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Le prix Charlemagne remis au rêveur Macron

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Pour l’Ascension – faut-il y voir une symbolique ? – Emmanuel Macron s’en est allé recevoir, à Aix-la-Chapelle, le prix Charlemagne. Un prix qui vient récompenser, nous dit-on, son engagement pour l’Europe. Ce qui laisse pour le moins rêveur…
 
Le prix Charlemagne, on le sait, récompense chaque année, depuis 1950, une « contribution exceptionnelle pour l’unité de l’Europe ». Pour ne citer que quelques lauréats français, le président de la République prend ainsi la suite de Jean Monnet, Robert Schuman, François Mitterrand, ou Simone Veil. Un héritage que, il ne le cèle pas, il entend recueillir et poursuivre dans sa totalité.
 
Le jury a, en invitant Emmanuel Macron, voulu récompenser sa vision d’une refondation de l’Europe telle qu’il en avait exposé l’idée dans son discours de la Sorbonne. Il lui tresse même des lauriers pour avoir fait la démonstration qu’il était possible, en pleine campagne électorale, de faire obstacle à la poussée populiste en plaidant pour une plus forte intégration européenne.
 

Macron reçoit le prix Charlemagne

 
On perçoit ici tout le ridicule du choix qui fait d’Emmanuel Macron le récipiendaire du prix Charlemagne. N’importe qui, dans l’état d’abrutissement qui est aujourd’hui le nôtre, pouvait être élu face au candidat estampillé Front national. Et tant pis si on ose prétendre, ce faisant, éviter la guerre civile, alors qu’on ne cesse de diviser davantage – et durablement, semble-t-il – les Français. Sans parler, bien sûr, du peu de crédit que tout cela, en définitive, accorde à la démocratie électorale, suspecte de souveraineté populiste…
 
L’entente idéologique n’empêche toutefois pas les différends. Bien que reçu et honoré par l’Allemagne, Emmanuel Macron n’en a pas moins tenu à lui faire la leçon, estimant qu’il ne suffisait pas, sous prétexte que le continent vit en paix depuis soixante-dix ans, de faire toujours « le choix du plus petit pas à la dernière minute ».
 
C’est qu’Emmanuel Macron, pur produit de l’idéologie européiste, trouve que le temps presse. En jetant cette pierre dans le jardin d’Angela Merkel, il tient à souligner qu’il n’est plus temps – mais pourquoi donc ? – de tenir compte de l’histoire, et des difficultés nationales. L’heure est à l’avancée de l’Europe – puisque Macron joue habilement de la confusion entre l’hydre bruxelloise et le continent historique.
 
Aussi a-t-il édicté quatre « impératifs catégoriques » qu’il entend imposer à l’un au nom de l’autre : la défense de la souveraineté européenne face à tout ce qui viendrait l’entacher (une pique à l’attention de son « ami » Donald Trump) ; un appel fervent à l’unité (une pique à son « amie » Angela Merkel) ; ne pas avoir peur de ce que nous sommes ; et un éloge de la « prise de risque » et de « l’utopie » contre l’idée d’une « Europe qui attend perpétuellement que tout le monde soit d’accord sur tout pour avancer ».
 

Quelle souveraineté ?

 
Autrement dit, et en très clair, c’est un adieu envoyé à toute souveraineté nationale.
 
Malgré les applaudissements, d’aucuns n’ont pas manqué de critiquer le « rêve » d’Emmanuel Macron. Il est vrai que beaucoup, à commencer par Angela Merkel, ont déjà vécu dans l’Europe historique, alors qu’Emmanuel Macron, tout compte fait, n’est qu’un eurocrate sorti de nulle part.
 
Et puis il y a la réalité quotidienne. Prenons le seul exemple des Etats-Unis. Macron fanfaronne face à Donald Trump. Mais comment entend-il le contraindre d’accepter de continuer d’accorder certains privilèges économiques aux entreprises européennes, quand l’Union européenne ne cesse de se diviser sur le moindre des sujets, notamment économiques ?
 

Un rêveur dangereux

 
Il y a pire – de son point de vue. Chaque Etat-membre de l’Union aurait plus de facilité à s’entendre avec les Etats-Unis en discutant de nation à nation, plutôt que d’attendre que Bruxelles impose à tous une position commune qui, avant même d’être opposée à Donald Trump, ne satisfera, comme nombre d’affirmations nationales le laissent supposer, que très peu d’Européens. En pratique, l’Union européenne est, en l’occurrence, plus un carcan qu’une aide ou un soutien !
 
L’Histoire, pour peu que l’on accepte de l’étudier sereinement, est pleine d’idéologues – de rêveurs, puisque Macron accrédite le mot – qui ont fait le malheur de leurs peuples. Les réalistes ne donnent peut-être qu’une image moins grandiose. Du moins aident-ils leurs peuples à perdurer. Mais n’est-ce pas là, en définitive, ce que les idéologues européistes récusent ?
 

Hubert Cordat