Manif test contre la réforme :
pourquoi Macron recherche l’affrontement social

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Les opposants à la réforme du Code du travail défilent, mardi à Paris et dans plusieurs grandes villes de France, à l’appel de la CGT. Un vrai test pour le président, mais aussi pour ses détracteurs


 

Alors que le front social est divisé, syndicats contre syndicats, gauche contre gauche, Macron provoque à tout va, il recherche l’affrontement à l’occasion de la réforme de la loi Travail. La manif d’aujourd’hui sera un test du rapport des forces. Et le début d’une dialectique présidentielle.
 
Fainéants ! Cyniques ! Extrêmes ! Ceux qui, encore endormis dans leurs siestes aoûtiennes, n’auraient pas relevé la première provocation d’Emmanuel Macron sur les Français qui ne sont « pas réformables » auront compris le message : le président de la république « ne cèdera rien » et se prépare à passer en force. C’est un véritable chiffon rouge agité devant ceux qui se piquent de social. Il fait plus pour le succès de la manif d’aujourd’hui que tous les appels des quatre syndicats qui ont appelé à la mobilisation, la CGT, la FSU, Solidaires et l’UNEF. Macron recherche l’affrontement ici et maintenant, c’est tout à fait clair.
 

Macron a raison, une réforme est nécessaire

 
Sa première raison est tactique. Il sait que ses adversaires sont divisés et fait donc de cette manif un test qui va permettre de mesurer l’ampleur de leurs divisions. Pour commencer, les syndicats ne marchent pas du même pas.  Philippe Martinez, le patron de la CGT, a beau se féliciter du soutien de trois d’entre eux et recenser « plus de 180 lieux de manifestations », l’union syndicale sera pour une autre fois. FO s’est désolidarisée. Son secrétaire général, Jean-Claude Mailly, juge qu’il ne faut pas « user » des forces dont on aura « peut-être besoin demain », entendez lors de la réforme de l’assurance chômage. La CFDT, et la CFE-CGC, malgré une critique grognonne des ordonnances, se désolidarisent aussi.
 
Après tout, on les comprend, quand on a lu le texte. Bien que la gauche hurle contre « un recul social sans précédent », moi qui suis, comme tous les journalistes, attentive aux droits des salariés, ne vois dans le nouveau dispositif rien à redire, sinon peut-être les ruptures conventionnelles collectives. Bien sûr, cette réforme est de portée très limitée, il faudrait pour relancer l’économie reprendre la maîtrise de nos frontières, mais, dans le cadre européiste et mondialiste accepté par la gauche et la droite, elle donne une bouffée d’air aux entreprises. C’est triste à dire, mais, par comparaison avec ceux qui le frondent, Macron a raison.
 

La manif est un test des divisions de la gauche

 
Mêmes hésitations et mêmes divisions au PS. Sans doute Benoît Hamon, candidat à la présidentielle élu et ridiculisé par la primaire à gauche, sera-t-il présent, de même que Pierre Laurent, secrétaire national du PCF et David Cormand, secrétaire national d’EELV : bref, la partie révolutionnaire des vieux partis de gauche répond présent. Mais les réformistes, qui hésitent toujours à sauter dans le train Macron, traînent la savate. Témoin cette déclaration alambiquée de Karim Bouamrane, l’un des porte-parole du PS (moins on est nombreux, plus on est forcé de distribuer des postes) : « Le parti socialiste respecte l’indépendance syndicale et soutient toutes les démarches syndicales qui iront contre les ordonnances ». Mais, tout est dans le mais, « il ne sera pas pour autant co-initiateur de la manifestation du 12 septembre ». En gros, je suis pour mais je ne force personne à y aller et si cela échoue je n’en prendrai pas ma part de responsabilité.
 

La manif du 23 sera un test de la suprématie de Mélenchon

 
Certains se montraient encore plus réservés. Ainsi Olivier Faure, chef du groupe parlementaire socialiste à l’Assemblée nationale. Lors d’une conférence de presse, il a affirmé : « Nous ne serons pas présents le 12 septembre, nous ne serons pas présents le 23 ».
 
Le 23 septembre est la date choisie par la France Insoumise pour lancer sa propre manifestation. Ce sera un test, là aussi, qui devrait permettre à Jean-Luc Mélenchon de mesurer, quatre mois après l’élection de Macron, l’état de grâce étant passé, l’automne social étant chaud, s’il peut ramasser la mise politique et se présenter dans la rue comme le principal opposant qu’il prétend être à l’Assemblée nationale.
 

L’affrontement de deux crocodiles pour le marigot social

 
Cette manif du 23 agace Martinez, qui a annoncé qu’il n’y viendrait pas. Il s’est entretenu avec Mélenchon voilà une semaine à l’assemblée nationale, mais leurs rapports sont tendus : deux crocodiles ne peuvent cohabiter dans le même marigot et ils ont le même fond de commerce social.
 
Plus habile (« J’embrasse mon rival c’est pour mieux l’étouffer »), le patron de la France Insoumise défilera aujourd’hui. Pour être « de toutes les luttes », profiter d’un éventuel succès, et paraître solidaire même de ses concurrents. L’essentiel est « la défense des plus défavorisés ». Il se présente ainsi comme l’expression naturelle de l’insurrection populaire contre ce qu’il nomme un « coup d’Etat social » (de façon ostentatoirement abusive, nous l’avons montré plus haut).
 

Macron à la recherche d’un leurre social pour éviter la question nationale

 

Si l’on met de côté la tactique, au delà de la mesure de l’influence des différents syndicats et partis, la manif d’aujourd’hui et celle du 23 seront un test de la crédulité politique des Français. Chacun a vu en vraie grandeur à Saint Martin que la vraie question urgente en France est la fracture ethnique, culturelle, nationale (qui s’aggrave en métropole d’une fracture religieuse). Tout l’effort des élites est de masquer ce fait primordial en agitant la question sociale vue sous l’angle économiste (marxiste ou libéral), afin de détourner l’attention des peuples, sur le modèle Syriza ou Podemos. Telle est la raison stratégique des provocations de Macron. De Gaulle, pour gouverner, s’était choisi pour adversaires privilégiés le PC et la CGT. Reprenant exactement le même schéma, Macron promeut par sa politique agressive la CGT et Mélenchon, afin de détourner les Français des sirènes populistes.
 

Pauline Mille