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Les liens entre la Chine et la Russie dans un ordre mondial multipolaire

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Le Global Times, média chinois anglophone sous contrôle du parti communiste central, fait appel à un politologue de l’Institut européen de Nice pour évoquer la « coopération essentielle » de la Chine avec la Russie dans un Nouvel ordre mondial « multipolaire ». En plaidant pour des liens renforcés entre la Chine et la Russie, les deux superpuissances de l’ancien bloc ouvertement communiste, George N. Tzogopoulos cherche à démontrer que la Russie est aujourd’hui une force stabilisatrice, contrairement au « discours occidental dominant ».
 
Ce discours dominant cite l’action de la Russie en Syrie et en Ukraine et met en avant les interventions réelles ou supposées de la Russie pour peser sur les résultats des élections américaines ou européennes, notamment en soutenant des partis d’extrême droite en Europe.
 
Parlant de la récente rencontre de Marine Le Pen avec Vladimir Poutine au Kremlin, Tzogopoulos évoque carrément un financement du Front national par la Russie, qui inquiéterait Bruxelles « depuis des années ».
 

Le Nouvel ordre mondial multipolaire, une autre forme de mondialisme

 
« En particulier, l’extrême droite européenne voit en Poutine le modèle d’un homme puissant, fort et conservateur, qui défend les valeurs traditionnelles et s’oppose à l’Occident décadent », observe le politologue – chose qui, elle, peut en effet se vérifier : la fascination pour Poutine est une réalité. Tzogopoulos poursuit : « Puisque la plupart des partis d’extrême droite sont également eurosceptiques et antiaméricains, ils considèrent une relation étroite avec la Russie comme un point d’appui qui peut leur permettre de dissocier leur pays les institutions euro-atlantiques. Pour sa part, la Russie croit qu’en établissant des liens d’amitié avec les partis d’extrême droite en Europe, elle peut étendre son influence géopolitique sur le Vieux Continent. » (Et avec des partis d’extrême gauche, dans certains pays, faudrait-il ajouter…)
 
Voilà qui laisse la Russie et l’Occident dans deux camps opposés, sans laisser de place pour la coopération, écrit Tzogopoulos, tandis que la puissance croissante de la Russie oblige tout de même à tenir compte de sa réalité. Une réalité qui devrait conduire à abandonner cette « myopie » de la confrontation qui fait de la Russie le problème au lieu de considérer qu’elle peut faire partie de la solution aux problèmes actuels, estime-t-il : « Dans le monde multipolaire d’aujourd’hui, la collaboration avec la Russie peut donner des résultats positifs, comme cela s’est produit par exemple lors des négociations à propos du programme nucléaire iranien ». De fait, l’hostilité et la confrontation apparente ne s’étendent pas à tous les domaines, loin s’en faut – comme au temps de la « Guerre froide ».
 

Les liens entre la Chine, la Russie… et l’Europe occidentale

 
L’éditorialiste ajoute : « De même, l’attaque terroriste de Saint-Pétersbourg, tout comme celles qui ont frappé des pays européens ces derniers mois, montrent que les deux partis en présence sont confrontés à des menaces communes face auxquelles ils doivent coopérer en vue de les éliminer. Il est compréhensible que la mentalité de la Guerre froide continue toujours d’exister, mais il est incompréhensible qu’elle continue de peser sur les développements à venir ».
 
Décryptons : la Russie, quoiqu’elle fasse, peut et doit du point de vue chinois jouer un rôle croissant en Europe, malgré son rôle de soutien à certains courants politiques et peut-être même à travers lui. La Chine, en tout cas, ne considère pas ce regard vers l’ouest de l’Europe comme dommageable pour elle. Dans un monde multipolaire à la Poutine ou à la Xi Jinping, il n’y a pas de raison de ne pas s’entendre de Brest à Vladivostok. C’est d’ailleurs, du point de vue chinois, tout le sens de l’initiative de la Nouvelle Route de la soie, « Belt and Road ».
 

Anne Dolhein