Les initiatives mondiales de la Chine au service de la gouvernance globale et des ODD

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Comment la Chine voit-elle l’avenir du monde ? Avec elle au centre, jouant un rôle pivot à l’égard du « Sud Global », en plein accord avec les « Objectifs du Développement » – les ODD 2030 – de l’ONU dont elle s’estime la meilleure élève. S’il fallait un indicateur certain de la convergence de la politique du parti communiste chinois (PCC) et du programme mondialiste promu par les Nations unies, on le trouve assurément dans cette vision d’avenir conforme à la pensée de Xi Jinping. Et c’est ce qui ressort de deux articles d’analyse publiés récemment par le média anglophone Global Times contrôlé, précisément, par le pouvoir communiste chinois. Il y est beaucoup question de gouvernance globale, à la tête de laquelle Xi Jinping se positionne déjà depuis près d’une décennie.

Les objectifs de ce dernier apparaissent clairement dans un entretien mené avec Mwangi Wachira, ancien économiste de la Banque mondiale (il n’y là ni hasard ni contradiction), où ce dernier chante la gloire des réussites de l’économie chinoise et sa « résilience » due notamment, selon lui, à la planification nationale combinée avec les « mécanismes de marché ». Alors que la 4e séance plénière du 20e comité central du PCC venait d’adopter en ses « recommandations » pour le 15e plan quinquennal pour le développement économique et social, toujours en cours de finalisation, Wachira assurait que la Chine fait sa transition pour passer d’« usine du monde » à « architecte de l’innovation » pour le monde entier et surtout pour le Sud global.

 

La Chine a lancé quatre initiatives mondiales ODD-compatibles

Tout cela se situe dans un cadre bien précis dessiné par le PCC sous la signature de son actuel grand timonier, Xi Jinping, qui a lancé quatre « initiatives globales ». La dernière en date, officiellement « proposée » par Xi lors de la rencontre de Organisation de la Coopération de Shanghai Plus à Tianjin en septembre 2025, s’intitule carrément l’« Initiative pour la Gouvernance globale » (ou mondiale, GGI) ; elle s’ajoute à l’Initiative pour le Développement global (GDI), l’Initiative pour la Sécurité globale (GSI) et l’Initiative de civilisation mondiale (GCI).

La Chine entend dans les années à venir « réduire sa dépendance » à l’égard de l’étranger pour ce qui est de la haute technologie, tout en découplant les marchés intérieurs et extérieurs pour qu’ils puissent croître de manière « indépendante en cas de besoin », note Wachira. Elle ambitionne de développer la production non plus de biens de consommation grand public mais oriente au contraire sa recherche sur les « ordinateurs et l’équipement de communication, les machines électriques, les automobiles, et les machines spécialisées ou non » ; une « industrie manufacturière avancée » appuyée sur le système centralisé chinois.

Sans surprise, dans ce pays à la démographie suicidaire, l’accent est mis selon Wachira sur les « forces de production robotisées », animées par une « force de travail plus petite et qualitativement différente » obtenue grâce à une instruction et une formation revues. « Les bénéfices – des coûts de production moindres – seront minimaux au cours des cinq prochaines années. Comme lors de la révolution numérique, il faudra sans doute plus de cinq ans pour que l’entier bénéfice de la manufacture avancée puisse se réaliser », estime-t-il. Mais enfin le principe est posé : on va se passer de plus en plus des hommes.

 

La Chine inscrit la gouvernance globale et la robotisation dans son plan quinquennal

Après une charge contre la prédominance de l’« économie de marché » , qui « sacralise l’individualisme » et permet la « poursuite du bien privé », l’économiste kenyan affirme : « Une gouvernance axée sur les objectifs et gérée de manière centralisée est un moyen efficace d’atteindre des objectifs clairs et communs, notamment pour faire face à une menace existentielle. Elle concentre les efforts en écartant les objectifs concurrents. » Pour lui la Chine assure un bon équilibre entre les deux, et ce modèle serait ce qui séduit les pays Africains qui se tournent vers la Chine… On peut ajouter que celle-ci qui se constitue ainsi, là mais aussi en Amérique latine où elle est très présente, un pré-carré du style de celui que l’on reproche tant aux Etats-Unis de vouloir s’assurer dans l’hémisphère ouest.

Pour Wachira, la Chine intensifiera sa présence dans sa « sous-région » ainsi que dans le Sud Global pour produire dans des pays qui feront plus largement qu’elle appel à leur main-d’œuvre humaine et y favoriser l’industrie des biens de consommation. Wachira appelle cela de la « solidarité » avec le Sud Global.

C’est aussi sous couleur de bienveillance à l’égard du monde entier que Xi Jinping et le PCC promeuvent leurs « Initiatives » globales. Xi dessine les plans pour un « avenir partagé », notent Chen Qingqing and Zhang Han, auteurs de l’autre article du Global Times cité plus haut.

 

La Chine communiste veut construire une communauté globale à l’avenir partagé

Comme en Russie et dans le monde des BRICS et des anciens « non alignés », on parle de « multipolarité » et de « multilatéralité » mais pour prôner la « construction d’une communauté à l’avenir partagé » et d’un « destin partagé pour l’humanité », ce qui, venant d’une des premières puissances mondiales, ouvertement communiste qui plus est, ne manque pas d’interroger. Les droits des pays sont proclamés mais l’argumentaire mondialiste est bien présent : il faut dans tous les cas, résument les auteurs, « relever les défis communs et les problèmes communs auxquels la société humaine est confrontée ». C’est pour aboutir à une « coopération gagnant-gagnant ». Bien sûr…

Le même article souligne également que les quatre initiatives mondiales lancées par la Chine « sont étroitement alignées sur les objectifs du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations unies, donnant ainsi une impulsion significative à la réalisation des ODD ». Il poursuit : « Elles ont recentré l’attention internationale sur les questions de développement, apportant un soutien crucial à la mise en commun des efforts mondiaux, à l’instauration d’une confiance mutuelle et au renforcement d’une gouvernance efficace. Ces initiatives sont non seulement réalisables dans la pratique, mais aussi stratégiquement tournées vers l’avenir. Elles constituent des biens publics mondiaux accessibles à la communauté internationale et jettent des bases solides pour relever les défis mondiaux en matière de développement et faire progresser les objectifs communs de sécurité et de développement. »

 

Pour la Chine, les ODD sont à éclipses

Et c’est bien là qu’est affirmé le mondialisme que la Chine prône, promeut, cultive et met à profit, tout en se prémunissant contre ses effets les plus délétères comme la « transition énergétique » par exemple, à laquelle elle échappe quand il y va de son intérêt. Mais ce qu’il faut avant tout retenir, c’est que ces fameux ODD sont au service de la promotion de la culture de mort et du socialisme international, comme nous le rappelons fréquemment sur RITV (nous l’écrivions par exemple ici, et ici).

Dans l’échange des auteurs avec Xu Bu, président de l’Institut d’études du développement et de la sécurité internationales de l’université de Jiangsu, ancien membre du High-Level Advisory Board on Effective Multilateralism du Secrétaire-général de l’ONU, ce dernier dénonce la « politique du pouvoir » de l’Occident, le protectionnisme et la politique de « guerre froide ». Face à cela, grâce à leur « logique interne » qui les « renforce mutuellement », les initiatives chinoises permettront de combler les déficits actuels en « paix, développement, confiance et gouvernance », promet-il. En clair : la Chine, qui ne craint pas d’utiliser la force quand cela l’arrange, prend les rênes.

Et grâce à qui ? Au parti communiste, pardi ! Xu Bu explique, dans un modèle de langue de bois :

« Depuis sa fondation il y a plus d’un siècle, le Parti communiste chinois a uni et guidé le peuple chinois dans sa quête d’indépendance nationale et de renouveau. Grâce aux efforts inlassables de plusieurs générations, la Chine a tracé une nouvelle voie vers la modernisation chinoise. L’Initiative pour le développement mondial incarne de manière vivante les caractéristiques distinctives, les exigences essentielles et les grands principes de la modernisation chinoise. Elle représente l’expression concentrée de la philosophie de développement de la Chine dans le domaine de la coopération internationale au développement, reliant étroitement le développement de la Chine à celui du monde. Grâce à une interaction positive avec la communauté internationale, elle favorise la construction d’une communauté mondiale avec un avenir commun pour le développement. En partageant les fruits du développement et en réalisant une coopération gagnant-gagnant, elle offre une solution chinoise aux dilemmes de la modernisation occidentale et fournit une option entièrement nouvelle aux pays en développement qui explorent leurs propres voies vers la modernisation. »

Plaidant pour « la diversité épanouie des civilisations mondiales », Xu veut voir reconnaître leurs différences sans considérer certaines « supérieures ou inférieures » – au demeurant pour « donner naissance à une nouvelle vitalité à travers l’intégration ».

Je vous épargne la suite de ce plaidoyer pour la grandeur mondiale chinoise, future phare de l’humanité qui cherche avant tout à s’imposer dans les pays en développement, car il ne faut pas croire ses fables sur la fin de la politique du pouvoir dans l’avenir radieux du communisme à la chinoise…

Retenons simplement que du point de vue de l’ONU et des institutions internationales mondialistes, la Chine est l’élève modèle. En attendant d’être le tyran global ?

 

Jeanne Smits