Le retour en grâce du nucléaire chez Macron et Ursula n’annonce pas la fin de la décroissance, mais la montée de l’IA

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Emmanuel Macron a réuni à Paris le deuxième Sommet mondial sur l’énergie nucléaire civile, qui a pour objectif de promouvoir une « énergie nucléaire sûre et accessible à tous », le président français appelle désormais chaque acteur public et privé à prendre sa part dans le financement de nouveaux projets, achevant ainsi sa volte-face par rapport à sa politique de 2017, où il annonçait son projet ramener la part du nucléaire dans le mix énergétique français à 50 % dès 2025. Un an plus tard, il annonçait la fermeture de 14 centrales, mais allongeait le délai des 50 % de 10 ans. Depuis lors, en 2022, Macron a au contraire annoncé la construction de six nouveaux réacteurs. Et aujourd’hui, il s’inscrit dans la logique clairement exprimée à l’occasion du Sommet par Ursula von der Leyen, qui déclarait :

« Alors qu’en 1990, un tiers de l’électricité européenne provenait du nucléaire, aujourd’hui cette part est tombée à environ 15 %. Cette réduction de la part du nucléaire était un choix. Je pense que c’était une erreur stratégique de la part de l’Europe de se détourner d’une source fiable et abordable d’énergie à faibles émissions. »

Serait-ce un retour à la raison et enfin la prise en compte des besoins réels des populations européennes aujourd’hui massacrées sur le plan énergétique par le choix de l’énergie verte, intermittente et néfaste pour les réseaux de distribution à trop forte échelle ? Ou plutôt la réponse aux besoins de l’IA ?

 

Macron et Ursula von der Leyen confirment la bonté du nucléaire

N’allons donc pas trop vite ; l’optimisme dans ce domaine est imprudent.

On le sait depuis les années 1960, lorsque le couple Ehrlich publiait The Population Bomb, menaçant l’humanité des pires catastrophes si elle continuait de croître et de se multiplier, et les années 1970 marquées par les mises en garde du Club de Rome qui réclamait une « halte à la croissance ». Cette idéologie politique anti-humaine n’a cessé de s’imposer au cours des décennies suivantes, pour en arriver au déclin démographique catastrophique devenu réalité aujourd’hui dans tant de pays du monde développé (mais pas seulement).

C’est la fameuse « décroissance » qui est recherchée : c’est d’abord une décroissance de la population qui allégera la prétendue pression insupportable des êtres humains sur les ressources de la planète. Cette idéologie se répand à travers le détournement de l’écologie, qui n’est pas seulement le fait de quelques hurluberlus façon Greenpeace ou WWF.

Il suffit de penser aux nouvelles lois et règles qui entravent la construction du logement, donnent mauvaise conscience à ceux qui se déplacent avec des moyens de transport individuels ou émetteurs de CO2, qui font flamber les prix de l’énergie et qui s’immiscent dans chaque aspect de nos vies, en France notamment. L’un des premiers effets de cette politique est de rendre de plus en plus difficile la constitution et la survie de familles qui accueillent largement la vie.

Il suffit de voir que la population s’appauvrit et qu’il est aujourd’hui bien plus difficile à un jeune couple de prendre un bon départ économique qu’il y a 10, 20 ou 30 ans.

 

Le retour du nucléaire n’est pas la fin de la décroissance

En aurions-nous fini avec la décroissance ? Les déclarations de Macron et de von der Leyen pourraient le faire croire aux plus naïfs. De fait, la croissance exige l’énergie et couper l’énergie – alors qu’aujourd’hui tant de choses en dépendent – revient à imposer, de soi, la décroissance. Décroissance de l’activité économique, décroissance de la population : il y a des variétés diverses qui ne se recoupent pas toujours.

Il faut bien avoir à l’esprit que cette décroissance, volontiers présentée comme une idée de gauche, est favorisée par des politiques qui sont menées aussi bien par des responsables de gauche que de droite. Ainsi le communisme chinois a-t-il favorisé l’industrie et l’énergie, mais en cassant la procréation par la politique de l’enfant unique dont il n’arrive pas à inverser les effets. Les règles écologiques qui entravent notamment la natalité ont été imposées en Europe, notamment, par des gouvernements de gauche ou dits de droite.

Et voilà que l’on nous fait l’article de l’énergie nucléaire. Mais c’est dans un double contexte, qui est le suivant. Premièrement, la dénatalité a déjà fait des ravages en Europe et on sait combien il est difficile, voire impossible, de remonter cette pente. Deuxièmement, la lente destruction du tissu industriel dans nos pays, et notamment dans un pays comme la France, est tout aussi difficile à inverser.

 

Le nucléaire est nécessaire à l’IA

Mais il y a surtout un fait nouveau : alors que la population décline et que la richesse moyenne se rétracte aussi, notamment sous le coup d’un socialisme qui multiplie prélèvements, taxes et impôts, il y a une activité qui est en plein essor, celle de l’intelligence artificielle. L’IA est extraordinairement énergivore et le sera de plus en plus au fur et à mesure qu’elle s’intégrera dans des robots tout aussi consommateurs d’électricité.

Ces énormes besoins doivent être assouvis. C’est précisément depuis le début des années 2020 que l’utilisation publique de l’IA a explosé, et qu’on ne peut donc plus jouer sur le seul terrain de l’énergie dite renouvelable. ChatGPT est arrivé sur le marché en novembre 2022. C’est de la même année que date le revirement de Macron sur l’énergie nucléaire. On est tenté de ne pas y voir un hasard.

L’IA et les robots servent d’abord à remplacer l’homme, à lui nier sa place propre au sommet de la création qui lui a été donnée à l’origine : à garder et à « jardiner » pour répondre à ses besoins et lui permettre de répondre à l’appel divin. Aujourd’hui déjà, des pays comme le Japon ou la Corée du Sud, ou encore la Chine, remplacent les forces humaines par l’IA robotique. La décroissance de la population exige la montée de l’IA et s’il faut pour cela beaucoup d’énergie, tous les moyens finissent par être bons.

 

Meta, Microsoft, Google annexent des centrales nucléaires

A ce jour, trois géants de l’informatique et surtout de l’IA ont déjà en quelque sorte annexé des centrales nucléaires pour répondre à leurs besoins. En septembre 2024, Microsoft a annoncé la relance de la centrale de Three Mile Island en Pennsylvanie, fermée cinq ans plus tôt, pour alimenter ses data centers, en raison surtout des besoins de l’IA générative. En juin 2025, Meta a conclu un accord avec la société américaine Constellation Energy pour profiter, à partir de 2027, de l’électricité produite par l’un de ses réacteurs de l’Illinois. Google annonçait en octobre dernier la remise en service d’ici à 2029 de la centrale nucléaire de Duane Arnold, dans l’Iowa, fermée elle aussi depuis cinq ans, à la suite d’un accord avec le groupe américain NextEra Energy pour assurer le développement des infrastructures de l’IA du géant californien.

De nouveaux projets sont dans les tuyaux. Meta a passé au début de cette année des accords avec les compagnies américaines Vistra, TerraPower et Oklo pour permettre de prolonger et étendre l’exploitation de trois centrales nucléaires, en finançant notamment la création d’une nouvelle génération de réacteurs, dont la première unité pourrait être mise en service dès 2030.

Le directeur des affaires internationales de Meta, Joel Kaplan, a déclaré à cette occasion qu’il s’agissait aussi de fournir une électricité propre et fiable pour tous.

Mais on l’aura compris, c’est surtout pour l’IA générative que la course au nucléaire est engagée. L’IA que recherchent ces géants de la tech est celle qui vise à remplacer l’homme par une IA générale capable de le surpasser dans toutes ses activités (hormis celle qui est essentielle bien sûr, à savoir la louange de Dieu).

La croissance du nucléaire et la décroissance de l’homme peuvent aller main dans la main. La haine de l’homme n’a d’ailleurs rien de nouveau : elle est professée depuis l’origine par celui qui est homicide et menteur depuis le début.

 

Jeanne Smits