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La solidarité européenne pour les migrants irrite les Etats-membres

La solidarité européenne pour les migrants irrite les Etats-membres
 
La Commission européenne a proposé mercredi de répartir entre les Etats-membres de l’Union européenne 40.000 migrants qui viennent de débarquer en Italie et en Grèce, en application de la réflexion de son président Jean-Claude Juncker sur les quotas. Un appel qui irrite bon nombre des pays appelés à cette solidarité, et qui estiment avoir déjà beaucoup fait en cette matière.
 
La Grèce et l’Italie, qui constituent les deux principales voies d’accès à l’Europe pour les migrants, demandent désormais depuis de longs mois à l’Union européenne de les aider à faire face à cet afflux qui ne cesse de croître compte-tenu des conflits qui agitent le continent africain et le Proche-Orient. Ces deux pays estiment à quelque 600.000 le nombre de réfugiés qui ont ainsi pénétré chez eux pour la seule année 2014 – un chiffre qui ne tient pas compte des milliers de migrants qui ont péri avant d’atteindre les côtes européennes.
 

Solidarité européenne sur commande

 
Déjà échaudés par la réflexion de la Commission européenne sur les quotas, la plupart des Etats-membres n’ont que peu gouté l’invitation de Bruxelles, mercredi, à se répartir ces 40.000 – 24.000 demandeurs d’asile actuellement en Italie et 16.000 en Grèce – nouveaux venus.
 
Jean-Claude Juncker n’en a cure. « Il semble bien que certains Etats-membres soient réticents, mais il faut qu’ils acceptent le fait qu’il ne s’agit pas seulement de mots, mais d’action », a-t-il déclaré à l’occasion d’une conférence de presse.
 
Pour l’heure, la clef de répartition, fondée sur la population, la situation économique et le taux de chômage de chaque pays, est considérée par ceux-ci comme une simple base de discussion. Parce que, évidemment, ce sont toujours les mêmes qui devront accueillir la majorité des migrants. A commencer par l’Allemagne et la France…
 
Selon les calculs précise de Bruxelles, l’Allemagne devrait ainsi accueillir 22 % de ces migrants, et la France 16,88 %. Ce qui correspond très précisément à 6.752 réfugiés au total – soit 4.051 venant d’Italie et 2.701 venant de Grèce.
 
Les Etats-membres irrités par la répartition automatique des migrants

 
« La France est prête à prendre une part. Elle a toujours accueilli un certain nombre de demandeurs d’asile. Mais il faut que d’autres en prennent plus », a anonymement commenté un diplomate.
 
A Berlin, on soutient le principe élaboré par Bruxelles. Mais on entend « négocier la répartition », précise le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière.
 
Ce ne sera pas facile. Car d’autres pays ne veulent tout simplement pas en entendre parler. Le Royaume-Uni fait jouer les exemptions dont il bénéficie au sein de l’Union européenne pour ne pas entrer dans le processus. Il est vrai que, à l’heure où David Cameron, tente de négocier son referendum sur l’appartenance de son pays à l’Union, accepter de nouvelles entrées de migrants constituerait ni plus ni moins un suicide politique.
 

Quelle solution ?

 
Londres n’est pas seule, loin de là, à marquer ainsi son opposition. En Hongrie, le premier ministre Viktor Orban déclare que le projet de Bruxelles est « à la limite de la démence ».
 
Son homologue tchèque, Bohuslav Sobotka, renchérit : « Les quotas obligatoires et la distribution de réfugiés sans prendre en compte leur volonté n’est pas une solution viable à la crise actuelle des migrants. »
 
Pour l’heure, la Pologne ne semble pas avoir réagi. Mais il est clair que, au lendemain de l’élection présidentielle qui a vu la victoire d’Andrzej Duda, Varsovie ne va certainement pas modifier une position déjà très restrictive sur la question.
 
Bohuslav Sobotka n’a d’ailleurs pas tort. Le procédé bruxellois ne constitue pas une solution viable : ni pour les migrants, ni pour les pays qui les accueillent. Mais la question qui se pose aujourd’hui est de savoir si, après des décennies de politique révolutionnaire en ce domaine, il existe encore une solution viable…
 

François le Luc