Surveillance vaccinale : en Afrique, GAVI et Mastercard testent le Wellness Pass biométrique

Surveillance vaccinale Wellness Pass
 

Ce n’est pas encore tout à fait l’identité numérique tous azimuts, mais on s’en approche : GAVI, l’Alliance du vaccin, soutenue par Bill Gates, l’OMS, UNICEF, la Banque mondiale, et quelques autres testent actuellement en Afrique un passeport de santé numérique destiné à permettre la vérification immédiate du statut vaccinal de son utilisateur. Astucieusement, la Wellness Pass se présente non en tant que document de surveillance médicale mais comme un dossier médical hors ligne pour faciliter et améliorer les soins dans des pays où la conservation des données médicales est aléatoire, notamment pour les populations les plus « marginalisées ». On met ainsi en avant les besoins nés des situations de conflit où des groupes entiers se trouvent contraints de fuir en raison d’une catastrophe naturelle ou d’un conflit, et se retrouvent sans documents médicaux.

Le Wellness Pass, présenté comme un moyen pratique de suivre les patients dans les « communautés mal desservies » à travers « de multiples points de contact », contient des données biométriques « tokenisées » permettant l’identification assurée des porteurs. Outre les données médicales stockées sur la carte on y répertorie également les certificats de vaccination, ce qui permet de vérifier la date des piqûres et, surtout (comme le précise le site de Mastercard) « l’adhésion aux cycles vaccinaux ».

 

Le Wellness Pass soutenu par les promoteurs de la société sans cash

Le programme a été testé dans un premier temps en Mauritanie en décembre 2021 ; l’Ethiopie a suivi en juin 2022 ; deux millions de personnes sont concernées dans la région Addis Abeba. Mastercard, qui travaille activement à l’avènement d’un monde sans argent liquide (World Beyond Cash™) a déjà contribué de fortes sommes à la promotion de la vaccination, notamment deux versements de 25 millions de dollars chacun à l’occasion du covid, dont 10 millions pour le Wellness Pass.

GAVI et Mastercard présentent ces projets pilotes comme destinés à « fournir efficacement des vaccins à des millions d’enfants, de suivre l’identité et les dossiers de vaccination de manière numérisée et d’inciter à la fourniture de vaccins. » Historiquement, GAVI a fourni aux enfants du tiers monde des vaccins classiques. Aujourd’hui, l’Alliance diffuse les nouveaux vaccins ARNm tout en aidant leurs fabricants à éviter les risques financiers liés aux effets secondaires de ces piqûres à la technologie récente, souligne The Blaze.

 

Du Wellness Pass au super passe sanitaire, il n’y a qu’un pas

L’affaire fait évidemment penser aux passes sanitaires mis en place en France et conditionnant l’accès à de nombreux établissements de santé et lieux de loisirs à la vaccination covid (ou la contamination récente). Le Wellness Pass n’est pas exigé pour circuler ou accéder à des lieux particuliers… mais il pourrait l’être ; et avec ses données médicales privées, ses dispositifs biométriques et ses historiques de vaccination, le contrôle serait grandement facilité et augmenté.

Dans sa phase de tests pilote, les « clients » ont reçu l’assurance de pouvoir décider eux-mêmes quelles personnes ou établissements pourront avoir accès aux données, et à quelles données. C’est le genre de promesse qui n’engage que ceux qui les recoivent.

On peut se poser la question : s’agit-il pour GAVI et Mastercard d’une sorte de test de surveillance grandeur nature sous prétexte de philanthropie ? Aujourd’hui en Afrique, demain dans le reste du monde…

 

Anne Dolhein