Le « prêtre DJ » des JMJ de Lisbonne : stade ultime de l’inculturation

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Le réveil de centaines de milliers de jeunes sur le Campo de Graça, une heure et demi avant la messe de clôture des JMJ de Lisbonne, a fait le tour du monde. C’est au son lancinant de la techno, sous la houlette du « Padre DJ » Guilherme Peixoto, aumônier militaire et fondu de rock, que le soleil s’est levé sur les rives du Tage. « Une étoile est née », commente The Mag au Portugal. Un prêtre qui fait trémousser la jeunesse sur des rythmes infernaux au petit matin, ça intéresse les médias mainstream. Objectif atteint ? L’Eglise catholique sait-elle enfin parler au monde ? Un peu de réflexion s’impose. En révélant ce qui ressemble à une sorte de stade ultime de l’« inculturation », valeur sûre de l’Eglise modernisée, le prêtre DJ montre jusqu’où il ne faut pas aller. Et pourtant personne ne dit rien…

L’inculturation, terme popularisé par l’ancien Général des jésuites, le P. Pedro Arrupe (son procès en béatification est ouvert), c’est, idéalement, cette manière qu’a l’Eglise de prendre les bons éléments d’une culture afin de les christianiser à travers l’évangélisation missionnaire. Idéologiquement, c’est une fascination devant le monde, la volonté de faire sortir les chrétiens des églises et des « sacristies » pour se mettre à l’écoute des façons d’être, de penser, d’agir, des catholiques dans la culture populaire – écoute érigée en moyen pour découvrir le contenu du « lieu théologique » que présente leur histoire et leur religiosité. Cette conception est au cœur de la « théologie du peuple » du pape François, et explique à la fois son rejet de la liturgie traditionnelle, considérée par les tenants de la théologie de la libération et sa variante « populaire » comme élitiste et colonialiste, et son ouverture aux liturgies « inculturées » : le développement de liturgies amazonienne ou maya fait partie de cette manière de penser qui s’extasie devant « le peuple ».

 

Le P. Guilherme, prêtre DJ des JMJ Lisbonne, figure de l’« Eglise en sortie »

Précision : à Lisbonne, les rythmes électroniques primitifs et endiablés aux basses lancinantes, qui ont tiré les jeunes de leurs sacs de couchage au pied de l’autel de plein air où, moins de deux heures plus tard, serait célébré le saint sacrifice de la messe, n’ont pas pollué la liturgie elle-même. Encore heureux. Mais on connaît de meilleurs moyens de susciter le recueillement que cette musique qui ne s’adresse pas du tout à la tête, et beaucoup au bas-ventre.

Mais – le P. Guilherme l’a expliqué lui-même sur la chaîne d’Etat RTP – l’idée était d’aller là où sont les jeunes, dans une « Eglise en sortie », pour les attirer au son du hard rock afin de leur faire comprendre que même s’ils sont de leur temps, ils peuvent être de bons chrétiens tout en s’amusant comme n’importe qui de leur âge.

A The Mag, il expliqua au lendemain des JMJ qu’il allait régulièrement à Rome assister à des colloques sur la musique sacrée. C’est là qu’il a offert des T-shirts de son groupe « Ar de Rock » au pape, en lui demandant de bénir son « équipement de travail » – d’où cette bénédiction de François sur les écouteurs du P. Guilherme qui ne s’en sépare plus devant sa table de mixage, que ce soit devant les jeunes à Lisbonne ou pour fêter Halloween en compagnie de figurants de sorciers et de diseuses de bonne (?) aventure.

 

L’inculturation accepte décidément n’importe quoi

Et on a donc vu le prêtre en col romain et chemisette noire devant sa table de mixage, ravi des sauts et des hurlements des jeunes devant son podium jouxtant l’autel, embrassant la jeune break-danseuse portugaise qui se déhanchait sur les marches parmi des évêques en ornements manifestement enchantés par le spectacle, tandis que les décibels envahissaient les cerveaux, annulant toute vie intérieure. Et les évêques déambulaient autour du DJ, prenant photos, vidéos et selfies, trop heureux d’être dans le vent (« une ambition de feuille morte », disait Gustave Thibon).

« Se réveiller avec le Padre », c’est deux, trois mesures de l’Alleluia de Händel, aussitôt supplantées par la batterie électronique accélérée et les jeux de lumières façon boîte de nuit au-dessus de l’autel. Guilherme Peixoto, le crâne luisant, sourit, ponctue les basses d’une main nonchalante. Trente longues minutes de « rave » christianisé, ou plutôt de christianisme plongé dans les affres d’un « rave » déjanté, pour faire jeune.

L’inculturation vise les croyances, les manières de faire, les rites ancestraux, les pèlerinages populaires et même les superstitions locales, et prétend les nettoyer de leurs scories au terme d’un « discernement » qui n’y parvient pas toujours. Elle veut laisser parler le peuple et donner à sa voix une valeur d’édification de l’Eglise, ce qui est une manière d’inverser sciemment les rôles.

 

L’inculturation globaliste aux JMJ de Lisbonne, ou « écouter » les jeunes en leur submergeant les oreilles

Mais quid des jeunes qui sont désormais si souvent coupés de la culture populaire, rattrapés par l’uniformisation globaliste ? Eh bien, à Lisbonne, on s’est emparé de cette uniformisation globaliste pour « l’inculturer » à son tour. Pour faire mine de leur ressembler et de leur correspondre, on a pris l’inverse de la musique sacrée, une contre-musique la plus charnelle possible, les percussions aggravées par ordinateur, pour laisser le jeunisme investir le lieu où s’accomplit le miracle incompréhensible, le miracle le plus inouï réalisé par Notre Seigneur qui par la consécration, dans l’Eucharistie, se sacrifie et donne réellement en nourriture en son corps, son sang, son âme et sa divinité.

Mais comment y croire, devant une telle banalisation de l’événement ? Comment avoir l’esprit en ordre pour accueillir cette bonté et cette grandeur insondables du Verbe fait chair ? En imposant des sons qui relèvent d’une sorte de néo-paganisme technologique, on a surtout méprisé et dévalorisé la foi des jeunes, tellement capables de mieux quand cela leur est offert et demandé !

 

Jeanne Smits