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Restructuration de l’islam : Al-Azhar propose de former des imams « modérés » pour la France

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Cheikh Abbas Shoman, le vice-cheikh d’al-Azhar l’institut de l’Egypte, parle lors d’un entretien avec l’AFP à son bureau au Caire le 16 Novembre, 2015.


 
Déjà fortement impliquée lors des prises de parole du général Al-Sissi en vue d’une réforme de l’islam, la prestigieuse université Al-Azhar du Caire a réagi à sa manière aux attentats de Paris : son numéro deux, le vice-grand imam Abbas Shoman, a proposé de former des imams « modérés » pour la France et l’Europe. Selon lui, il faut engager une bataille intellectuelle et idéologique pour venir à bout de l’Etat islamique, et pour éviter que celui-ci ne séduise les jeunes des banlieues – françaises, mais pas seulement.
 
L’université-phare de l’islam sunnite – qu’on pourrait par analogie qualifier d’« orthodoxe » – entend ainsi mettre en œuvre une campagne qu’il avait déjà suggérée à la France, assure le cheikh Shoman.
 

Al-Azhar veut former des imams modérés en France : et l’islam dans tout ça ?

 
129 morts plus tard, c’est le même programme qu’il propose. Laissant entendre que la formation d’imams « modérés » serait suffisante pour réduire la menace terroriste en France. Dès le mois de juin, Oussama Nabil, représentant le Conseil des sages musulmans créé un an plus tôt, en juillet 2014, à Abu Dhabi, avait déclaré lors d’une visite à Paris qu’Al-Azhar était prête à « envoyer en France des professeurs susceptibles d’enseigner de manière neutre toutes les écoles doctrinales de l’islam », rapporte La Croix, qui rappelle : « Au même moment, l’Institut catholique de Paris annonçait “un projet de collaboration” entre sa faculté des lettres et celle de l’université Al Azhar. »
 
Cela va évidemment dans le sens d’un certain syncrétisme à consonance maçonnique, car il appartient à une université catholique d’enseigner la foi catholique et de la fortifier dans l’esprit de ceux qui font des études poussées, et non de déterminer la manière dont des fidèles d’autres sectes ou religions enseignent leurs croyances.
 

Les sunnites contre leurs « frères » de l’Etat islamique : feindre le relativisme

 
Combattre l’extrémisme, comme ils disent, consiste d’abord en France à étudier l’islam tel qu’il est, en connaissant à la fois son histoire et la manière dont ses adeptes entendent et vivent leurs croyances.
 
Ce syncrétisme-là se double d’un autre, celui qui cherche à diluer l’islam – au moins en apparence – dans un appareil faussement doctrinal qui se fonde sur la valeur relative de toutes les religions, rassemblées sur un dénominateur commun qui consiste à dire qu’il n’y a pas de vérité qui s’impose ou se propose à tous.
 
Al-Azhar veut donc remplacer les prédicateurs extrémistes – les salafistes par exemple – qui appellent au djihad et créent des « vocations » de terroristes.
 

Une restructuration de l’islam en Arabie saoudite ?

 
Pour autant cette offre a quelque chose de délibérément trompeur. Les nations sunnites comme l’Arabie saoudite – sans constituer le « Califat » qui est la forme aboutie de l’islam politique – ne reconnaissent pas la liberté du culte public des chrétiens, elles appliquent durement la charia, condamnent à mort les apostats. L’islam sunnite rejette certes la version qu’en professe Daech, mais en est-il si éloigné en vérité ?
 
Tout dépend, finalement, de ce que l’on met sous le terme « extrémisme »…
 
Et faire enseigner l’islam en France par des imams sous contrôle arabe ou égyptien n’est pas forcément rassurant, surtout lorsque chacun s’interdit de se poser la question de la vérité.
 

Anne Dolhein