fbpx

Le patriarcat de Moscou opposé à l’idée d’enterrer Lénine

patriarcat Moscou opposé enterrer Lénine
 
Un porte-parole de haut rang du patriarcat de Moscou a fait savoir que l’Eglise orthodoxe russe n’est pas favorable à l’idée de déplacer le cadavre de Lénine en vue de le ré-enterrer. Lénine est exposé toujours aujourd’hui dans un mausolée monumental sur la Place Rouge au pied du Kremlin, où le corps embaumé du monstre qui donna naissance à la Russie soviétique continue de recevoir la visite de Russes comme de touristes.
 
La réaction de la hiérarchie orthodoxe russe officielle est caractéristique des liens de cette Eglise avec le pouvoir depuis des siècles. Pas question de contrer les autorités civiles ; pas question de poser le moindre acte qui pourrait être perçu comme une adhésion à une campagne « anti-russe ».
 
« Nous comprenons très bien que sa présence sur la Place Rouge n’a rien de commun avec les traditions chrétiennes », a concédé le porte-parole Alexander Chipkov lors d’un entretien avec l’agence russe Interfax. « Mais nous ne pouvons soulever la question de son ré-enterrement avant d’avoir complété la campagne de désoviétisation et de décommunisation dans l’espace post-soviétique », a-t-il déclaré.
 

Le patriarcat Moscou veut conserver le mausolée de Lénine sur la Place Rouge

 
Quel est le rapport ? On se le demande. A moins que ce ne soit une manière discrète, voire involontaire de reconnaître que la désoviétisation, près de 30 ans après la chute de l’URSS en 1989, est loin d’être accomplie. Parmi les tyrans et révolutionnaires sanguinaires qui ont endeuillé le XXe siècle, Lénine fait partie de ceux dans le monde, tous communistes, qui ont droit à ce régime de faveur.
 
Alexandre Chipkov a expliqué que sa demande va encore au-delà, puisqu’il souhaite un moratoire temporaire sur toute action contre les symboles politiques au sein de la fédération de Russie.
 
« Nous sommes témoins de ce que nos plus proches voisins utilisent la décommunisation comme excuse pour lancer des campagnes de dérussification. Pouvons-nous apporter un quelconque soutien à cette opération idéologique ? Bien sûr que non. » Pour Chipkov, la question impériale prime celle du communisme et d’ailleurs, si l’on veut rester dans cette logique, il faudrait dire que le communisme a été vecteur de l’impérialisme russe. Tant pis si le communisme, le marxisme-léninisme athée est aux antipodes du christianisme, qu’il est son miroir inversé infernal et ricanant.
 

Enterrer Lénine ? Un acte anti-russe, selon l’Eglise orthodoxe russe qui s’y oppose

 
Tout au plus Chipkov admet-il, au nom de la hiérarchie orthodoxe russe, que l’on renomme les villes, les rues, les grandes cités pour rétablir la toponymie pré-soviétique : « Cela est nécessaire, mais pour des raisons historiques, et non pas politiques. »
 
Le porte-parole réagissait à l’appel d’un représentant de l’Eglise orthodoxe russe hors frontières (connue sous l’acronyme ROCOR), semi-autonome, demandant que le corps de Vladimir Ilitch Oulianov « Lénine » soit ôté de la place rouge comme manifestation de la réconciliation du peuple russe avec Dieu à l’occasion du tout proche centenaire de la révolution bolchevique.
 
L’Eglise orthodoxe russe hors-frontières a été fondée précisément après la Révolution d’Octobre par des prêtres et des laïcs chrétiens qui avaient fui l’atroce persécution du régime communiste. Elle ne s’est réunie avec la branche principale, l’église orthodoxe russe, qu’en 2007.
 

Le patriarcat de Moscou donnerait-il des funérailles chrétiennes à Lénine ?

 
Il y a une dizaine de jours, le parlementaire à la Douma, Ivan Soukharev, du Parti libéral démocrate rouge-brun de Vladimir Jirinovsky (fortement influencé par Alexandre Douguine le gnostique) réclamait l’enlèvement du mausolée de Lénine « pour mettre fin une fois pour toutes aux discussions en donnant aux leaders bolcheviques des funérailles orthodoxes ». C’est décidément ne reculer devant aucune contradiction.
 
Un sondage réalisé en avril 2016 a montré que 60 % des Russes sont favorables à l’idée d’enterrer Lénine, 36 % des interrogés affirmant même que cela ne saurait se faire trop tôt, tandis que 24 % préféreraient que l’on attende que la génération qui le vénère encore disparaisse. Seuls 32 % sont favorables à ce que le cadavre embaumé de ce responsable de centaines de millions de morts continue d’être exposé à côté du Kremlin.
 
Le pouvoir russe, lui, ne semble pas pressé.
 

Anne Dolhein