Aung San Suu Kyi, les bouddhistes et les Rohingyas : quand les gentils deviennent méchants

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Aung San Suu Kyi lors d’une conférence de presse de l’ONU, à Naypyidaw, au Myanmar, le 30 août 2016.


 
L’histoire est une guerre mondiale de communication, une succession de propagandes qui s’inversent en fonction des besoins politiques. Selon le récit mondialiste dominant, la Birmane Aung San Suu Kyi et les bouddhistes étaient gentils, mais depuis l’affaire des Rohingyas, ils entrent dans le camp des méchants.
 
En 1990, Aung San Suu Kyi remportait les élections générales birmanes avec son parti, la ligue nationale pour la démocratie (LND), mais les militaires annulaient l’élection et la plaçaient en résidence surveillée. En 1991, celle qu’on appelait alors « l’opposante birmane », obtenait le prix Nobel de la Paix. Il couronnait un long combat contre la junte militaire au pouvoir au Myanmar, et pour l’instauration d’une démocratie à l’anglo-saxonne, croyait-on. Les mondialistes n’avaient pas de mots trop flatteurs pour célébrer cette militante courageuse des droits humains. L’ONU, les ONG, l’Angleterre et les Etats-Unis se mettaient au diapason des jurés du prix Nobel.
 

Pétition pour retirer le prix Nobel à Aung San Suu Kyi

 
Libérée en 2010, députée en 2012, ne pouvant être choisie pour présidente en raison d’une disposition constitutionnelle, elle est ministre des affaires étrangère et porte-parole de la présidence depuis 2016. Chef du gouvernement de facto, elle a entamé une transition démocratique qui l’oblige à transiger tant avec les militaires qu’avec la réalité. Et c’est là que tout se gâte. L’Occident, dont elle était l’égérie tant qu’elle se restait l’image sans tache de l’idéologie des droits de l’homme, la critique maintenant à cause de l’affaire des Rohingyas, cette minorité musulmane qu’on accuse la Birmanie de persécuter. Une pétition circule sur le net pour qu’on lui retire son prix Nobel, elle a déjà recueilli trois cent cinquante mille signatures. Dans The Guardian, l’universitaire journaliste George Monbiot la condamne sans nuance : « Je crois que le Comité Nobel devrait pouvoir déchoir les lauréats de leur récompense quand ils trahissent les principes qui les ont fait récompenser ».
 

Aung San Suu Kyi méchante comme Milosevic

 
C’est un vœu pieu, puisque, le directeur de l’Institut Nobel le rappelle, « il est impossible de révoquer un prix Nobel de la Paix ». Mais la démarche est significative : Aung San Suu Kyi a quitté le camp des gentils pour rejoindre celui des méchants. On lui reproche exactement ce qu’on reprochait à Slobodan Milosevic en Yougoslavie dans les années 90, de procéder au « nettoyage ethnique » de son pays.
 
Sans doute l’ancienne icône déboulonnée dénonce-t-elle un « immense iceberg de désinformation » visant à opposer les communautés présentes en Birmanie et « promouvoir les intérêts des terroristes ». Sans doute rappelle-t-elle que le 25 août des commandos Rohingyas ont attaqué une vingtaine de postes frontières, causant près de cent morts. Peine perdue : la conscience occidentale retient surtout la répression en cours et les dizaines de milliers de Rohingyas fuyant vers le Bangladesh, qui a dû fermer sa frontière.
 

L’Asie en a soupé des méchants Rohingyas

 
Paradoxe mondialiste : l’ONU ne recommande pas au Bangladesh d’accueillir ces apatrides venus d’un pays où ils sont persécutés par la majorité bouddhiste à qui ils font la guerre (Ils forment une minorité musulmane guerrière, comme leurs coreligionnaires de Thaïlande et de Malaisie). Le paradoxe est d’autant plus fort que les Rohingyas sont originaires du Bangladesh, pays musulman où ils devraient se sentir en conformité ethnique et religieuse, mais qu’ils quittent en masse pour cause de pauvreté. Ils le quittent souvent par bateau pour l’Indonésie, autre pays musulman, mais qui n’a pas signé la convention de Genève sur les réfugiés et envisage de les parquer sur une île déserte de son territoire. Bref, les Rohingyas forment une communauté remuante, agressive, qui ne souhaite pas rester dans son pays d’origine et dont personne en Asie ne veut.
 

Gentils Rohingyas contre méchants bouddhistes : justifier l’invasion de l’Europe

 
Mais en Europe et en Occident, c’est un objet politique précieux pour une propagande ciblée : il s’agit de montrer aux populations de souche que l’islam peut ne pas être l’envahisseur conquérant et terroriste, mis au contraire l’apatride persécuté. Les Rohingyas entrent dans la manipulation de l’affect occidental qui vise à « lutter contre l’islamophobie », entendez, à justifier aux yeux des masses l’invasion de l’Europe par les migrants islamistes. C’est pourquoi, la « grande dame birmane », Aung San Suu Kyi, subit-elle une inversion de signe et quitte les gentils pour les méchants. Elle n’est pas la seule. La majorité bouddhiste de Birmanie, qui en a soupé de Rohingyas, devient « nauséabonde », alors que les bouddhistes étaient les gentils traditionnels de l’histoire tiers-mondiste, communiste et mondialiste, depuis les bonzes qui se faisaient brûler durant la guerre du Viet Nam, jusqu’au Dalaï Lama militant des droits de l’homme contre la Chine et au bonze Mathieu Ricard, représentant d’une philosophie adogmatique écologique, éclairée. En somme les gentils bouddhistes, véhicules de la pensée maçonnique chez les amateurs de yoga et de quinoa, se transforment-ils en fauteurs de haine et en méchants islamophobes. Sic transit gloria mundi.
 

Pauline Mille