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Chine : le yuan ne serait plus « sous-évalué » selon le FMI – une nouvelle monnaie de réserve à l’horizon ?

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Selon le Wall Street Journal, dans son édition de dimanche, le Fonds monétaire international (FMI) s’apprêterait à modifier sa position sur le yuan, la devise chinoise. Après l’avoir jugé « sous-évalué » pendant dix ans, il le déclarerait aujourd’hui « assez valorisé », évoluant à sa « juste valeur » – la monnaie chinoise a vu en effet son appréciation s’accroître de 30% depuis 2010. Si le rapport du FMI n’est pas encore officiel, cette déclaration coïnciderait avec bon nombre d’indices qui attestent de l’internationalisation progressive du yuan, au détriment à long terme du dollar et de l’euro et au profit d’un nouvel ordre monétaire mondial dominé par la Chine – une évolution que le FMI semble prendre en compte.
 

Le yuan n’est plus « sous-évalué » selon le FMI

 
Personne ne s’est d’ailleurs étonné du tout récent souhait de Pékin de voir le yuan intégré dans le panier des quatre devises de réserves du FMI, composant le DTS (droit de tirages spéciaux), c’est à dire l’actif de réserve du FMI destiné aux États, la véritable unité monétaire de l’institution. Selon la Société Générale, « la libéralisation rapide des mouvements de capitaux en Chine couplée à la popularité croissante du renminbi (yuan) dans les transactions internationales peuvent constituer un argument de poids pour une introduction dès cette année ». Pékin a tout fait pour y arriver, diffusant au maximum ses billets rouges, augmentant ses réserves d’or pour arriver à la convertibilité du yuan… Si la monnaie chinoise y prend sa place, les autres devises (le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen) baisseront d’autant leur part.
 
Alors, il y a bien sûr, au FMI, le droit de veto américain. Seulement, sa suppression est précisément envisagée en ce moment – certains y voient la grande « réinitialisation économique » dont parle Christine Lagarde depuis des mois. Et la réunion du FMI sur le DTS n’a lieu qu’à l’automne prochain…
 
« Faire partie des droits de tirage spéciaux permettra également d’accélérer l’adoption du yuan, au moment où les réformes entreprises en Chine peuvent accroître les possibilités d’investissement pour les gestionnaires de réserves », a souligné un responsable mondial des banques centrales chez HSBC. L’inclusion du yuan aiderait surtout la deuxième plus grande économie du monde à contester la domination du dollar dans les échanges commerciaux et financiers internationaux.
 

Le yuan s’internationalise. Nouvelle monnaie étalon face au dollar ?

 
Quel est le jeu du FMI, face aux États-Unis, ou plutôt face à ce Congrès américain, très réticent face à la Chine, prêt à imposer des clauses sanctionnant le dumping monétaire dans le traité de libre-échange trans-Pacifique (TPP) qui met de côté la Chine… ? De nombreuses voix s’y élèvent contre la nouvelle valorisation du yuan, fustigeant sa faiblesse qui favorise les exportations chinoises et distordent la concurrence – ce que les États-Unis ont pourtant très bien su faire en leur temps ! Début avril, le secrétaire américain au Trésor, Jack Lew, affirmait haut et fort que la monnaie chinoise ne répondait pas encore aux critères pour entrer dans les DTS…
 
Néanmoins, il y a une orientation qui, si elle est officiellement nouvelle, n’en est pas moins claire – et l’administration Obama ne partage pas les avis du Congrès à ce sujet.
 

La place de la Chine dans la nouvelle donne mondiale

 
La déclaration du FMI va conforter la Chine dans ses ambitions de développer l’usage de sa monnaie à l’étranger. Il est vrai que sa convertibilité et ses marges de fluctuation restent encore, selon les experts, extrêmement contrôlées, que les entreprises étrangères se montrent même un peu plus méfiantes en 2015. Mais force est de constater qu’elle progresse très fortement au niveau mondial. Elle s’est fait une place de choix en Afrique où le volume des échanges commerciaux avec la Chine a été multiplié par vingt depuis 2000 – au Ghana, au Nigeria, au Zimbabwe, et maintenant en Afrique du Sud, la monnaie chinoise est aujourd’hui monnaie de règlement et de réserve.
 
Dans les paiements internationaux, le pourcentage du yuan est passé de 0,6% fin 2013 à 2,2% – et si le chiffre est encore faible, il a plus que triplé en une seule année ! Aujourd’hui plus de mille banques dans 85 pays dans le monde utilisent le billet rouge pour leurs transferts. Et la création à venir de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB), pilotée par Pékin, lui donnera un souffle supplémentaire. Pour HSBC, le yuan fera « partie des cinq monnaies les plus utilisées dans les cinq ans à venir », avec « la moitié du commerce de la Chine réglé en renminbi d’ici 2020 » et une « monnaie chinoise (qui) sera totalement convertible d’ici 2017 ».
 
Une appréciation de sa devise était inévitable : le yuan demeure aujourd’hui quasiment stable, face au dollar. L’économie chinoise est pourtant à la peine, sa compétitivité en souffrira. Mais Pékin veut décidément faire rentrer le yuan dans la cour des grands, qui eux s’essoufflent… La nouvelle posture du FMI indique qu’il l’a bien compris et surtout qu’il en est qui approuvent et favorisent cette nouvelle donne. La révolution monétaire est en marche.
 

Clémentine Jallais