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Les chères bougies du 90e anniversaire de Giscard

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Valéry Giscard d’Estaing souffle, ce 2 février, ses quatre-vingt-dix bougies. Nous ne nous attarderons pas sur ce 90e anniversaire, d’autant qu’il se déroulera dans l’intimité familiale. Que l’ancien président de la République en profite. Mais on notera que le service de l’Etat, s’il implique des responsabilités parfois délicates, voire écrasantes, n’a pas que de mauvais côtés. Certains confrères s’attardent ainsi sur le pactole mis à disposition de ses anciens dirigeants par l’Etat, et saluent, en quelque sorte, les chères bougies de Giscard.
 
2,5 millions d’euros ! C’est ce que coûte, annuellement, Giscard à l’Etat. Oh ! certes, il n’est pas le seul ancien président de la République à bénéficier de ces largesses républicaines. Avec 2,2 millions pour Nicolas Sarkozy et 1,5 million pour Jacques Chirac, la retraite dorée de nos anciens présidents ressemble un peu au parachute du même métal…
 

Le 90e anniversaire de Giscard

 
Le député socialiste de l’Aisne René Dosière, spécialiste du train de vie de l’Etat, trouve bien l’addition un peu salée. Mais cela ne l’empêche pas de la justifier : « Ses dépenses de fonctionnement (voiture, logement…) sont un peu plus chères. Comme la rémunération de ses collaborateurs. Mais le poste le plus lourd, ce sont les agents de sécurité qui surveillent ses résidences, à Paris ou à Authon, dans le Loir-et-Cher. »
 
Il faut dire que, si ce sont d’anciens présidents de droite qui en bénéficient, ce sont les socialistes qui ont mis le système en place. Ce n’est tout de même pas leur faute si les urnes ne leur ayant pas été favorables, aucun socialiste n’est à l’heure actuelle en mesure d’en profiter. Mais, à compter de 2017, François Hollande pourrait être le premier ancien président de gauche à profiter de cette manne.
 
C’est en effet par une lettre du 8 janvier 1985 que Laurent Fabius, alors premier ministre, a fixé « de manière permanente le statut dans la nation des anciens présidents de la République ». Ces règles leur permettent donc d’obtenir, en plus d’une dotation mensuelle de 6.000 € brut, un appartement de fonction, une voiture avec deux chauffeurs et sept collaborateurs permanents. « L’idée de cette lettre, poursuit René Dosière, c’était de montrer que l’Etat lui devait quelque chose eu égard aux services qu’il a rendus à son pays. Ce n’est quand même pas un individu ordinaire. »
 

Chères bougies !

 
Certes ! Mais on se demande tout de même à quoi peut bien passer son temps le septième collaborateur d’un homme qui n’est plus aux affaires depuis près de trente-cinq ans…
 
Je ne sais si, en signant sa dernière chronique : Messieurs les Elus, dégagez !, Jacques Attali pensait à Giscard. Il parle en tout cas particulièrement des parlementaires, mais son observation vaut d’être généralisée. « Nous sommes, observe-t-il, l’un des pays du monde où les élus, en particulier les parlementaires, sont le plus souvent reconduits. Et l’un des rares pays où un élu, une fois battu, ne change pas totalement et définitivement de métier, attendant les scrutins suivants pour tenter, de nouveau, sa chance. »
 

La critique d’Attali

 
Jacques Attali propose donc de limiter le nombre de mandats d’un parlementaire à deux, afin de ne pas en faire une carrière – et c’est là où l’on retrouve Giscard, et les anciens présidents de la République en général – et de permettre à la politique de retrouver du sens.
 
Mais il y a là, conclut-il en substance, un cercle vicieux puisque « toute réforme de la Constitution, sur quelque sujet que ce soit, suppose l’accord des parlementaires ».
 
On pourrait observer, si cela n’est pas considéré comme une impertinence insupportable, qu’il en est sans doute de même de ceux qui font profession de conseiller les politiques…
 
En attendant, la réflexion de Jacques Attali est frappée au coin du bon sens, et nous dénonçons le fromage politique depuis trop longtemps pour n’y point souscrire. L’homme – ou la femme, pardon ! – qui mise toujours sur le mandat suivant sera, sauf exception rarissime, prêt à tout pour y parvenir et conserver prébendes et honneurs.
 
On peut certes critiquer les politiques qui en profitent. On devrait, pour prolonger la réflexion, s’interroger aussi sur le système démocratique…
 

François le Luc