
C’est un lieu commun que d’affirmer que l’Afrique subsaharienne souffre d’une surpopulation « insoutenable », annonciatrice d’un tsunami migratoire inouĂŻ vers l’Europe dans les dĂ©cennies Ă venir, liĂ©e Ă une pauvretĂ© et un sous-dĂ©veloppement causĂ©s par la fĂ©conditĂ© des Africaines. Du cĂ´tĂ© de l’ONU, les rapports abondent qui dĂ©noncent la lenteur de la « transition dĂ©mographique » d’Afrique Noire, annonçant pĂ©riodiquement un relèvement des estimations de la population africaine pour 2050. Mais cette hausse inexorable est avant tout liĂ©e Ă un certain nombre de mythes auxquels souscrivent les statisticiens, de telle sorte que l’alarmisme de l’ONU se rĂ©vèle trompeur, selon une Ă©tude rĂ©alisĂ©e par Lyman Stone de l’Institute for Family Studies.
Les réévaluations Ă la hausse sont dues selon lui au fait que les dĂ©mographes ont, par le passĂ©, systĂ©matiquement surestimĂ© la baisse de la fertilitĂ© en Afrique. A quoi s’ajoutent des projections Ă long terme : de nombreux chercheurs Ă©voquent une population de 4 milliards d’âmes en Afrique Ă l’horizon 2100, alors que la marge d’erreur Ă prendre en compte sur 80 ans est d’une « importance phĂ©nomĂ©nale ». Elle est mĂŞme si grande qu’il faudrait tout simplement ignorer les prĂ©dictions sur des dates aussi lointaines.
La fécondité en Afrique n’est pas aussi importante que le prétend l’ONU
Les projections de l’ONU indiquent une remontĂ©e progressive du taux de fĂ©conditĂ© en Afrique au fil du temps. De quoi croire que la fertilitĂ© continue de remonter. Mais c’est le contraire qui est vrai : en Afrique sub-saharienne, le nombre attendu d’enfants par femme en âge de procrĂ©er a plafonnĂ© aux alentours de 6,5 jusqu’en 1985 environ, et ne cesse de descendre depuis lors pour atteindre en 2016 environ 4,5 enfants par femme. En clair : en moyenne, les familles africaines comptaient typiquement six ou sept enfants pendant les annĂ©es 1960, contre quatre ou cinq aujourd’hui, et la courbe continue de baisser.
LĂ oĂą l’ONU se trompe, ou plutĂ´t, nous trompe, c’est que ses chiffres prennent en compte le fait que la fertilitĂ© subsaharienne ne chute pas aussi vite qu’elle le pensait, ou plutĂ´t, ne le souhaitait. Comme le rĂ©sume le site Mercatornet : « Toute cette histoire Ă faire peur autour de la fertilitĂ© africaine se rĂ©sume en rĂ©alitĂ© Ă des diffĂ©rences fractionnaires par rapport aux taux du dĂ©clin futur de la fertilitĂ©. En d’autres termes, les commentaires de Macron sur les “6, 7 ou 8” enfants sont complètement hors sujet. Le “problème” de l’Afrique, en ce qui concerne les dĂ©mographes de l’ONU, n’est pas que les femmes ont aujourd’hui sept enfants : c’est que des femmes vont avoir trois enfants d’ici Ă 40 ans alors qu’elle n’en “devraient” avoir que deux. »
Lyman Stone estime quant Ă lui que la transition dĂ©mographique de l’Afrique n’est pas du tout lente : elle correspond exactement Ă ce qu’une prĂ©diction rationnelle aurait prĂ©vu, dit-il.
L’alarmisme de l’ONU fait de l’Afrique un épouvantail démographique
Il rappelle que la meilleure manière de mesurer la modernisation Ă©conomique par rapport Ă la famille et Ă la procrĂ©ation est de prendre en compte la mortalitĂ© infantile. Dans les pays riches, les morts d’enfants sont rares. Dans les pays pauvres, elles sont dramatiquement frĂ©quentes. Ainsi, tout au long de l’histoire, le taux de mortalitĂ© infantile se rĂ©vèle ĂŞtre l’un des meilleurs prĂ©dicteurs de la fertilitĂ©, celle-ci tendant Ă baisser Ă mesure que le pays deviennent plus riches et qu’un nombre croissant d’enfants atteignent l’âge adulte, de telle sorte que les familles ressentent moins le besoin d’avoir de très nombreux enfants. La fĂ©conditĂ© y est Ă©galement mieux maĂ®trisĂ©e.
Lyman Stone observe : « Les pays africains peuvent donner l’impression d’avoir une fertilitĂ© modĂ©rĂ©ment plus Ă©levĂ©e que d’autres pays arrivĂ©s au mĂŞme stade. Mais la plupart d’entre eux se trouvent bien Ă l’intĂ©rieur de la fourchette statistique normale, et Ă mesure que les pays africains atteignent leurs niveaux de dĂ©veloppement les plus Ă©levĂ©s, avec une mortalitĂ© infantile qui passe sous la barre des 75 morts pour 1.000 naissances, ils semblent rapidement chuter vers une fertilitĂ© moyenne, voire infĂ©rieure Ă la moyenne. »
LĂ oĂą l’on constate une fertilitĂ© beaucoup plus Ă©levĂ©e que la moyenne, argue l’auteur, c’est dans les pays en situation de guerre ou soumis plus longtemps Ă la « colonisation occidentale », Ă©tat d’adaptation passager. Quoi qu’il en soit de cette apprĂ©ciation politique Ă l’Ă©gard d’une colonisation qui avait depuis de nombreuses dĂ©cennies cĂ©dĂ© la place aux prises de pouvoir marxisant dans tant de pays d’Afrique, ceux-ci sont nombreux aujourd’hui Ă afficher une fertilitĂ© inhabituellement basse : c’est le cas de l’Afrique du Sud, du Maroc, du Botswana et de Djibouti. Elle est en tout cas moins importante qu’on n’aurait pu le prĂ©voir en comparaison avec ce qui s’est passĂ© dans le reste du monde.
Les mythes des démographes et la tyrannie des malthusiens
Certains pays ont au contraire une fertilitĂ© plus Ă©levĂ©e que celle habituellement liĂ©e Ă leur niveau de dĂ©veloppement : il en va ainsi du Niger, de l’Ouganda ou du Burundi. Mais la corrĂ©lation entre la mortalitĂ© infantile et la fĂ©conditĂ© se vĂ©rifie dans la plupart des pays, et la fertilitĂ© est mĂŞme infĂ©rieure Ă celle que l’on aurait pu attendre de pays pauvres comme la RĂ©publique Centrafricaine ou le Sierra Leone. Parler de l’Afrique comme d’un bloc Ă cet Ă©gard ne correspond Ă aucune rĂ©alitĂ©.
L’auteur rappelle que les modèles auxquels on se rĂ©fère sont en eux-mĂŞmes le fruit d’une distorsion volontaire : celle qui a fait baisser le nombre de naissances au moyen de programmes publics controversĂ©s, voire inhumains. On pense bien sĂ»r Ă la politique de l’enfant unique en Chine avec son cortège d’avortements de stĂ©rilisations forcĂ©s ou imposĂ©s par une forte pression sociale, financière ou autre. Ce qui veut dire que l’on compare l’Afrique d’aujourd’hui, et Ă son dĂ©triment, avec des pays dont les populations ont Ă©tĂ© cruellement privĂ©es de leur droit de procrĂ©er.
L’indice de fécondité de Afrique chute – mais moins vite qu’annoncé
Lyman Stone observe que la Fondation Gates milite pour un dĂ©clin de fertilitĂ© africain comparable Ă celui constatĂ© en Inde ou en Chine, ce qui semble impliquer que l’Afrique devrait mettre en place un contrĂ´le coercitif de la fĂ©conditĂ©. Bien sĂ»r, cela fait dĂ©sordre et la fondation Bill & Melinda Gates rejette explicitement ces politiques tyranniques, plaidant pour « l’autonomisation » des choix reproductifs. Mais c’est la Fondation elle-mĂŞme qui annonce un doublement de la population africaine subsaharienne si les femmes africaines devaient avoir « seulement » les enfants qu’elles dĂ©sirent. Un doublement que la Fondation Gates redoute. La question est donc posĂ©e, et Stone la pose aux donateurs occidentaux : « Il faut qu’ils aient des idĂ©es claires sur le sujet : veulent-ils voir l’Afrique connaĂ®tre des dĂ©clins de fertilitĂ© comme ceux de l’Asie orientale, ou veulent-ils voir les pays africains continuer de mettre en Ĺ“uvre des politiques de population compatibles avec la dĂ©mocratie et les droits ? On ne peut pas avoir les deux en mĂŞme temps. »
A tout cela il faudrait ajouter que le taux de fécondité minimum pour le simple remplacement des générations, évalué dans les pays occidentaux à 2,1 enfants par femme, devrait être revu à la hausse dans les pays connaissant une importante mortalité, infantile notamment.



























































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