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Quitter l’euro ? En Grèce comme en France, c’est devenu une revendication de gauche, voire marxiste

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Finalement, c’est la manière la plus habile de discréditer une réforme, un changement voulu par la population : laisser son expression aux mains de l’extrême-gauche. En Grèce, où un gouvernement marxiste est pressenti pour porter les couleurs du drachme, la démission de Tsipras a ouvert la voie à une telle entreprise dialectique. En France, hasard du calendrier, l’économiste Jacques Sapir, proche du Front de gauche, propose une alliance de tous les partis qui préconisent de quitter l’euro : ce front de libération nationale accueillerait jusqu’au Front national qui voisinerait ainsi avec le Front de gauche.
 
En Grèce, l’ex-ministre marxiste de l’Energie qui vient de faire scission par rapport au mouvement d’extrême gauche du Premier ministre démissionnaire Alexis Tsipras, vient de se voir confier le mandat de constituer un nouveau gouvernement par le président Prokopis Pavlopoulos. Panagiotis Lafazanis n’a pas perdu de temps pour vilipender ses anciens collègues, dénonçant les élections « express » voulues par Tsipras comme une tentative de maintenir les Grecs dans l’ignorance des accords signés avec les créanciers de la Grèce au début du mois.
 

Le marxiste Lafavanis appelé à constituer un gouvernement anti-euro en Grèce

 
Les Grecs qui s’étaient laissé prendre par la rhétorique anti-euro et anti-européenne de Tsipras, qui a plié et accepté des conditions encore plus dures que celles dont le rejet populaire avaient précipité son élection, seront peut-être sensibles à ce langage. Ce qui les entraînera dans le soutien à une force encore plus révolutionnaire.
 
Le nouveau groupement politique créé par Lafazanis, « Unité populaire », n’a que quelques jours pour mener à bien la constitution d’un gouvernement, selon un mécanisme prévu par la Constitution qui confie automatiquement cette tâche aux deuxième et troisième partis représentés au parlement. Le parti de centre droit « Nouvelle démocratie » y a déjà échoué.
 
Lafazanis n’a pas grand espoir de réussir mais il est bien décidé à exposer son discours « anti-austérité » devant les syndicats de travailleurs en menant ses négociations, et fera en tout cas campagne en vue des élections qui se tiendront probablement le 20 septembre prochain, avec une aura de champion du « souverainisme » grec. Tâche facilitée par le discours de Tsipras, qui sollicite un nouveau mandat en appelant le peuple à lui faire « confiance » pour mettre en œuvre « un programme de changements progressifs afin de libérer graduellement le pays de la surveillance et des mémorandums » étrangers.
 
Voilà qui pourrait entraîner les Grecs, pas forcément désireux de quitter la zone euro mais échaudés par la politique de Tsipras, à choisir une équipe qui s’annonce bien plus radicale, et à l’extrême gauche. L’instabilité grecque n’en sera que renforcée, et cela se dessine déjà sans un sondage commandité par Bild où Syriza affiche un score de 28 % contre 8 %, déjà, pour les dissidents. Lafazanis peut espérer obtenir une minorité de poids. Et ainsi progressera l’extrême gauche en Europe, au moyen du rejet populaire d’une monnaie unique et d’une politique européenne objectivement insupportables.
 

Utiliser la revendication populaire de quitter l’euro pour faire avancer la gauche

 
C’est au fond un mouvement similaire qui commence à se dessiner en France. L’entretien donné par l’économiste de gauche Jacques Sapir à Libération – qualifié de « pavé dans la mare » par la presse – brise, non le tabou de l’extrême gauche, mais celui de l’« extrême droite » en proposant une alliance qui accueille Marine Le Pen. Outre qu’elle arrive peu après le rejet définitif – par celle-ci du moins – de Jean-Marie Le Pen du Front national, cette ouverture à un « possible parti “issu du FN” » et la proposition de Jacques Sapir de « transcender la distinction entre la droite et la gauche » aboutiraient à renforcer la gauche au sein d’une Europe dialectisée. Qui progresse – c’est tout le sens de la praxis marxiste – à coups de thèses, antithèses, synthèses, d’affrontements qui permettent des changements radicaux.
 

La France s’ouvrira-t-elle à une sorte d’alliance Front de gauche-Front national ?

 
On notera à ce propos que Jacques Sapir ne voit plus dans le FN l’épouvantail classiquement dénoncé par les médias : dans le discours officiel du Front, « voilà plusieurs années que l’on ne relève aucun caractère raciste ou xénophobe », assure-t-il. « On ne peut plus nier que le FN ait changé ces dernières années. »
 
Prises de position, choix politiques et économiques, tout est glissant finalement : ne s’agit-il pas simplement d’utiliser les peuples et leur volonté contre eux-mêmes ?
 

Anne Dolhein