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Syrie : la CIA et le Pentagone se battent par rebelles modérés interposés

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Depuis cinq ans les Etats-Unis arment en Syrie des groupes rebelles dits modérés pour combattre Assad et l’Etat islamique. Le Pentagone a le sien et la CIA le sien, et les deux se battent entre eux. Une belle illustration des contradictions de l’Occident au Proche-Orient.
 
Quel est le bon terme pour décrire la situation en Syrie ? Bourbier, guêpier, pétaudière ? Parmi les forces qui se battent là-bas, on compte, en l’air, la Russie et divers pays occidentaux, et, à terre, l’armée syrienne et d’innombrables groupes rebelles, dont l’Etat islamique, divers groupes soutenus par Al Qaïda, plus une foule de « modérés », dont l’Armée syrienne libre et deux grosses organisations armées et financées par les Etats-Unis. La première, Fursan el-Hasq est instrumentalisée par la CIA contre Bachar el Assad, et opérait à l’origine à l’ouest. La seconde, les Forces démocratiques de Syrie, soutenues par le Pentagone, était utilisée contre l’Etat islamique à l’est.
 

Progression des rebelles kurdes à travers la Syrie

 
Mais les bombardements russes ont permis aux dernières de s’étendre à l’ouest vers Alep, et même vers Maréa, point de passage du ravitaillement des rebelles vers la Turquie, qu’elles ont attaquées le 18 février. Or Maréa était tenue par Fursan el-Hasq, qui a considéré cette agression comme « une grave trahison ». Et ce n’est nullement le seul affrontement entre les forces soutenues par la CIA et celles que le Pentagone arme.
 
Pour le député démocrate de Californie Adam Schiff, le patron du comité de renseignement intérieur, « c’est un défi énorme, et un phénomène relativement récent ». Il est dû bien sûr au vide qui s’est créé chez les rebelles au centre de la Syrie, mais aussi à la combattivité des Kurdes. Selon le général Joseph Votel, chef des opérations spéciales américaines, plus de 80 % des combattants des Forces démocratiques de Syrie sont kurdes. Les autres rebelles « modérés » se sentent menacés par leur « conspiration contre les Arabes et les Turkmènes», et le gouvernement turc n’a aucune envie de les voir se tailler un territoire dans le nord de la Syrie à sa frontière méridionale.
 

Pourquoi la CIA et le Pentagone se battent

 
Cela, c’est, très simplifié, l’état des rivalités sur le terrain. Mais, à Washington, on retrouve la même guerre entre les parrains des rebelles modérés, la CIA et le Pentagone, mal arbitrée par une Maison blanche dépassée. A en croire un ancien agent important de la CIA, Ray Mac Govern, la guerre entre les factions rebelles soutenues par les Etats-Unis n’est pas près de cesser, et les hommes de la CIA pourraient bien un jour tirer eux-mêmes sur ceux du Pentagone. A cause du désordre régnant au sommet de l’Etat fédéral. D’abord, à cause des objectifs :
 
« A l’origine, on a dit aux rebelles modérés d’obtenir le retrait d’Assad, et maintenant, on leur dit, abandonnez Assad, l’ennemi c’est l’Etat islamique. Pas facile d’appliquer ce changement de bord sur le terrain. »
 
Et puis il y a surtout une opposition durable, structurelle, entre la CIA et le Pentagone, qui existait déjà au temps de Donald Rumsfeld. Aujourd’hui, Susan Rice qui est chargée de les cornaquer en tant que chargée de la sécurité nationale est bien incapable de le faire, et Obama en fin de mandat ne pèse plus grand chose.
 

Les rebelles modérés n’existent pas

 
C’est pourquoi la CIA est libre de mener ses petites opérations secrètes en Syrie et le Pentagone en fait autant. Sans qu’on sache très bien quels en sont le but et le résultat. Pour Ray Mac Govern :
 
« Vous savez c’est vraiment bizarre parce que le Président des Etats-Unis a dit voilà deux ans : Il n’y a pas de rebelles modérés. C’est une illusion. Bon, si c’est une illusion et qu’il n’y a pas de rebelles modérés, qui donc soutenons-nous avec des millions et des millions de dollars ? (…) Une fois que vous lancez un programme de soutien à cinq cent millions de dollars comme ça se voit au Pentagone, vous avez tout cet argent et vous vous dites, trouvons quelques rebelles modérés pour le dépenser ».
 
Voilà une analyse des forces qui se battent en Syrie qui en vaut bien une autre et qui a le mérite de la franchise.
 

Pauline Mille