Le prix Nobel de littérature d’Anne Carson récompense la laideur et la déconstruction

 

Le prix Nobel de littérature récompense cette année la poétesse canadienne Anne Carson. Talentueuse et érudite, sans doute. Mais le choix correspond parfaitement à notre époque. Dans certains de ses écrits, les mots se suivent dans dans une espèce de chaos, sans signification claire, sans forme bien établie, comme des idées qui viennent à la conscience un peu au hasard et sans lien entre elles. C’est une littérature déconstruite et déstructurée, qui produit un malaise plutôt qu’un émerveillement devant la beauté ou la profondeur qui, jadis, signait un texte immortel.

David Hahn observe dans le Catholic Herald que cette dame reconnaissait en 2001 dans un de ses poèmes : « Ma poésie personnelle est un échec. » Et de souligner qu’il ne s’agit pas là simplement d’une sorte de jugement lucide, mais d’une manière de montrer et de reconnaître que, dans l’art contemporain, « la laideur s’est faite endémique ». L’échec est délibéré. Il est le but recherché, et c’est sans doute cela que vient récompenser le prix Nobel.

 

Le prix Nobel de littérature pour une poétesse « innovante »

Il s’agit au fond de faire voler en éclats le lien ontologique qui existe entre le bien, le beau et le vrai, qui définissent la perfection infinie de Dieu. La contemplation du beau, et donc du vrai et du bien, est précisément ce que l’art contemporain ridiculise et rejette. Il n’est qu’un savant mélange de discours, de transgressions, de banalité assumée et de réussite commerciale. On peut dire que son dieu est Mammon, et que le reste s’ensuit.

Ce n’est sans doute pas un hasard si plusieurs œuvres de l’helléniste Anne Carson ont été traduites en français par Vanasay Khamphommala, qui se présente comme « artiste queer » avec son corps aux lignes masculines, sa barbe et sa moustache, ses longs cheveux noirs et son rouge à lèvres carmin. Ce personnage aux allures ambiguës a d’ailleurs exprimé sa « très grande joie » de voir son égérie, qui pour sa part ressemble à une septuagénaire des plus convenables, ainsi récompensée. Khamphommala fait partie d’un monde « queer » où l’œuvre de Carson résonne, et fait des adeptes.

Un exemple (ici traduit à l’aide d’un traducteur automatique qui fait du mot à mot, cela convient très bien), extrait de The Beauty of the Husband et sa mise en scène d’une femme obsédée par son mari infidèle :

 

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Qu’est-ce qui pourrait sauver ces traces d’elles-mêmes ?
Et si on versait un peu plus de solvant
sur la jonction
entre le premier plan et l’arrière-plan ?
Ray n’était pas un Mont Sainte-Victoire
mais son petit corps curieusement cristallin
établissait bel et bien une relation sage et charnelle
entre le monde et la rétine.
Son monde ta rétine.
Comme il le dit lui-même
Personne ne reste innocent très longtemps auprès de Ray.
Ray est peintre.
Il cuisine (la plupart des soirs) au Sincere Diner et peint le jour.
« Quand dors-tu, Ray ? », demande l’épouse.
Au lieu de répondre, Ray retourne deux œufs au plat à moitié cuits d’une seule main
et attrape une explosion de pain grillé (trop peu cuite, il la repousse dans le grille-pain)
puis pivote vers la gauche
pour prendre une assiette propre dans la pile du lave-vaisselle.

*

 

Anne Carson, grande helléniste, a fait le choix de la laideur voire de l’incohérence

Récompenser cela, c’est du même coup rejeter comme vieillot, bourgeois, capitaliste, inauthentique, béotien l’art des siècles passés et sa recherche du beau ; pour David Hahn, qui cite des auteurs critiques de l’art contemporain révolutionnaire, ainsi que son esthétique « marxiste » qui cherche à accentuer la « dissatisfaction à l’égard de l’ordre existant », l’objectif de cet art est de créer « un sentiment d’aliénation et finalement une négation de la réalité » en portant la laideur au pinacle.

Comme on est loin d’Henri Charlier, artiste chrétien, auteur de L’art et la pensée : « Le beau est une valeur morale indispensable à la société. L’amour est fait de beau et de bon, et c’est cela le vrai : l’amour du beau et du bon. L’œuvre de l’intelligence est de scruter l’œuvre de l’amour divin sans oublier jamais cet amour fondement et aboutissant de toute la création. »

 

Jeanne Smits