamment, la violence fasciste. Alors les communistes ont fait une invention géniale, l’antifascisme, qui a servi à faire oublier leur violence. Aujourd’hui, le système fonctionne toujours, il justifie depuis quarante ans le cordon sanitaire lancé par Jacques Chirac autour des nationalistes français et le front républicain. Il justifie que le parti communiste, héritier de Lénine, Staline, Trotski, Mao, Pol Pot et Maurice Thorez soit invité à tous les pinces fesses de la République. Une République qui a intégré dans ses réflexes la préférence communiste, la distinction qui juge la violence antifa moins pire que la violence réputée fasciste. Et sous prétexte que l’Action française critique les contradictions de la Cinquième République, les antifas s’adonneront en toute bonne conscience à l’auto-défense sur un nervi d’extrême-droite, dans une ruelle de Lyon, à coups de pieds dans la tête. Le mot extrême-droite tue. C’est l’arme principale de l’extrême-gauche.

 

Pauline Mille