Etre un tueur noir pour échapper à la prison ou à l’internement psychiatrique

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Les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Ousmane Diallo, Sénégalais de 62 ans, estimait que Bouygues surfacturait ses appels vers le Sénégal. Pour un litige qui portait sur moins de 95 €, il a tué en 2021 un salarié de la boutique Bouygues de Claye-Souilly. Théo est mort, et Ousmane vient d’échapper à la prison grâce à sa « psychose délirante » : les psychiatres ont estimé qu’il était certain qu’Ousmane surfacturait ses communications parce qu’il était noir.

Au Royaume-Uni on va encore plus loin. Valdo Calocane, qui a tué plusieurs personnes à Nottingham en 2023, avait au préalable échappé à l’internement psychiatrique parce qu’il y a une « surreprésentation de jeunes hommes noirs » parmi les personnes retenues pour un motif de maladie mentale.

Son premier incident psychotique avait eu lieu en mai 2020, date à laquelle il avait essayé d’entrer de force dans la chambre d’un colocataire dans son logement étudiant, en essayant de démolir sa porte à coups de pieds et de poings. Il avait dû être retenu de force par un voisin et la police l’avait embarqué, mais l’évaluation du jeune homme, tout en constatant sa psychose, avait abouti à une décision collégiale de professionnels de la santé mentale. En invoquant cette fameuse « surreprésentation », ils avaient décidé de le laisser libre.

 

Un Noir a évité la prison psychiatrique en raison de sa couleur de peau

L’équipe des premiers psychiatres primaires avait décidé qu’une formation de crise pouvait proposer l’alternative sûre et raisonnable : on n’enfermerait Valdo Calocane à l’hôpital psychiatrique que si le plan de traitement communautaire devait échouer, même si l’un des médecins aurait préféré le faire mettre sous les verrous. Atteint de schizophrénie paranoïde, l’homme avait accepté de prendre des médicaments et de recevoir deux visites par jour de l’équipe de crise.

Quelques jours après avoir retrouvé ses appartements, Valdo Calocane tenta de nouveau de défoncer la porte d’une voisine. Celle-ci en fut tellement effrayée qu’elle sauta de sa fenêtre du premier étage, avec à la clef de graves blessures à la colonne vertébrale. Cette fois-là, on interna l’agresseur en institution psychiatrique pendant trois semaines.

Trois autres périodes d’internement limitées devaient suivre, mais il fut à chaque fois relâché dans la nature. C’est alors qu’au cours d’une attaque perpétrée en juin 2023, Valdo Calocane tua deux étudiants de 19 ans, Barnaby Webber et Grace O’Malley Kumar, ainsi qu’un concierge de 65 ans, Ian Coates. On dénombre également trois autres tentatives de meurtre ratées qui eurent lieu au cours de cette attaque : les trois victimes ont subi de graves blessures.

 

Le tueur noir a vite bénéficié de l’irresponsabilité

Les poursuites pour meurtre ne devaient pas prospérer. On l’accusa pour finir d’homicide involontaire en raison de la responsabilité réduite qui lui fut reconnue, et il fut enfin interné en hôpital psychiatrique sine die en 2024.

Si les mesures qui s’imposaient avaient été prises sans considération de la couleur de sa peau, trois personnes innocentes n’auraient pas succombé à ses coups de poignard. Elles n’avaient pas la chance d’appartenir à une minorité protégée. C’est en tout cas sans hésitation que Calocane, homme baraqué de 30 ans à l’époque, est passé à l’acte. Les diplômes posthumes accordés aux deux jeunes étudiants tués ont décidément des relents de claque quand on pense à la manière dont ils ont été laissés sans protection face à un fou furieux.

Ce n’est pas faute d’avertissements de la part des infirmiers qui étaient chargés de cet homme. Quelques mois avant l’agression mortelle, les services de santé mentale britanniques ont d’ailleurs perdu sa trace et l’ont renvoyé vers un médecin généraliste.

 

Le tueur noir n’aurait pas tué s’il avait été interné ; sa couleur de peau l’a protégé

L’enquête qui vient de dénoncer cette situation ne fait que répéter des constats similaires d’une autre commission de vérification, qui a constaté que Calocane omettait fréquemment de prendre ses comprimés pour la schizophrénie, d’autant qu’il ne se croyait pas malade.

Il est désormais prévu d’examiner les rôles respectifs des procureurs, de la police et du personnel médical pendant les années qui ont précédé la tuerie. Ainsi, la police du Nottinghamshire a déjà avoué qu’elle aurait dû en faire davantage pour interpeller le tueur avant qu’il ne passe à l’acte. Après ce dernier, la police avait également omis de procéder à des prélèvements en vue de vérifier son état toxicologique.

Les institutions britanniques n’ont pas voulu ajouter au nombre de jeunes hommes noirs détenus en institution psychiatrique. Mais elles n’ont pas craint de prendre le risque de laisser envoyer au cimetière des jeunes et moins jeunes, au nom du sacro-saint antiracisme. Qui sont les vrais malades ?

 

Anne Dolhein