Au Canada, le cardinal Thomas Collins s’insurge contre le rapport pro-euthanasie du Comité fédéral

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Le 3 février 2016, Son Éminence M. le cardinal Thomas Collins, archevêque de Toronto et M. Larry Worthen, sont intervenus devant le Comité mixte spécial sur l’aide médicale à mourir.


 
Le plus haut prélat catholique du Canada, le cardinal Thomas Collins, vient de critiquer très vigoureusement le tout récent rapport du Comité fédéral sur l’euthanasie et le suicide assisté, qui devrait, selon ses mots, « nous frapper au cœur ». Il demande aux catholiques de se liguer pour s’y opposer. Ce rapport, déposé au Parlement le 25 février, est destiné à fournir un cadre au projet de loi qui doit survenir avant le 6 juin prochain. Le jugement Carter de la Cour suprême du Canada avait en effet jugé, en février 2015, la criminalité de l’euthanasie inconstitutionnelle.
 
« Ce rapport devrait nous frapper au cœur, surtout si nous croyons, avec complaisance et à tort, que le changement de loi ne touchera seulement que quelques personnes atteintes de maladies physiques graves, ayant vécu une longue vie, et approchant de la mort ». La réalité risque d’être tout autre.
 

Euthanasie : le cardinal Collins dénonce le piège des mots

 
« Il est incroyable que nous en soyons arrivés là », a déclaré le cardinal. Il enjoint aux catholiques de contacter leur député, leur premier ministre, pour montrer leur détermination devant la « triste réalité » cachée « derrière des termes benoîtement trompeurs comme « assistance médicale et mort ». Le piège des mots…
 
Il n’est pas le premier. D’autres l’ont précédé dans cette course contre la montre et surtout pour la vie. Tout début février, la Conférence épiscopale canadienne a réclamé dans un lettre ouverte, la prolongation de la période concédée par la Cour suprême pour permettre un temps de réflexion supplémentaire. L’évêque d’Hamilton en a profité pour rappeler les raisons morales de l’opposition de l’Église au suicide et à l’euthanasie, partagée par la majorité des Canadiens.
 
Le rendu du rapport final, à la fin novembre, avait aussi soulevé l’indignation du « collectif des médecins contre l’euthanasie », car il « ouvre les vannes au-delà de tout ce qui se fait ailleurs – même dans les juridictions les plus permissives – par des recommandations qui laissent toute la place à l’interprétation subjective et potentiellement irrationnelle ».
 

Le rapport du Comité pour le Canada : MAID (« medical assistance in dying »)

 
Même la législation adoptée au Québec risque de paraître plus restrictive ! Les vingt et-une recommandations du MAID (« Medical Assistance In Dying ») proposent « une approche authentiquement canadienne » de l’aide médicale à mourir. En réalité, elles ouvrent grand la porte à l’euthanasie, sous beaucoup de ses formes, et se prêtent d’avance à de larges abus – aucun contrôle n’est clairement défini.
 
En bref, selon le directeur de l’« Euthanasia Prevention Coalition », Alex Schadenberg, c’est le pire des scénarios possibles. Même le ministre québécois de la Santé a concédé qu’on était « peu dans l’aide médicale à mourir, mais beaucoup dans le suicide assisté »…
 

Le suicide pour tous, même pour les enfants…

 
Dans ces 67 pages, on peut lire, entre autres, que la loi doit s’appliquer aux « adultes responsables de 18 ans et plus », mais que trois ans après son entrée en vigueur, elle pourra s’étendre aux « mineurs responsables et matures » – qui peut préjuger de la « maturité » d’un enfant ?!
 
Que l’euthanasie volontaire pourra être appliquée non seulement dans les cas de mort imminente, de maladies incurables, mais également pour les handicapés et les personnes souffrant de troubles psychologiques – exit les seules maladies terminales. Même la dépression traitable pourra être un facteur déterminant !
 
Et le contrôle serait plus que restreint. Le rapport préconise le même système qu’en Belgique et qu’aux Pays-Bas : la décision revient à deux médecins dont l’un vous tue. Pire, il recommande que les infirmières et infirmiers praticiens soient aussi appelés à euthanasier leurs patients, ou les aider à se suicider.
 
Enfin, ce sera à l’Etat de « financer toutes les démarches d’euthanasie et de suicide assisté ». On imagine sans peine toutes les pressions sociales et familiales qui tomberaient derechef sur les personnes malades ou simplement âgées… La mort pour tous, surtout pour les plus démunis et les plus faibles. On le voit d’autant plus dans le problème des « directives anticipées » que toute personne à qui on annonce un risque futur de démence ou de problème grave et irrémédiable, pourra formuler : l’occasion de changer d’avis ne vous sera sans doute pas laissée.
 

Une véritable attaque contre la liberté de conscience

 
Les quatre députés conservateurs dissidents du Comité ont dénoncé, en sus, une véritable attaque contre la liberté de conscience. Les auteurs du rapport ont en effet recommandé que toutes les institutions de soins de santé financées par l’État, y compris les catholiques, soient forcées de tuer les patients qui seraient éligibles à cette demande, et que les médecins qui s’y opposent soient contraints de « trouver un volontaire qui fera le travail à leur place » – ce qui revient à être complice du mal.
 
Le cardinal Collins a ainsi fustigé une « discrimination religieuse » patente. D’autant que, vu du côté des patients, comme l’a fait remarquer l’archevêque canadien d’Ottawa, Mgr Terrence Prendergast, on éloigne les fidèles du sacrement de l’Extrême-onction : car un catholique qui réclame une aide à mourir « ne présente pas les dispositions requises pour le sacrement des malades » ; « demander à être tué est le signe d’un désordre sérieux, c’est un rejet de l’espoir qu’apporte le rite ».
 
Et qu’en est-il du développement des soins palliatifs qu’on nous promet à chaque fois ? Seulement 30 % des Canadiens ont y accès – on va tuer pour ne pas aider.
 
A côté de ça, dans l’Ontario, trente personnes ont déposé une requête devant le tribunal pour sauver de l’euthanasie 21 pitbulls jugés dangereux, trouvés dans une propriété qui les élevait pour des combats… On marche sur la tête.
 

Clémentine Jallais