« Il faut agir maintenant », tel est le titre d’une lettre ouverte signée par plus de 200 chercheurs, universitaires, économistes et responsables d’industries, parmi lesquels pas moins de 16 prix Nobel, qui mettent en garde contre la transformation radicale de l’économie annoncée par les avancées de l’intelligence artificielle. Ils tirent argument de la rapidité des transformations liées au déploiement de l’IA et suggèrent, dans un texte très court, que cette révolution aura de lourds effets sur les emplois humains : aux gouvernements, aux employeurs et à leurs conseils d’agir rapidement pour se rendre compte des répercussions potentielles de l’IA, afin de « créer les mesures incitatives, les garde-fous et les institutions nécessaires pour orienter l’IA de manière à ce qu’elle soit complémentaire de l’action humaine et profite à la société ».
Parmi les signataires, il y a aussi bien des opposants et des sceptiques vis-à-vis de l’intelligence artificielle que des grands noms de l’IA comme l’ancien PDG de Google, Eric Schmidt, la directrice financière d’OpenAI, Sarah Friar, et le cofondateur d’Anthropic, Jack Clark.
Une lettre ouverte dénonce la menace de l’IA sur emploi
L’initiative en revient à Erik Brynjolfsson, optimiste quant à la capacité du recours à l’IA pour créer de la richesse, mais une richesse qui sera de plus en plus concentrée dans quelques mains, au profit du pouvoir d’une toute petite minorité sur le reste de l’humanité. « Si l’IA mime les êtres humains, il n’y aura plus besoin du travail humain », a-t-il ainsi déclaré au cours d’un entretien publié le mois dernier. Il pense envisageable que cette toute petite minorité puisse distribuer ensuite une partie de la richesse parmi les êtres humains au titre d’un revenu universel. Mais serait-ce souhaitable ? Brynjolfsson met en garde contre l’absence de liberté et du pouvoir d’action que cela entraînerait, notamment en raison de l’absence de pouvoir de négociation lié au fait de ne pas monétiser son propre travail.
On aura compris que cette lettre ouverte ne constitue pas un appel à cesser le déploiement de l’intelligence artificielle. Il s’agirait plutôt d’une tentative d’impliquer le pouvoir politique des pays du monde dans la lutte contre ses effets les plus néfastes du point de vue de l’emploi, en augmentant le rôle de l’Etat dans la formation. Dans tous les cas, c’est le socialisme qui est appelé à s’étendre.
C’est dire qu’il y a là beaucoup à critiquer, mais il faut en retenir au moins que l’inquiétude face au grand remplacement de l’homme sur le plan économique n’est pas une simple manifestation de passéisme timoré.
16 prix Nobel s’inquiètent devant la montée rapide de l’IA
On pourrait illustrer tout cela par un exemple concret. A New York, 12 infirmiers et infirmières de la ville ont été licenciés dimanche dernier pour être remplacés par des algorithmes d’IA, selon leur syndicat. Il s’agit notamment d’une infirmière travaillant depuis 39 ans à l’hôpital Montefiore dans le Bronx, mise dehors du jour au lendemain. Son rôle à elle est de revoir et d’évaluer les données des patients pour montrer que leur état exige des traitements médicaux, en vue de faire approuver ceux-ci par leurs assureurs.
On comprend bien ce qui se passe : l’idée est désormais de juger de l’utilité et donc du caractère remboursable d’un soin au moyen du seul « jugement » d’un algorithme d’IA. La direction de l’hôpital Montefiore a publié un démenti auprès du Guardian, dans un communiqué assurant que la direction de l’établissement « investit sans cesse dans de nouvelles technologies pour assurer que les patients reçoivent les meilleurs soins et puissent espérer la meilleure issue possible ». Hélas, ce type de protestation si prévisible ne révèle souvent que l’utilisation attentive des techniques de communication modernes.
Tiens, encore un domaine où l’IA pourrait prendre la place des humains spécialistes de la com’ !











