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Sens et grandeur de l’Ave Maria

Sens et grandeur de l'Ave Maria

Des quatre prières usuelles de la vie du chrétien (le signe de Croix, le Pater, le Credo, l’Ave Maria), la dernière a la propriété d’être une composition entre l’Ecriture Sainte et la Tradition : l’Évangile de saint Luc s’y trouve mêlé aux invocations de l’Eglise. Au contraire, le Pater est intégralement contenu dans l’Évangile (6, 9-13) ; le signe de croix et le Credo sont directement issus de la tradition chrétienne, sans aucune citation scripturaire.
Déjà, cette caractéristique fait de l’Ave une prière éminemment catholique puisqu’elle émane des deux sources de la Révélation Divine. De plus, l’Ave est d’une grande richesse doctrinale méconnue. Quelques éléments.
 

Une prière prophétisée

La première partie du Je vous salue Marie harmonise deux salutations adressées à Marie par l’archange Gabriel (Luc, 1, 28) et par Elisabeth (Luc, 1, 42). Cette prière existait ainsi dès le IVe siècle dans les liturgies de saint Jacques en Grèce, de saint Marc en Égypte et, à la fin du VIe siècle, pour la liturgie latine de saint Grégoire le Grand. Mais bien entendu, dans sa substance l’Ave est bien plus vénérable puisque l’Évangile de saint Luc remonte au plus tard au début des années 60 après le Christ.
La deuxième partie affirme la maternité divine de Marie et lui adresse une prière suppliante : deux idées elles-aussi très anciennes puisqu’elles se retrouvent dès le IIIe siècle dans le Sub tuum, qui s’intitule aussi d’après le grec : Sous votre miséricorde. « Sous l’abri de votre miséricorde nous nous réfugions / Ô Mère de Dieu / N’induisez pas en tentation notre prière / Mais délivrez nous du péril / Seule sainte et bénie ». Cependant, il faudra attendre le XVe siècle pour voir l’Ave totalement achevée. Pie V introduira dans le bréviaire en 1568.
Il faut remarquer que l’Ave est la principale prière Marianne qui vérifie la prophétie prononcée par Marie elle-même dans le Magnificat : « Toutes les générations me diront bienheureuse » (Luc, 1,48). En ce sens, il est possible de dire que l’Ave est une prière inspirée du Saint-Esprit puisqu’elle traduit au mieux cette prophétie : son universalité s’étend en tout temps et en tout lieux, comme on vient de le voir. Sans compter que l’Ave exprime au mieux la doctrine catholique. L’ensemble est inconcevable sans inspiration divine. D’Elisabeth aux « apôtres des derniers temps », prier l’Ave, c’est être mu par le Saint-Esprit.

 

Un commentaire de l’Ave

Ave traduit le kairè grec, « réjouissez-vous » ; notre « bonjour » en français. Les Grecs souhaitent la joie où les Hébreux donnent la paix et les Latins la santé. Cependant, il faut remarquer que la joie du kairè correspond mieux à l’annonce d’une nativité, celle du Messie. De même, les anges de Noël annonçent une « grande joie » aux bergers (Luc 2, 11). La joie vient de la possession d’un bien, ici le Messie tant attendu.
Maria est ajouté ici en raison de son sens : l’hébreu Mar’ Yah’ pour « le Seigneur [est] Dieu », que la Vierge répète en disant qu’elle est « la servante du Seigneur ». Mais Dieu transforme ce prénom en « pleine de grâce », Gratia plena, car il assigne à Marie de Nazareth une mission nouvelle comme Il changea Abram en Abraham ou Jacob en Israël. « Vraiment Pleine de grâce, par qui la rosée du Saint-Esprit est donnée à toute créature ; qui a donné la gloire aux cieux, Dieu à la terre, et a étendu la paix aux hommes, la foi aux païens, la mort des vices, l’ordre de la vie et la discipline des mœurs » écrit Ludolphe le Chartreux dans Vita Jesu Christi du XVe siècle.
Dominus Tecum est une affirmation, non un souhait. Marie de Nazareth est déjà au centre de la Trinité et son âme est toute divine par ses vertus et ses privilèges personnels d’être l’Immaculée, la vierge perpétuelle, d’une intégrité parfaite et de grâce possédée au maximum d’une créature toute donnée à Dieu.
Benedicta tu in mulieribus : Elisabeth poussa un grand cri, tant elle fut émue face à cette figure hors du commun. Il n’y a plus qu’elle qui compte, elle qui était annoncée depuis la chute d’Adam pour écraser la tête du serpent (Gen. 3, 14) : Ipsa conteret, « Elle-même écrasera » dit le texte latin de la Vulgate.
Et benedictus fructus ventris tui : même parité de bénédiction entre la Mère et le Fils, le second, « Fils du Béni » (Marc, 14, 61), attirant celle-ci à sa propre bénédiction. L’Eglise ajoute Jésus, « Yahvé sauve », prénom donné par l’Archange pour décrire la mission du Fils de Marie. Ainsi son rôle de mère de Dieu correspond à la mission ici rappelée : être Sauveur du genre humain. La louange de Marie est intrinsèquement unie à celle de son Fils.
Sancta Maria Mater Dei est la reformulation que l’Église fait de cette première partie de l’Ave. Il s’agit des propres mots du dogme d’Ephèse de 431, repris par le pape Xyste III, au printemps 433 : Omologoumén tén Agian Parthénon Théotokon. « Nous confessons la Sainte Vierge Mère de Dieu ». Un dogme de foi définie est inséparable de l’Ave.
Ora pro nobis. Petite phrase riche de sens : Marie est priée car intercesseur entre Dieu et nous. Pour deux raisons : elle est en union constante avec son Fils par sa grâce et, ensuite, parce que son action permet l’intervention divine dans le monde. Marie est seul lien entre le Père et l’humanité au fiat de l’Annonciation ; Élisabeth est inspirée de l’Esprit-Saint et Jean-Baptiste sanctifié à la Visitation ; à la Nativité, Marie donne seule Jésus aux hommes, signe grâce auquel les bergers reconnaissent le Messie ; elle porte son Fils au Temple, est active au miracle de Cana, se tient au pied de la Croix, transmet aux Apôtres le Saint-Esprit lors de la Pentecôte. Saint-Bernard, au nom de la Tradition, écrit : « Vénérons-là donc, car telle est la volonté de Celui qui a voulu que nous ayons tout par Marie ». En 1921, Benoit XV approuva la messe de Marie, Médiatrice de toutes les grâces, fixés au 31 mai. Ce dogme, en bonne voie au début du XXe siècle, attend toujours d’être défini depuis…
Peccatoribus est notre titre à l’intervention mariale car, totalement démunis, Marie est notre unique recours. L’exclamation « pécheurs ! » se trouve dans les litanies des saints, cri de détresse pour émouvoir notre Mère comme les saints.
Nunc et in ora mortis nostrae insiste sur l’universelle intercession de Marie : de maintenant à notre fin terrestre, tout dépend de sa puissance suppliante entre ces deux termes. Saint Pie X la dira « dispensatrice de tous les dons que Jésus nous acquis par sa mort et son sang » (Ad diem illud, 2 février 1904). Ici ce place la demande de la grâce des grâces qui est la persévérance finale à la mort. Cette dernière grâce est la plus nécessaire car, sans elle, on n’entre pas au Ciel. Marie possède cette grâce en apanage personnel ; l’Histoire montre qu’elle distribue toujours : citons par exemple le scapulaire du Mont-Carmel accordant les secours nécessaires dans l’agonie et, plus récemment, la dévotion des premiers samedis du mois à Fatima. L’Ave Maria s’achève ainsi sur une note apostolique, avec la vie éternelle pour dernière grâce demandée à Marie – et demandée chaque jour. Comme cette grâce est indispensable au salut de l’âme et qu’elle est demandée avec persévérance par la répétition des Ave, les chrétiens sont certains de l’obtenir. Importance décisive de l’Ave Maria.
La conclusion solennelle de l’Amen exprime toute la force de cette prière : ainsi Jésus-Christ se dit « l’Amen » dans l’Apocalypse (3,14), c’est-à-dire « le loyal, le ferme, le véridique ». Notre volonté est totalement engagée dans l’Ave.
On comprend pourquoi l’Ave Maria est réclamée par toutes les apparitions mariales, encouragé par tous les papes, récité par tous les saints de l’Église.
Le R.P. de Chivré, dans La Vierge Marie, conclut : « Oh ! Madame Marie ! Je Vous salue pleine de grâce. Un Ave Vous salue, Un Ave Vous demande, Un Ave Vous appelle, Un autre Vous supplie, Un autre Vous implore, Un autre Vous regarde, Tous les Ave Vous aiment ».