Le Mot : L’esprit de notre langue

 

Anne Hidalgo, qui s’apprête à la fin de ses mandats à laisser Paris ruiné (par sa dette colossale), Paris sali (par les rats, les déjections, les ordures), Paris occupé (par les squats et les campements), Paris embouteillé, Paris méconnaissable, a voulu en outre en faire la vitrine de l’idéologie dite progressiste : avec le Panthéon désormais consacré aux grands hommes et aux grandes femmes, et les plaques commémoratives de l’hôtel de ville rédigées en écriture inclusive. Nous avons raconté récemment comment l’association Francophonie Avenir avait attaqué cette dernière sottise devant les tribunaux administratifs avant d’être déboutée en fin de compte par le Conseil d’Etat, qui a donné raison à la Mairie de Paris. Mais l’association Francophonie Avenir a décidé de se pourvoir devant la Cour européenne des droits de l’homme, avec effet suspensif : jusqu’au jugement de la CEDH la décision du Conseil d’Etat ne s’appliquera donc pas. Tel est l’état de ce petit marathon de Paris juridique.

D’un autre côté, l’Académie française est enfin sortie de son hibernation de fin d’année pour condamner la décision du conseil d’Etat du point de vue qui est le sien, celui de la langue française. Sa compétence lui est reconnue non seulement par l’usage, mais par l’Etat qui l’a fondée en la personne du cardinal de Richelieu. Elle a émis une « protestation solennelle contre l’option retenue » par le Conseil d’Etat. Celui-ci, pour justifier sa décision, avait estimé que le recours de Francophonie Avenir ne pouvait aboutir puisque que l’écriture inclusive ne relève pas de « l’usage d’une autre langue que le français ». L’Académie condamne cette façon de voir, estimant que les points médians sont contraires non seulement à la lisibilité, mais à « l’esprit de notre langue ». Le mot mérite d’être relevé. L’esprit de la langue, c’est la loi supérieure qui guide tout homme qui parle français, qui fait qu’une phrase est française ou non, qui défend la langue contre la démagogie à la mode, en quelque sorte sa constitution non écrite. Les grammairiens modernes, comme Noam Chomsky, l’expliquent très bien. Une langue est une chose trop sérieuse, belle et fragile, pour être laissée à l’arbitraire d’une folle.

Quant aux juristes du Conseil d’Etat, voici un petit conseil logique : ce n’est pas parce que l’écriture inclusive n’est pas de l’anglais, du russe ou de l’inuit qu’elle est du français pour autant. Comme dit l’adage populaire : ce n’est pas du français que tu causes, c’est de la peine.