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Persécution en Chine : quand les chrétiens chinois remontent leurs croix abattues…

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Quelque 1 200 croix abattues et 35 lieux de culte rasés au sol, c’est le résultat de la campagne anti-chrétienne qui sévit depuis un an, dans la province du Zhejiang, en Chine. Sa remarquable proportion de chrétiens (15%, protestants et catholiques confondus, contre 2,4% dans le reste du pays), est une insulte au Parti communiste qui veut la réduire à son avantage. Mais le gouvernement local se heurte à une réaction de plus en plus grande des fidèles : ils veillent sur leurs lieux de culte, descendent dans la rue. A la fin du mois de juillet, une vingtaine de dirigeants catholiques, dont l’évêque de 89 ans, Mgr Zhu Weifang, ont organisé une manifestation publique à Weizhou, trop importante pour que les autorités puissent l’empêcher. La « Jérusalem chinoise », comme on l’appelle, concentre la persécution.
 

Il faut rentrer la croix à l’intérieur de l’église

 
Tout remonte au début de l’année 2014, lorsque le secrétaire du Parti communiste de la province du Zhejiang, Xia Baolong, s’offusque lors de sa visite annuelle à Weizhou de la forêt grandissante de croix sur les toits de la ville. Sans autre formalité, il ordonne la démolition partielle de sa plus grande église (protestante), celle de Sanjiang, malgré la chaîne humaine formée autour de l’édifice par des centaines de fidèles… Et progressivement, dans une campagne de répression anti-chrétienne généralisée, près de 64 églises dans cette seule province de Zhejiang subissent le même sort ou voient leur clocher arraché – non pas « cinq » comme le stipule le quotidien officiel Global Times… Des centaines et des centaines de croix sont abattues. Et 85 églises clandestines reçoivent l’ordre de cesser leurs rassemblements…
 
Bien sûr, le tout a été « légalement » encadré – à la chinoise – par des directives administratives. Sous prétexte que la province de Zhejiang doit devenir un pôle de développement économique, il faut faire de la place et embellir le paysage urbain… Les autorités sélectionnent les bâtiments religieux préservés Et la présence des croix sur les églises est strictement encadrée : elles doivent être placées sur les façades et non plus surmonter les églises ou les clochers ; elles ne doivent pas mesurer plus d’un dixième de la hauteur de la façade et leur couleur doit se confondre avec celle de l’édifice. Évidemment, dans la réalité, les autorités ne font pas dans le détail, démolissant et décrochant à volonté. Et la cible est exclusivement chrétienne.
 

Les chrétiens mènent campagne sur les réseaux sociaux

 
Face au bilan qui s’alourdit au fil des mois, la résistance des chrétiens s’est organisée, envahissant les réseaux sociaux, vecteurs de communication puissants dans cette Chine reine de la Censure. En mai dernier, Weibo diffusait par tout le pays des photos chocs de croix en flammes, multipliant les réactions. Fin juillet, la lettre ouverte de l’évêque du diocèse catholique de Wenzhou, Mgr Zhu Weifang appelait « les catholiques chinois et toutes les personnes animées par un sens de la justice à ne pas rester silencieux et à élever la voix ensemble », n’hésitant pas à parler d’une « persécution qui se renforce ».
 
Les menaces de prison ne se sont pas fait attendre. Mais les fidèles sont déterminés. Ils veillent de façon permanente sur leurs lieux de culte, allant jusqu’à camper sur le toit de leurs églises, fabriquent des centaines de croix en bois et les dressent, peintes en rouge aux fenêtres de leurs maisons… Le mouvement fait des émules. Nombreux sont les prêtres chinois qui dénoncent à leur tour par voie publique ces agissements répétés, évoquant les campagnes de démolition de la Révolution culturelle. Trois évêques « clandestins » ont même joint leurs voix à celle des « officiels »…
 
« C’est la première fois dans l’histoire contemporaine de l’Église en Chine que l’on voit une coalition de catholiques et de protestants, issus des Églises officiellement enregistrées et des Églises « domestiques » ou « clandestines », être ainsi unis pour dénoncer des atteintes aux droits de l’homme et à la liberté religieuse » a déclaré le président de China Aid, organisation basée aux États-Unis.
 

Chine : la persécution s’étendra aux autres diocèses

 
Et l’attention croissante de la communauté internationale accroît le poids de cette réaction. Aux États-Unis, on a parlé au Congrès de « la persécution religieuse en Chine ». Les associations américaines de défense des chrétiens chinois multiplient les initiatives pour dénoncer ce qui se passe au Zhejiang. Nul doute que le président chinois Xi Jinping qui doit y effectuer une visite officielle en septembre sera questionné sur le sujet.
 
Néanmoins, la vérité est que le tout puissant Parti Communiste ne veut pas de conversions supplémentaires, les églises chrétiennes constituant de potentiels contre-feux à son pouvoir. Car les chrétiens sont, naturellement, de plus en plus engagés dans la lutte contre la corruption, l’oppression, la violence, tous ces fléaux liés de manière structurelle au Parti communiste chinois : ils sont moins aisément manipulables. C’était le sens des paroles de Xia Baolong qui accusait en février 2014 « les forces hostiles de l’Ouest » d’infiltrer les communautés chrétiennes. Qu’il prenne garde : la persécution est souvent un stimulant…
 

Clémentine Jallais