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Pétition anti Brexit, referendum sur Notre-Dame-des-Landes :
la fin de la démocratie

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Pendant que Cameron traîne les pieds à sortir de l’UE, une pétition (truquée) demande de refaire le referendum sur le Brexit. Et celui qui vient d’approuver la construction de l’aéroport de Notre Dame des Landes est tenu pour illégitime par ses adversaires. On habitue les peuples à ne plus suivre la loi de la majorité : c’est la fin de la démocratie.
 
La démission immédiate du premier ministre britannique David Cameron ne prendra effet qu’à l’automne, et les négociations sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne devraient suivre le même rythme : l’Angleterre n’était pas vraiment dans l’Europe et n’en sortira pas vraiment tout de suite, cherchant dans toutes les situations le meilleur pour elle-même et les affaires internationales, finance et commerce, dont elle vit. D’après des sources bruxelloises sérieuses, Cameron ne devrait pas invoquer l’article 50 qui prévoit le divorce d’un État membre d’avec l’Union, mais s’orienter vers un maquis de négociations bilatérales, comme l’avait d’ailleurs annoncé l’un des dirigeants de la campagne pro-leave, Bernard Jenkin. Ce qui signifie que le Brexit, sans qu’on puisse affirmer qu’il ne servira à rien, risque de se traduire d’abord par une grande immobilité, et de trahir les attentes de ceux qui ont voté pour lui.
 

Danger : le referendum c’est la démocratie incontrôlable !

 
Mais la trahison des promesses est monnaie courante en démocratie. Plus croquignolette est l’affaire de la pétition pour un second referendum. C’est une chose nouvelle. Il n’est pas rare, dans la démocratie moderne, de voir les gouvernements en place refuser d’avaliser les résultats du vote populaire et faire rejouer le match. Le temps n’est plus aux dinosaures comme le général De Gaulle, qui, mis en minorité le 27 avril 1969 sur le referendum visant à réformer le sénat, quittait l’Élysée le 28 à midi. On a vu la communauté internationale interrompre le processus électoral algérien en 1991 pour sauver la démocratie menacée par la victoire du FIS. Quant à l’Union européenne, les Irlandais et les Danois ayant mal voté, on leur proposa de revoter jusqu’à ce qu’ils votent bien. A l’époque, le courant du fatalisme conformiste portait l’électeur vers Bruxelles. Depuis 2005, depuis que Néerlandais et Français ont refusé la constitution européenne, il n’en va plus de même : les eurocrates, conscients qu’à laisser la parole aux peuples on allait à l’éclatement de leur construction, ont imposé le traité de Lisbonne par la voie parlementaire. La nouvelle démocratie européenne imposait le règne des parlements, instances dont on peut s’assurer la maîtrise par la peur et l’argent. Hélas, depuis dix ans, la ruine du continent et son invasion ont complètement discrédité les élites politiques aux yeux des peuples, ce qui rend fragile et dangereuse l’utilisation trop répétée des parlements. Ainsi David Cameron, en désespoir de cause, a-t-il choisi le referendum. Mais c’était du pile ou face : le système est tellement dévalué qu’il ne pouvait pas se rabattre, en cas de vote Brexit, sur le parlement, comme l’a fait Chirac en 2005 pour le traité de Lisbonne.
 

Histoire d’une pétition qui commence idiote et finit totalitaire

 
D’où une situation tout à fait nouvelle, qui a engendré une initiative entièrement nouvelle : une pétition qui a recueilli plus de trois millions de signatures, une sorte d’initiative populaire britannique contre le résultat d’un vote populaire massif qui vient d’avoir lieu. A ce paradoxe s’ajoutent quelques détails savoureux qui réjouiraient Shakespeare : la pétition pour un second referendum ressemble à la vie vue par Macbeth, c’est une histoire de fous raconté par un idiot – mais, elle, a une signification.
 
Que demande la pétition ? Que si la victoire est acquise avec moins de 60 % des voix exprimées, ou sur moins de 75 % des inscrits, un second referendum ait lieu. Or le Brexit a été acquis avec une marge nette, près de quatre points, et une participation bien plus forte que d’habitude, 72 %. Il était donc pratiquement impossible que la victoire du Brexit (ou celle du Remain) soit acquise dans les conditions fixées par le rédacteur de la pétition. Ce n’est que dans les assemblées parlementaires qu’on peut atteindre les majorités de ce genre, par exemple, en France, celle des trois cinquièmes des chambres réunies en congrès requise pour modifier la constitution. Toujours et partout dans le monde, les referendums ont lieu à la majorité simple. Le rédacteur de la pétition, il s’appelle William Oliver Healey, en convient d’ailleurs, il a fixé des conditions volontairement irréelles pour obtenir un second referendum.
 

Le système combat la démocratie par l’apparence de démocratie

 
Ce n’est pas tout : Healey était, et reste, un partisan du Brexit. Il a déposé sa pétition voilà un mois. Il a dû s’en expliquer auprès de ses amis politiques : « Il n’y avait aucune garantie que l’on remporte la victoire à ce moment-là ». Sainte simplicité ! C’est donc explicitement comme une garantie contre la démocratie que ce jeune étudiant en sciences politiques a conçu sa pétition. Ce qui est rigolo, évidemment, c’est que les opposants au Brexit, une fois celui-ci voté, l’ont reprise à leur compte.
 
Pour mieux délégitimer le vote populaire, ils ont voulu donner l’impression d’un raz de marée en leur faveur, et montrer qu’en moins de deux jours, chose jamais vue, la pétition qu’ils avaient fait leur recueillaient plus de trois millions de signatures. Imparable ! On en aurait presque oublié les 17 millions de voix en faveur du Brexit. Immédiatement, le parlement de Westminster faisait savoir que, conformément à ses usages qui lui font obligation d’examiner toute pétition signée par plus de cent mille personnes, il allait tenir compte de celle-ci. Mais quelques heures après il se trouvait forcé d’ouvrir une enquête sur les nombreuses fausses signatures dont la pétition était truffée, publiant une première liste de 77.000 noms.
 

Le monde entier signe la pétition contre le Brexit

 
Les journaux anglais ont fait la joie de leurs lecteurs en révélant la provenance supposée de certaines signatures : 25.000 de Corée du Nord, 2.800 d’un territoire britannique de l’Antarctique qui ne comprend que 250 habitants, 40.000 du Vatican. D’autres pays en revanche n’ont pris qu’une part minime à cette pétition internationale, le Guatemala n’a fourni que 4 signatures, le Sahara occidental, la Mongolie extérieure et la Somalie 3, le Tchad, le Bhoutan et l’Érythrée une chacun. Mais le plus inquiétant concerne les quelques 2.500.000 signatures provenant du Royaume Uni. Certains estiment qu’une part importante d’entre elles ont été produites automatiquement pour faire nombre et attribuées frauduleusement à des personnes physiques . Un exemple de cette manipulation, la circonscription de Westminster : aux élections générales de 2015, environ 36.000 électeurs s’y sont exprimés – y compris les conservateurs eurosceptiques et les populistes de l’UKIP. Or, elle aurait envoyé 40.000 signatures ! Comme dirait Julien Lepers, il faut qu’on m’explique.
 

L’histoire sans fin de Notre-Dame-des-Landes

 
En France aussi vient d’avoir lieu un referendum, en Loire atlantique exactement, pour déterminer si l’on va construire un aéroport sur la commune de Notre-Dame-des-Landes. Et le résultat a été encore plus net. 55 % des électeurs ont voté oui. Mais cela ne change rien pour les militants parfois violents qui occupent illégalement la zone où doit être construit l’aéroport (les fameux zadistes). « Demain matin, j’irai traire mes vaches, ce n’est pas le préfet ni Manuel Valls qui le feront », dit l’un, et les autres répondent en écho : « Il n’y aura pas d’aéroport à Notre -Dame-des-Landes. » Ces révolutionnaires tranquilles semblent sûrs de leur fait. Ils refusent à la fois la loi de la majorité et l’ordre de l’État, ils préconisent donc la fin de la démocratie en bloc.
 
Le mieux est qu’ils sont justifiés par plusieurs caciques d’Europe Écologie Les Verts. David Cormand, secrétaire national EELV, explique uniment que « si le non l’avait emporté cela aurait clôturé le débat », mais il n’en va pas de même pour le oui. Pourquoi ? Parce qu’il reste « des recours juridiques » et parce qu’il est en « contradiction avec la COP21 dans laquelle la France est engagée ». Conclusion verte : « On va continuer à s’opposer à ce projet parce qu’il est contraire à l’intérêt collectif. Et l’intérêt collectif dépasse les frontières de la Loire-Atlantique. »
 

Referendum illégitime, démocratie bonne à jeter : vive la Révolution !

 
Jadot oppose sans complexe à la légitimité de la démocratie la supériorité des traités internationaux (COP21), le pouvoir judiciaire (recours juridiques) et un « intérêt collectif » dont lui seul et ses amis ont le secret. La question de la légitimité est centrale dans le déni de referendum que les représentants autoproclamés du bien manifestent. Le député écologiste Yannick Jadot a tweeté plusieurs fois que « ce referendum est illégitime ». Il rejoint ainsi la tribune publiée dans le Monde par Me Laurent Cohen-Tanugi juste avant le Brexit visant à interdire « par les traités » les referendum « nationaux unilatéraux » qui peuvent, sous la pression de la « démagogie » perturber les desseins de ceux qui savent.
 
Dans l’affaire microscopique de Notre-Dame-des-Landes comme dans celle du Brexit qui concerne tous les Britanniques, la vox populi est comptée non seulement comme négligeable, mais dangereuse. C’est la fin de la démocratie tant vantée pendant deux siècles. Si l’on prend un peu de recul, on s’aperçoit que le choix de la majorité n’a été loué et utilisé que pendant le temps nécessaire à éliminer l’ancienne légitimité de la monarchie. La démocratie, républicaine ou couronnée, n’a été qu’un moment de la révolution. Aujourd’hui les sages de Bruxelles et de New York en font aussi peu de cas qu’en faisaient hier les soviets. La démocratie était bonne hier, elle est mauvaise aujourd’hui, il n’est d’autre vérité pour les révolutionnaires que ce qui leur est utile. Ils construisent un système totalitaire qui décide souverainement de ce qu’est l’intérêt collectif, au nom de la planète, du progrès, du vivre ensemble, au nom du bien, en quelque sorte. Leur bien est souverain, et la démocratie bonne à jeter.
 

Pauline Mille