Migrants : le Danemark se rebiffe, Bruxelles montre les dents

Migrants Danemark Bruxelles

Des policiers danois le 9 janvier 2016 à Krusaa, frontière avec l’Allemagne.


 
Pourtant largement mis à contribution, le Danemark est depuis quelques semaines la cible de Bruxelles dans sa politique d’accueil des migrants. Hier, jeudi, le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU l’a admonesté pour sa toute prochaine réforme du droit d’asile. On dénonce un « discours de haine », une faute contre la Convention européenne… Alors que partout, montent les crispations des populations, que ce soit au Nord ou à l’Est.
 
En fidèle serviteur de Bruxelles, Merkel résiste. « Nous y arriverons », a t-elle déclaré. A défigurer l’Europe, oui.
 

« La politique migratoire danoise se décide au Danemark, pas à Bruxelles »

 
Jeudi, à Genève, devant le Conseil des Droits de l’homme de l’ONU réuni, le Danemark a essuyé de violentes critiques quant à son projet de réforme du droit d’asile – la plus virulente étant celle du représentant américain, dont le pays n’a accueilli que 70.000 réfugiés l’année dernière, soit dit en passant 0,02 % de sa population…
 
La réforme finalisée doit être présentée le 26 janvier prochain au parlement danois et ne devrait pas rencontrer d’obstacle majeur, la politique d’immigration du royaume étant dirigée depuis plus de dix ans par le Parti populaire danois, formation populiste de droite, qui a pris soin de passer un accord, pour ce vote, avec les sociaux-démocrates de l’opposition.
 
« La politique migratoire danoise se décide au Danemark, pas à Bruxelles », a déclaré la ministre danoise de l’Intégration et de l’Immigration.
 

Un discours « qui tourne à la haine » ?!

 
A charge, plusieurs éléments de la dite réforme, en particulier le projet de confisquer les liquidités des migrants au-delà de 10.000 couronnes danoises (1.340€) et leurs effets personnels excédant le même montant. Rien de choquant dans cette stricte observance – et encore – du système de protection sociale danois appliqué à tous les résidents. A savoir que « l’Etat paye pour ceux qui sont incapables de se prendre en charge, pas pour ceux qui le peuvent », comme l’a redit le chef de la diplomatie danoise… D’autre part, les alliances et autres objets ayant une valeur sentimentale ne seront pas confisqués.
 
Mais la simple logique irrite déjà les tenants de la charité moderne. La Suède s’est dite « préoccupée par l’évolution du discours public au Danemark à l’égard des migrants,

qui parfois tourne à la haine »…

Alors qu’elle-même voit empirer les crispations populaires ! La directrice adjointe de l’Europe à « Amnesty International » y voit carrément une « discrimination ». Le mot « justice » a décidément un sens très élargi…
 

« Changer les règles du jeu »

 
D’autres aspects de la réforme inquiètent les organisations internationales, comme la diminution des droits sociaux et l’allongement des délais de regroupement familial et d’octroi du permis de séjour permanent (trois ans au lieu d’un seul actuellement).
 
Les députés européens se pencheront sur le projet de loi danois lundi prochain, lors d’une discussion au sein de la commission des Libertés civiles du Parlement. Le 15 janvier, le commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, avait déjà dénoncé une réforme qui bafoue la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH), la Convention sur les droits de l’enfant et les recommandations de l’ONU sur les réfugiés ; une réforme susceptible d’alimenter la peur et la xénophobie dans l’ensemble des pays d’accueil des migrants….
 
Mais pour le Danemark, un des pays européens qui a accueilli en 2015 le plus grand nombre de migrants par habitant, l’affaire est entendue : il va falloir « changer les règles du jeu ». Les crispations progressent dans la population. Les discothèques, les cafés, les restaurants commencent à refuser les personnes ne parlant ni anglais, ni danois ni allemand. La petite ville de Randers a même réagi aux pressions communautaires en rendant obligatoire, au menu des cantines, la viande de porc…
 

Les migrants sont persona non grata

 
Indéniablement, une dynamique s’est formée en Europe. La politique de la porte ouverte a du plomb dans l’aile. Même « l’exception suédoise » n’est plus : son Premier ministre a estimé, à Davos, qu’ils n’avaient plus que deux mois pour trouver « une approche commune » à la gestion de l’afflux des migrants, qui avait rendu la situation « insoutenable » en Suède à la fin de l’année.
 
A peine deux mois avant le raz-de-marée qu’occasionnera l’arrivée du printemps et le réchauffement des températures…
 
La Pologne veut réserver son aide aux migrants pour l’extérieur des frontières européennes… La Macédoine a carrément fermé les siennes, vraisemblablement sur demande de la Slovénie. Et l’Autriche a décidé, elle, de ne plus laisser entrer sur son territoire, à partir de la fin de la semaine, les migrants cherchant à gagner la Scandinavie, notamment la Suède. Idem pour la Croatie et la Serbie.
 
Angela Merkel se heurte de plus en plus à une opinion populaire largement aigrie et un camp politique durci. Mardi, une quarantaine de députés de la CDU de Mme Merkel ont signé pour la première fois un appel « urgent (à) revenir sur l’actuelle politique d’immigration », dans le sillage des 56 délégués de la CSU, branche bavaroise de la formation politique de la chancelière : ils réclament un plafond de 200.000 réfugiés par an… contre le million de 2015.
 
Mais aucune « trace de conciliation ». Merkel veut donner à la diplomatie, « un mois de plus », malgré les mauvais sondages et les échéances électorales qui se profilent. On ne ferme pas les frontières, le « rêve européen » et ses valeurs doivent perdurer…
 

Le sens de Bruxelles

 
Plus qu’un « problème mondial », selon les mots du Premier ministre turc à Davos, c’est de toute façon une nécessité.
 
Surtout si l’on en croit le tout dernier rapport de la grande banque suisse, UBS, portant sur les perspectives de croissance et les besoins en main-d’œuvre : « pour faire coïncider le taux de croissance européen à celui de l’emploi américain, les besoins de l’UE seront de 1.8 millions d’immigrés supplémentaires (en âge de travailler) par an sur les 10 prochaines années ».
 
Alors, de quoi tous ces frileux pays pourraient avoir peur ?!…
 

Clémentine Jallais