La présidence Trump : sans doute une bonne nouvelle pour les écoles catholiques

Trump écoles catholiques

Donald Trump et Betsy DeVos après une réunion au Trump International Golf Club à Bedminster Township, dans le New Jersey, le 18 novembre.

 
« Good news » ! Non seulement, Trump promet de « réformer le système scolaire », de « supprimer la bureaucratie » afin d’« offrir une éducation et un choix d’écoles de niveau mondial à toutes les familles », mais il promeut le « school choice » : autrement dit, la liberté laissée aux parents de choisir entre l’école publique, privée, privée sous contrat, libre, ou encore l’enseignement à domicile… Un engagement qui pourrait largement profiter aux écoles catholiques.
 
Un système de bourse lié à l’élève, un retour à des méthodes d’enseignement qui ont fait leurs preuves… Trump veut dépenser 20 milliards de dollars de fonds fédéraux pour casser le monopole public de l’éducation !
 

Le plan Trump : « Réparer notre système d’éducation brisé ! »

 
Très concrètement, Trump veut donner aux 11 millions d’enfants en âge scolaire vivant en marge du seuil de pauvreté, la possibilité de fréquenter l’école de leur choix. En leur attribuant une « bourse » qui pourra s’élever jusqu’à 12.000 $, si les États contribuent collectivement au projet. La bourse sera attachée à la personne de l’élève : tous les établissements privés et publics seront donc en concurrence et les écoles libres catholiques pourront voir leur fréquentation mécaniquement augmenter, sans que les tribunaux américains puissent accuser Trump de financer des institutions religieuses.
 
C’est un fait : ces établissements déclinent sur le sol américain depuis les années 60, malgré leurs efforts de restructuration et la mise en place de nouveaux modèles financiers, et les mandats Obama n’ont pas arrangé leurs affaires. Un rapport du « New York State Coalition for Independent & Religious Schools » montrait, en 2012, que dans l’Etat de New-York, à chaque ouverture d’une « Charter school » (école laïque à gestion privée mais, moyennant une charte, à financement public : un peu notre école française sous-contrat), une école libre catholique fermait… « To pay or not to pay », le choix était vite fait.
 
Cette situation pourrait être terminée.
 
Demeurent quelques préoccupations. Le gouvernement pourrait utiliser cette pression financière pour obliger les écoles à certaines exigences : la liberté religieuse de ces écoles doit être respectée et absolument garantie. D’autre part, persiste le problème de la classe moyenne, sans doute un peu laissée pour compte dans cette histoire : elles devront a priori continuer à payer et s’orienteront moins vers les écoles parfaitement libres, alors que ces dernières pourraient devoir faire face à un afflux sans précédent de « la diversité », celle des classes pauvres… ce qui est toujours un défi.
 

Le retour des vrais professeurs ?

 
Au niveau des programmes et de l’enseignement, la nouvelle administration veut revenir aux « modèles d’apprentissage dirigé par les enseignants », et non plus par les élèves comme c’est monnaie courante dans la vision avant-gardiste et constructiviste de l’enseignement moderne. Retour à la méthode à l’ancienne, réaliste, que n’avaient jamais quitté les écoles catholiques !
 
Et pour le « Common Core » ? « It’s a very bad thing » selon Trump… On se souvient de son hashtag de campagne #StopCommonCore. Le nouveau président a promis qu’il reviendrait sur le fameux tronc commun instauré par Obama en 2010 qui prévoit une harmonisation des programmes à l’échelle du pays, mais apparaît surtout comme un moyen coercitif de détermination de l’enseignement et surtout de la méthode d’enseignement comme l’a montré dans ces pages Anne Dolhein.
 
Libre aux écoles désormais de s’écarter de ce tronc commun contraignant et à forte valeur idéologique (45 États sur 50 ont décidé par exemple de faire disparaître l’écriture cursive de leur tronc commun…)
 

Betsy DeVos à l’éducation aux Etats-Unis

 
Le choix de Betsy DeVos, comme secrétaire à l’éducation, va en ce sens. La militante pro-choix scolaire du Michigan a carrément appelé à une « révolution » de l’école. C’est la présidente de la Fédération américaine des enfants, dont la mission est d’améliorer l’éducation nationale de la maternelle à la 12e année, en promouvant une politique publique systémique et durable qui donne aux parents, en particulier aux familles à faible revenu, les moyens de choisir l’éducation qu’ils jugent la meilleure pour leurs enfants.
 
Une richissime philantrope également, mariée à la 88e fortune américaine au classement Forbes de 2016 (Dick DeVos) qui fait chaque année d’importantes donations à des organisations chrétiennes et conservatrices comme « Focus on the Family », « The American Enterprise Institute » ou « Heritage Foundation ».
 
Certains crient au loup, arguant que son mari est un promoteur passionné du « Common Core »… Betsy DeVos s’est défendue en disant qu’ils l’avaient été, croyant à des exigences élevées… mais qu’elle s’était ravisée devant le gâchis généralisé.
 
La différence sera de toute façon de taille avec le précédent secrétaire d’Obama.;

Rien en France pour les écoles catholiques

 
Allez, portons les yeux chez nous… Qui, en France, tient un tel discours ? ! Qui propose des bourses liés aux élèves ? Valorise les types d’enseignement différents ? ! Aucun parti, pas même le Front National, qui dédaigne aujourd’hui radicalement l’enseignement libre, essentiellement catholique…
 
On se souvient bien du chèque-éducation imaginé en 1962 par l’économiste Milton Friedman et largement relayée par la suite par Jean-Marie Le Pen. A l’élection présidentielle de 2007, lui-même ainsi que Philippe de Villiers, s’étaient déclarés favorables à son adoption en France.
 
Maintenant, c’est terminé : le Front National s’est « assagi »… Alors que le système a été mis en place dans plusieurs pays comme le Chili, la Suède, les Pays-Bas ou Hong Kong.
 
Les Etats-Unis vont commencer à nous donner des leçons en la matière.
 

Clémentine Jallais