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Swiss Leaks : les révélations de Falciani sur la CIA

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Hier, le lanceur d’alerte de l’affaire Swiss Leaks, Hervé Falciani, était interrogé sur BFM TV par Jean-Jacques Bourdin. Inculpé en Suisse, depuis la mi-décembre, pour espionnage économique et violation du secret bancaire, l’ancien employé de la banque HSBC raconte son parcours et la divulgation de ces archives numérisées, listes éminemment secrètes. Selon les enquêteurs, 180,6 milliards d’euros auraient transité, à Genève, par les comptes HSBC de plus de 100.000 clients et de 20.000 sociétés offshore, très précisément entre le 9 novembre 2006 et le 31 mars 2007. Un gros quart d’heure d’explications mais aussi de révélations qui n’ont pas fini de rebondir et qui en appellent surtout d’autres.
 

CIA = l’intérêt général

 
La première est l’implication majeure – unique ? – de la CIA. A la question inévitable, énorme, de Bourdin, « comment avez-vous eu accès à ces données cryptées ? », Falciani répond : « parce qu’il y a des pays plus courageux que la France, il y a des pays qui utilisent leur service de renseignement pour l’intérêt général ». « Je parle déjà de la CIA, bien sûr »… C’est donc, officiellement, grâce à la CIA qu’Hervé Falciani a eu accès à ces données cryptées. Pire, il a eu simplement « la charge d’assurer leur intégrité », c’est-à-dire « l’ ensemble des transactions, des noms ». Car ces données étaient déjà mises à sa disposition dans ce qu’on appelle le cloud. Il n’a eu qu’à les récupérer…
 
Selon ses dires, il ne savait pas, alors, que c’était la CIA – cette dernière attendant, sans doute, de voir comment les choses marcheraient avec ce personnage qu’on appelle, dans ce contexte, une taupe. Sacralisation de la courageuse CIA au nom de l’intérêt général… Mais pas courageuse tout le temps. Falciani a refusé de dire par qui il était protégé – affirmant juste que ce n’était pas par les Français…
 

Falciani contre les politiques

 
Et il n’y va pas de main morte dans ses accusations. Pour lui, tous ceux qui ont cherché à l’aider, à le protéger, tous ceux qui ont commencé des investigations sur la base des fichiers clients de la banque, se sont fait placardiser ou évincer. Gendarmes, fonctionnaires, directeurs… Il parle d’obstructions, de pressions.
Il met violemment en cause l’actuel président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker : « Nous avons un pirate en chef au gouvernement de l’Europe, nous avons Juncker… Juncker qui a parasité et qui parasite nos économies ». Il s’en prend également à Pascal Saint-Amans, l’expert fiscal français, directeur depuis deux ans du centre de politique et d’administration fiscale de l’OCDE, en lutte contre le secret bancaire et les paradis fiscaux, qu’il traite de « collabo ». Même Michèle Alliot-Marie, garde des sceaux entre juin 2009 et novembre 2010, est montrée du doigt parce qu’elle aurait demandé à ce que les fichiers originaux soient renvoyés en Suisse… Aurait-elle des choses à se reprocher ? Falciani cultive les points de suspension et soulève toutes les interrogations.
 

Qui est à l’origine de Swiss Leaks ?

 
C’est tout le système mafieux de la finance internationale qu’il dénonce : il y a « des mécanismes qui sont faits pour cacher l’argent ». Le terme de « fraude fiscale » ne suffit pas à l’informaticien, il parle d’argent noirci, de « cet argent qui corrompt nos gouvernants », et en particulier européens. A décharge, « ces lois d’amnistie » qui ont surgi, qui en Espagne, qui en Italie, dès lors que les informations Swiss Leaks ont commencé à fuiter…
 
Un Zorro de la Finance, ce Falciani ? Un idéaliste incorruptible ? Il appelle à la « résistance » de la société civile. Il parle de « combat » pour la démocratie… Sincère ou pas, qu’importe.
 
En tout état de cause, la triste existence de ces comptes, de ces sociétés fictives va à l’encontre des lois – qui pour les défendre, si ce n’est d’autres hors-la-loi… Mais ces pratiques courent depuis combien de décennies et pour combien de personnes ?! La vraie question est plutôt de savoir par qui – le dossier avance sur ce point – et surtout pourquoi ces données ont été « levées », comme du gibier, précisément à ce moment-là. La « finance de l’ombre » est dans un collimateur. Il y a des ficelles supra-nationales qui entendent la mettre au pas et lui faire comprendre qui commande et dans quel sens on va – celui d’un ordre nouveau.
 
Les « révélations » ne sont pas près de s’arrêter.