Fatima : Jean-Paul II voulait nommer la Russie dans sa consécration du monde, selon le cardinal Cordes

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Cardinal Paul Josef Cordes


 
Le cardinal Paul Jozef Cordes, ancien président du Conseil pontifical Cor Unum, a déclaré lors d’une récente visite au Kazakhstan que le pape Jean-Paul II voulait nommer la Russie dans sa consécration du monde au Cœur immaculé de Marie en mars 1984, mais qu’il a cédé aux pressions de ses conseillers diplomatiques en parlant plutôt du « monde ».
 
Le cardinal Cordes a fait cette confidence lors du Congrès marial du Kazakhstan où il était présent en temps que légat spécial du pape, au cours de son homélie lors de la messe de clôture le 13 mai, marquant le centenaire des apparitions de Fatima. L’homélie, traduite en russe, a été lue par son interprète. C’est Maike Hickson, du site OnePeterFive, qui en rapporte la teneur d’après le texte allemand de l’homélie publié par le site autrichien kath.net, en sa version intégrale signée du cardinal allemand.
 

Consécration de la Russie : Jean-Paul II a cédé aux pressions

 
Le cardinal Cordes explique (et j’ajoute les notes de Maike Hickson) : « Quelle était l’importance de Fatima aux yeux du saint pape [Jean-Paul II], j’allais en être moi-même le témoin lors d’une rencontre personnelle avec lui. A l’évidence, il s’était intéressé depuis longtemps à la mission significative donnée par la Sainte Mère de Dieu aux enfants voyants : consacrer le monde [sic] au Cœur immaculé de Marie. Il a lui-même fait cette consécration le 23 [sic – 25] mars 1984, lors de la venue de la statue de Notre-Dame de Fatima à Rome. Cependant, il s’est abstenu de mentionner explicitement la Russie : parce que les diplomates du Vatican lui avaient demandé avec insistance de ne pas mentionner ce pays parce que cela risquerait de provoquer des conflits diplomatiques.
 
« Peu après, il m’avait invité à déjeuner. Il a évoqué dans notre petit cercle la pulsion qu’il a ressentie en lui-même de mentionner également la Russie lors de cette consécration, avant de céder à ses conseillers. Puis il nous a raconté, avec un visage rayonnant : ce à quoi il avait renoncé lui-même avait néanmoins été réalisé, dit-il. Par des amis il a appris quelque chose d’important et de consolant pour lui : que certains évêques orthodoxes russes avaient pris sa propre consécration du monde à la Mère de Dieu comme occasion pour consacrer la Russie de manière toute spéciale à Marie. Lorsqu’il racontait cette histoire, je pouvais voir sa joie – certainement due au fait qu’ils avaient accompli son urgent désir, mais aussi au fait qu’il avait de sa propre intuition deviné la volonté de Dieu ».
 

Le cardinal Cordes apporte son témoignage sur Fatima au Kazakhstan

 
Cette dernière expression du cardinal Cordes ne manque pas de bizarrerie, puisque la volonté de Dieu, exprimée par Notre-Dame de Fatima, ne relève pas de la devinette, elle est clairement dite et connue de tous.
 
Le cardinal Cordes a poursuivi son homélie en rendant grâce à Dieu, dans une louange qui sied particulièrement au lieu : « La seule cathédrale de l’ancienne Union soviétique qui soit consacrée à Notre-Dame de Fatima… »
 
Les paroles du cardinal apportent en tout cas une nouvelle confirmation de ce qu’avait déjà rapporté feu le P. Gabriele Amorth, qui fut exorciste principal du diocèse de Rome : Jean-Paul II a bel et bien cédé devant des pressions extérieures en décidant de ne pas nommer la Russie, comme il le souhaitait pourtant, lors de la consécration de 1984. Le P. Amorth était de l’avis que la consécration ne correspondait pas au vœu de Notre Dame.
 

Jean-Paul II n’a pas nommé la Russie : le cardinal Cordes et le P. Amorth parlent de « pressions »

 
Il déclarait en décembre 2015 à LifeSiteNews : « La consécration n’a pas encore été faite. J’étais là le 25 mars 1984], sur la place Saint-Pierre, au premier rang, je pouvais pratiquement toucher le Saint-Père. Jean-Paul II voulait consacrer la Russie, mais son entourage ne le voulait pas, craignant de contrarier les orthodoxes, ils l’ont quasiment contrecarré. Donc, lorsque Sa Sainteté, à genoux, a consacré le monde, il a ajouté une phrase qui ne figurait pas dans la version distribuée, disant plutôt consacrer “spécialement les nations dont vous avez-vous même demandé la consécration”. Cela comprenait, par conséquent, indirectement la Russie. Cependant, la consécration spécifique n’a pas encore été faite. On peut toujours la faire. Je dirais même : elle sera certainement faite… »
 
Maike Hickson souligne toute l’importance de ces deux témoignages, songeant à ce qui aurait pu changer si la prudence humaine avait laissé la place aux dessins de la Providence divine, sans crainte et en laissant la Sainte Vierge accomplir sa promesse.
 
Certes la liberté du culte chrétien a été rétablie dans les pays qui ont tant souffert de la persécution communiste dans les années qui ont suivi, et sans doute Dieu donne-t-Il des grâces même lorsqu’elles sont imparfaitement demandées. Mais l’histoire de Fatima est loin d’être close.
 

Jeanne Smits