Faire des liens entre le réchauffement climatique et les urgences sanitaires : voilà le pas que l’OMS devrait franchir, selon la Commission paneuropéenne sur le climat et la santé. Ce groupe d’experts indépendants, formé par l’ancienne Première ministre d’Islande, Katrín Jakobsdóttir, et le président de l’OMS Europe, Hans Kluge, interpelle les gouvernements, dans un nouveau rapport de 54 pages, afin qu’ils accélèrent la transition énergétique pour éviter des « millions de morts prématurées ».
La parution du rapport coïncide avec la réunion des responsables de l’UE à Genève à l’occasion de l’assemblée annuelle de l’OMS.
Le changement climatique est une « menace systémique de sécurité », assure l’introduction. Il faudrait en tenir compte alors que les priorités semblent avoir bougé pour se focaliser davantage sur « la défense, l’intelligence artificielle et la géopolitique ». En clair, une peur ne doit pas chasser l’autre, surtout pas une inquiétude réelle. Le changement climatique, c’est ici et maintenant…
Faire du changement climatique une urgence sanitaire pour impliquer l’OMS
S’agissant, disent ainsi les auteurs, d’une réalité présente dans le monde et notamment dans la région paneuropéenne où des événements météorologiques extrêmes bouleversent les infrastructures et les chaînes d’approvisionnement, d’eau et de nourriture notamment, il faut des politiques contre les émissions de gaz à effet de serre, promouvoir des régimes riches en végétaux et plus « durables », et favoriser des activités physiques plus importantes grâce aux « voyages actifs » et à l’utilisation des transports publics.
Au fond, le langage ne change pas. La nouveauté, c’est de considérer le changement climatique comme une crise sanitaire à gérer par l’OMS (ils n’ont visiblement pas oublié le covid). Et la candeur est aussi de la partie, puisque l’un des principaux objectifs de la politique de réduction des émissions est clairement affiché : on doit viser la sauvegarde de la santé, l’équité et la prospérité durable en mettant en œuvre une « gouvernance plus forte » en agissant sur la politique de la ville, et autres tartes à la crème du discours réchauffiste.
« Ces recommandations reposent toutefois sur la nécessité pour les gouvernements d’agir sur les approches économiques sous-jacentes qui déterminent les politiques. Le modèle dominant, axé principalement sur la croissance du PIB, creuse les inégalités, aggrave le changement climatique et exerce des pressions insoutenables sur les systèmes de santé dans toute la région paneuropéenne. Le maintien des subventions accordées aux secteurs à fortes émissions, notamment la production alimentaire à forte intensité de gaz à effet de serre, revient en réalité à financer des dommages tant pour la santé humaine que pour les écosystèmes qui la maintiennent », assure le rapport.
Une urgence sanitaire sous forme de catalogue antiraciste
Le saviez-vous ? « Le changement climatique n’affecte pas les gens de manière égale. » Les premières victimes, je n’ai pas besoin de vous les donner en mille : il s’agit des « adultes plus âgés, des enfants et jeunes, des femmes, des handicapés, des foyers à ressources modestes, des travailleurs en extérieur, des migrants, des minorités ethniques, des peuples indigènes ». Cela se lit comme un catalogue des lois antiracistes ; il ne manque que les LGBTQIA+.
Les solutions proposées sont à l’image du diagnostic. Il s’agit de considérer le changement climatique comme « une menace catastrophique vis-à-vis de la santé humaine, de la sécurité et de la stabilité sociale ». Il faut donc « transformer les systèmes de santé à la fois pour les gens et pour le climat » ; il faut impliquer tous les acteurs pour arriver à des solutions « locales et à fondement communautaire ». Il s’agit aussi de « réformer l’économie ainsi que les systèmes financiers et régulateurs pour améliorer le progrès du binôme climat-santé ».
La première étape à laquelle appelle le groupe d’experts de la Commission européenne sur le climat et la santé, c’est de voir l’OMS qualifier officiellement le changement climatique d’« urgence de santé publique de portée internationale », même si, techniquement, il ne répond pas à la définition légale d’événement de santé publique de portée internationale, mais pourquoi s’y arrêter si l’OMS peut imposer une réponse internationale à la crise ? De toute manière, il faudrait que chaque gouvernement mette sur pied des commissions de sécurité incluant les ministères de la Santé pour mettre en place des mécanismes d’action.
OMS + changement climatique = surveillance tous azimuts
Suit une longue liste de recommandations qui vont de la conscientisation de la question de la santé planétaire dans la formation des personnels de santé à la mise en place de systèmes de santé à bas carbone (sic), et bien sûr une évaluation régulière du tout. Une commission, ça n’est jamais perdu.
L’OMS, quant à elle, pourrait être mobilisée pour surveiller et évaluer les politiques des différentes villes afin de vérifier la création d’espaces verts et bleus, et produire de nombreuses statistiques sur la santé, la ville et le climat.
Sans proposer des mesures concrètes – comme les confinements, le télétravail et autres choses que nous avons expérimentées lors du covid – le rapport propose des actions en amont. Moins subventionner les énergies fossiles et l’agriculture intensive, par exemple, ou favoriser la réduction de production de viande. La logique interne du rapport est de réclamer la mise en place d’une surveillance de l’Organisation mondiale de la santé sur tout ce qui doit être fait en faveur des logements à forte efficacité énergétique, de la promotion des transports publics, de l’orientation de la population vers des régimes alimentaires « sains et durables »…
La désignation d’une crise sanitaire urgente de dimension mondiale, on l’aura compris, doit surtout favoriser la surveillance de la part d’un organisme supranational, en l’occurrence largement dominée par la Chine. Ce n’est pas votre santé qu’ils recherchent : c’est une révolution politique.











