Système antimissile américain Patriot : la Pologne a signé le contrat de la première phase pour 4,75 milliards de dollars

Pologne système antimissile Patriot
 
Après plusieurs années de négociations avec l’Américain Raytheon et le Français Thalès, le ministre de la Défense polonais Andrzej Błaszczak signait mercredi le contrat pour la première phase d’acquisition du système antimissile américain Patriot. On savait déjà au moment de la visite de Donald Trump à Varsovie en juillet 2017 que c’est le système américain qui avait été retenu par les Polonais. Néanmoins les négociations duraient encore sur la configuration choisie, le prix à payer et les accords de compensation. Pour ce qui est de la configuration, la Pologne a opté pour un système plus avancé que celui retenu par la Suède et la Roumanie, deux autres nouveaux clients des Américains pour la défense anti-aérienne et antimissile de moyenne portée Patriot.
 
Le système de commandement IBCS (Integrated Air and Missile Defense Battle Command System) permettra à la Pologne d’intégrer sa défense antimissile et anti-aérienne à moyenne portée Wisła, à base des batteries de missiles Patriot, et sa défense anti-aérienne de courte portée dans le cadre du système Narew en cours de développement. Ce système IBCS sera développé en parallèle pour l’armée polonaise et l’armée américaine, ce qui place la Pologne au rang des partenaires privilégiés des Etats-Unis et conforte les déclarations de Donald Trump et du département d’Etat sur l’importance de ce pays dans le dispositif de l’OTAN du point de vue américain.
 

La Pologne, partenaire privilégié des États-Unis face à la Russie

 
Outre la politique ouvertement pro-américaine de la Pologne depuis la chute du communisme en 1989, le fait que Varsovie soit un des rares pays de l’OTAN à consacrer 2 % de son PIB à sa défense n’y est pas pour rien, d’autant plus que cette proportion est destinée à s’accroître dans les années à venir pour atteindre 2,20 % en 2020 et 2,5 % en 2030. A titre de comparaison, la Russie, dont le PIB vaut environ quatre fois celui de la Pologne, consacrait plus de 4 % de son PIB aux dépenses de défense en 2016 mais devrait y consacrer 2,85 % en 2018 suite aux réductions liées aux difficultés économiques mais aussi au fait que l’important effort de modernisation de l’armée russe a déjà porté ses fruits. A l’inverse, en Pologne et dans les autres ex-pays de l’Est, la modernisation de l’armée ne fait que débuter en réaction à la puissance militaire retrouvée et à la politique de « l’étranger proche » de la Russie. En effet, si le budget de la défense russe est toujours resté très largement inférieur au budget américain, l’OTAN est depuis un bon nombre d’années en situation de grave infériorité sur son flanc oriental.
 

Avec le système antimissile Patriot, la Pologne aura une défense à opposer aux missiles Iskander russes déployés dans l’enclave de Kaliningrad

 
C’est ainsi que jusqu’ici, il n’y avait en Pologne aucune défense antimissile à opposer aux Iskander russes à capacité nucléaire déployés dans l’enclave de Kaliningrad. La phase 1 du programme Patriot porte sur la livraison de deux batteries antimissiles. Chaque batterie comportera deux unités de tir avec pour chacune quatre lanceurs et un système de radar. Les premières livraisons sont prévues pour 2022 et le système devrait commencer à être opérationnel au tournant de l’année 2023-24. Les accords de compensation signés par les Américains et les Polonais doivent inclure des transferts de technologie qui permettront à ces derniers de fabriquer et réparer eux-mêmes certains éléments du système. La deuxième phase du programme, dont le contrat reste à négocier, portera sur l’acquisition par la Pologne de six batteries supplémentaires de missiles Patriot.
 

Le choix de l’offre de l’Américain Raytheon confirme la préférence de la Pologne pour les armements américains

 
Le contrat signé mercredi est le plus gros achat d’armement par la Pologne depuis la chute du communisme puisqu’il dépasse en valeur l’achat de 48 avions de combat F-16 en 2003. Fin 2016, la Pologne était déjà devenue le quatrième acheteur, après les Etats-Unis, l’Australie et la Finlande, des missiles air-sol américains JASSM indétectables par les radars. Le département d’Etat américain avait donné son accord à cette vente en un temps record. Selon certains analystes, cet achat polonais avait eu pour conséquence immédiate de pousser la Russie à éloigner de 200 km vers l’Est ses avions militaires basés en Biélorussie.
 

Olivier Bault