Trump, Israël, Iran : le révélateur de la constance des alliances

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La frappe des Etats-Unis et d’Israël (ou peut-être plus exactement de Donald Trump) contre l’Iran, vient bouleverser un statu quo qui durait depuis la chute du Shah d’Iran, il y a 47 ans. L’entreprise de l’islam révolutionnaire a commencé, on s’en souvient, soutenue par l’Occident. S’en sont suivies des années de république islamique où le temporel et le spirituel se confondent ; c’est le propre de l’islam. Le régime islamo-tyrannique a tenu sous sa botte une population qui devait marcher au pas et se soumettre. Il a multiplié les efforts pour s’armer, particulièrement de la bombe atomique, tout en chantant sa haine des Etats-Unis et d’Israël, et en armant des groupes terroristes comme le Hezbollah ou le Hamas. C’est de cela que vise à débarrasser le monde l’entrée en guerre des USA et d’Israël. Et il faut bien reconnaître que débarrasser le monde l’arme atomique entre les mains d’une république islamique agressive, qui n’a pas hésité à tuer des dizaines de milliers de civils, n’est pas une mauvaise nouvelle.

La mort de Khamenei et d’autres figures de proue est venue confirmer l’expertise des services secrets qui ont su exactement où et quand frapper. A tout le moins, elle désorganise la République islamique d’Iran.

Le premier constat que l’on peut faire en ces jours qui suivent l’attaque surprise déclenchée par Netanyahou, mais évidemment préparée avec et par les Etats-Unis – ces derniers n’ont pas envoyé leurs navires, leurs aéronefs et leurs troupes dans la région pour une simple promenade d’agrément – est qu’au fil des ans, les choses n’ont pas changé, quels qu’aient été les changements affichés en Russie au cours de ce demi-siècle.

 

Trump et Israël ne visent-ils que l’Iran ?

Du temps de l’URSS déjà, le régime de Khomeini, dont nombre de dignitaires avaient une formation marxiste, l’Iran pouvait compter sur la bienveillance de son voisin du dessus. Présentée comme une révolte populaire contre la monarchie persane, la révolution iranienne devait tôt basculer dans la théocratie, mais cela n’empêcha pas les analystes soviétiques d’y voir « une force progressiste anti-impérialiste ». Le soutien explicite à l’Iran commença avec Brejnev, et sous Andropov, le caractère religieux de la République islamique n’empêcha pas l’URSS de considérer le pays comme ayant quitté la sphère d’influence des Etats-Unis et de le voir comme un allié.

Ce n’est ni nouveau ni surprenant. Le communisme n’est pas une idéologie mais une praxis ; il tire profit, selon les lois de la dialectique, de tout ce qui peut l’avantager, et peut sans se renier soutenir deux opposés pour avancer vers la synthèse révolutionnaire. D’où, dans les faits, le soutien de l’Union soviétique à l’Iran des mollahs, soutien qui, malgré des hauts et des bas, n’a jamais dénoncé l’islam iranien ou la répression du régime des ayatollahs.

Aujourd’hui, le jeu des alliances autour de l’Iran n’a au fond changé en rien. L’Iran, au cœur des BRICS, bénéficie d’un soutien au moins verbal de la Russie et joue son rôle dans l’aide à cette dernière par la fourniture de drones, par exemple, tout en assurant à la Chine une part non négligeable de ses besoins en pétrole. Ceux qui dénoncent avec force l’attaque israélo-étasunienne sont les représentants de l’idéologie mondialiste et de gauche que sont l’ONU et les pays du Sud global – les non-alignés de jadis.

 

Les alliances déjà anciennes en faveur de l’Iran

La Chine a réagi par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, qui a déclaré à son homologue russe qu’il était inacceptable que les Etats-Unis et Israël lancent des attaques contre l’Iran, et encore plus d’assassiner froidement le chef d’un pays souverain pour obtenir un changement de régime.

Au nom de la Russie, Vladimir Poutine a exprimé ses condoléances, qualifiant la mort de Khamenei de « meurtre commis en violation cynique des normes de la moralité humaine et de la loi internationale », ajoutant : « Dans notre pays, l’Ayatollah Khamenei restera dans les mémoires comme un chef d’Etat excellent qui a contribué très fortement, de manière personnelle, au développement des relations amicales entre la Russie et l’Iran pour les amener à un niveau de partenariat stratégique intégral. »

Qui ne va pas toutefois jusqu’à une intervention russe face aux Etats-Unis. D’aucuns diront que la Russie a déjà fort à faire en Ukraine, mais on peut imaginer aussi que le « morceau » américain paraisse trop gros. Se faire fournir des drones par l’Iran est une chose, prendre le risque d’un conflit de grande envergure en est certainement une autre.

Dans le monde, l’Iran peut compter sur plusieurs appuis. D’une part, des cellules terroristes ou des individus formés à cela au nom de l’islam pour recourir à un moyen déjà largement utilisé à travers le monde : l’attaque gratuite contre des cibles prises plus ou moins au hasard.

 

Trump et Netanyahu contre Khamenei (et le communisme)

Quarante-sept ans, c’est long. Et de ces quarante-sept ans, Khamenei en a accompli trente-six en tant que leader suprême de l’Iran, non sans avoir eu des amitiés marxistes alors qu’il était jeune, et déjà actif à l’époque où les islamistes étaient nombreux dans les mouvements communistes comme le parti Tudeh ou les Moudjahidines du peuple. Quarante-sept ans où les gouvernements démocratiques ont jugé urgent de ne pas intervenir, alors que pourtant les interventions plus ou moins ouvertes dans de nombreux pays n’ont pas manqué.

On dit volontiers, pour dénoncer l’opération israélo-américaine, que la guerre n’a jamais amené la démocratie. Quoi que l’on pense de cette dernière, ce n’est pas exact. Ce qui est sûr, c’est que la démocratie iranienne dont certains parlent avec admiration agissait fermement contre le peuple. L’Iran ne cachait pas non plus sa volonté de détruire Israël.

Est-ce par anti-américanisme et anti-judaïsme qu’on ne trouve pas seulement à gauche, à LFI, mais aussi dans certaines portions de la droite radicale, des admirateurs de Khamenei et de son régime ? L’antisémitisme viscéral existe. Il s’exprime volontiers, et il faudrait rappeler qu’il est contraire à l’enseignement de l’Eglise qui, au long de son histoire, a interdit les pogroms et protégé les Juifs pour au moins cette raison : elle attend la conversion finale du peuple élu – la famille charnelle du Christ – annoncée par les Ecritures. Faire l’amalgame entre Israël et Satan est une erreur grossière. Il est clair que le diable ne saurait s’appuyer sur les Juifs, car il sait par ses prophéties incontestables que ceux-ci le trahiront à la fin des temps. Il y a décidément un aveuglement sur l’action de Dieu dans l’histoire.

 

Venezuela, Iran, Cuba…

L’action de Trump, en tout cas, est cohérente. Il s’en prend aux alliés de toujours ou plus récents de l’URSS alors, et de la Russie aujourd’hui : d’abord le Venezuela, maintenant l’Iran, et il y a aussi des menaces sur Cuba. Tout un ensemble d’actions qui atteignent, au-delà de ces pays, les alliés actuels de la Russie. Beaucoup ne le lui pardonnent pas.

Convient-il de faire le lien avec les opérations en Irak ou en Libye ? La configuration n’est pas exactement la même. En tout cas, on peut penser que celle de Trump en Iran ne déclenchera pas un énorme flux d’émigrés. Le président américain a pris sur lui de faire le ménage dans un sens différent de ce qui s’est fait au cours de ces dernières décennies. Il préside en tout cas un changement d’ère.

 

Anne Dolhein