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Pour la presse anglo-saxonne, Trump est un risque pire que le Brexit

Trump Brexit Presse Anglo saxonne
 
La presse anglo-saxonne, qui faisait peur au monde entier voilà deux mois avec les conséquences censément catastrophiques du Brexit, a trouvé un nouvel épouvantail pour tâcher d’empêcher l’élection de Donald Trump : elle serait le pire risque pour l’économie et la sécurité de la planète.
 
Le paradoxe amusant de cette nouvelle rhétorique de la peur est qu’elle lave en quelque sorte le Brexit des accusations que portait la même presse anglo-saxonne contre lui depuis des mois. Le Telegraph vient de publier un papier involontairement comique, dans lequel il compare Donald Trump au Brexit, concluant que, finalement, celui-ci ne constitue pas un trop grand risque, et qu’il y a même de bonnes choses à en tirer pour l’économie de l’Angleterre et du monde, sans trop grand risque politique ni militaire. On conseillera aux lecteurs du Telegraph de relire les éditoriaux de mai et juin, pour comparer, et décider quelle confiance on peut accorder à un tel journal et à la rhétorique de la terreur répétée jusqu’au psittacisme par la presse anglo-saxonne dans son ensemble.
 

Trump, « Mr. Brexit » pour la presse anglo-saxonne

 
Donald Trump, qui est un intuitif, et qui connaît les ficelles de la presse, avait prévu la chose, puisqu’il a lancé, d’une manière qui a paru sibylline à certains : « Vous verrez qu’ils vont m’appeler M. Brexit ». Il y a d’ailleurs une ressemblance évidente : le système et ses médias ont d’abord tenu la candidature de Trump, comme le Brexit, pour une simple plaisanterie, et maintenant que l’éventualité d’une victoire fait partie des choses possibles, il prend peur au point de vouloir faire peur au public pour l’empêcher. Avec la naïveté d’un lycéen rédigeant sa première dissertation, le Telegraph compare donc point par point les dangers que présentent l’élection de Trump et le Brexit, pour conclure que le risque provoqué par celle-là est bien plus grand. Selon cette analyse, deux choses sont particulièrement inquiétantes pour l’économie et la sécurité du monde, dans l’élection de Trump : l’« imprévisibilité » du bonhomme et son  programme, « ses objectifs officiels ».
 

Trump ou Brexit, un seul risque, un seul ennemi : le protectionnisme

 
Premier point, « le protectionnisme ». Le rétablissement des barrières douanières aux frontières pour protéger l’économie américaine serait une catastrophe pour les partisans du libre échange intégral. Le Telegraph en ressasse la vulgate, les marchés émergents tirant la croissance, le consommateur américain bénéficiant de produits moins chers et d’un plus grand choix : les barrières douanières casseraient la croissance et priveraient les Américains de ces avantages. Le Brexit, lui, pose un problème entre l’Union européenne et l’Angleterre, mais celle-ci peut passer des accords commerciaux avec le reste du monde, à son bénéfice et à celui de la planète. « Il y a de la place pour un bénéfice au Brexit, si les négociations sont bien menées : la politique de Trump, au contraire, serait plus négative pour le monde ».
 

La presse anglo-saxonne fanatique du libre échange

 
Deuxième point l’immigration et le projet de Trump de construire un mur entre les États-Unis et le Mexique. Là encore, pour la presse anglo-saxonne, même risque, même punition, même motif. « Du point de vue économique, l’immigration est un grand bien. De nouvelles ressources humaines signifient plus de croissance. Permettre l’accès des travailleurs aux emplois les mieux payés revient à créer plus de valeur, et profite aux travailleurs, aux employeurs et aux clients ». En la matière, pour le Telegraph le Brexit ferait match nul avec Trump, car « la croissance britannique » a profité de l’afflux de main d’œuvre européenne, et se priver de « cette ressource serait casser la croissance, et nuire à l’Angleterre autant que Trump nuirait aux États-Unis ». On relèvera la stupidité flagrante du « raisonnement » : les travailleurs qui « profiteraient » au pays d’accueil manqueraient évidemment au pays de départ.
 
Le dernier point est la sécurité internationale. Les déclarations de Donald Trump sur l’OTAN, liant la solidarité des États-Unis avec ses partenaires au respect scrupuleux de leurs engagements par ceux-ci, sont déclarées inquiétantes face à la Russie de Poutine présente « en Ukraine et active en Syrie ». Par contraste, la presse anglo-saxonne souligne le côté bon élève de l’OTAN de Theresa May. Quant à l’arme nucléaire, bien que son « utilisation soit improbable même en cas d’élection de Trump », le seul fait « qu’on puisse en parler prouve l’imprévisibilité de Trump et illustre ainsi la peur que son élection pourrait provoquer ». Ce dernier point est particulièrement mignon. Il précède immédiatement la conclusion : « Trump président, ce serait bien plus qu’un facteur impondérable : ses objectifs reconnus sont si ravageurs pour les économies étrangères – et pour finir à la sienne, qu’il représente clairement le plus grand risque géopolitique de l’année. »
 

Pauline Mille