Léon XIV se fait renseigner sur la messe traditionnelle

Léon renseigner messe traditionnelle
 

Le pape Léon XIV va-t-il abroger Traditionis custodes pour revenir au régime de Summorum Pontificum, et enfin faire cesser les restrictions sur la célébration de la messe traditionnelle (et des autres sacrements selon les rites traditionnels) qui contredisaient frontalement le « droit de cité » du Vetus Ordo reconnu par Benoît XVI ? Dix mois après son élection à la chaire de Pierre, cette question d’importance pour le bien de l’Eglise catholique n’est pas encore réglée et on peut se juger en droit de s’impatienter. Mais le temps de Rome n’est pas celui du monde. Et l’expérience que l’on a désormais du mode d’agir de Léon XIV, sans fanfare, déjà porté sur des décisions concrètes pour rectifier nombre d’anomalies – pas toutes, hélas !, mais de manière visiblement réfléchie – suggère qu’il puisse trouver une solution qui ne contredise pas ses prédécesseurs.

Du moins sait-on aujourd’hui que le dossier n’est pas absent de l’agenda pontifical. Des prélats favorables à la liberté de la messe traditionnelle lui en parlent, mais il se renseigne aussi.

Infovaticana faisait vendredi la liste de ceux qui se sont succédé auprès de Léon XIV et dont ont sait qu’ils ont soulevé la question liturgique. Le 22 août dernier, le cardinal Burke, qui célèbre fréquemment la messe selon le rite traditionnel et n’hésite pas à ordonner de nouveaux prêtres dans et pour ce rite, était reçu – et pas pour la première fois – par son compatriote.

 

Léon XIV entend parler de la messe traditionnelle par des cardinaux

Le 2 septembre, c’était au tour du cardinal Sarah qui, quelques jours plus tard, s’exprimait dans le quotidien italien Avvenire pour dire : « Je considère que la variété des rites dans le monde catholique est une grande richesse… Je me demande si l’on peut “interdire” un rite millénaire. Enfin, si la liturgie est aussi une source pour la théologie, comment interdire l’accès aux “sources anciennes” ? Ce serait comme interdire l’étude de saint Augustin à ceux qui voudraient réfléchir correctement sur la grâce ou sur la Trinité. »

Le 15 novembre, Léon XIV recevait l’évêque brésilien Mgr Fernando Arêas Rifan, administrateur apostolique de l’administration personnelle Saint-Jean-Marie-Vianney à Campos, exclusivement dédiée à la messe traditionnelle. Passons sur la manière dont le prélat met en avant le caractère de son administration présentée comme fidèle à Rome à l’inverse des groupes « radicaux » et « schismatiques » attachés à la messe traditionnelle : le fait est que cette rencontre aura permis au nouveau pape de prendre connaissance d’un territoire ecclésiastique où la liturgie non réformée est la norme alors que Traditionis custodes cherche ouvertement à l’éliminer.

Le 18 décembre, Mgr Athanasius Schneider était à son tour reçu par Léon XIV et se dit « impressionné » ; moins d’un mois plus tard, il révélait avoir proposé au pape à cette occasion de promulguer une Constitution apostolique pour « régulariser » la coexistence du rite latin traditionnel de la messe avec le Nouvel Ordo, en éliminant notamment les restrictions imposées par le Motu proprio de son prédécesseur, Traditionis custodes. Il l’avait encouragé à ne pas « annuler directement » le texte de François, mais à « rédiger un document plus solennel ».

 

Régler paternellement la question de la messe traditionnelle et de la tradition

Le 7 janvier dernier, le cardinal Joseph Zen Ze-Kiun, évêque émérite de Hong Kong, que le pape François avait de manière répétée refusé une audience, a été reçu par Léon XIV ; il devait quelques jours plus tard avoir la possibilité d’exprimer fortement ses inquiétudes au sujet de la « synodalité » lors du consistoire réuni par le pape. Le même cardinal Zen s’est exprimé vendredi dernier dans Rorate caeli pour dire son espérance de voir régler de manière paternelle l’annonce de nouveaux sacres par la Fraternité Saint-Pie X qu’il présente comme la figure de Joseph vendu par ses frères… qu’il assimile au cardinal « Tucho » Fernandez chargé de « dialoguer » avec la FSSPX. « Vouloir éliminer » la messe traditionnelle en latin « est clairement une erreur », affirme le cardinal Zen dans cette même tribune.

Le 29 janvier, le cardinal Gerhard Müller était reçu à son tour par le pape : quelques jours après l’élection du cardinal Robert Prevost, il avait déjà plaidé pour la libération de la messe traditionnelle.

Dans un livre réalisé à partir d’entretiens avec la journaliste américaine Elise Ann Allen, Leon XIV réagissait en ces termes à une question sur la messe tridentine : « Je n’ai pas eu l’occasion de m’asseoir réellement avec un groupe de personnes qui plaident pour le rite tridentin. Bientôt une occasion se présentera, et je suis sûr qu’il y aura des occasions pour traiter de cela. » Cette réflexion clairement annoncée commence vraiment à prendre forme à travers les rencontres évoquées plus haut.

 

Léon XIV a reçu deux sociologues spécialistes de la messe traditionnelle

Mais il y a plus : le 5 mars dernier, Léon XIV a reçu deux professeurs d’université qui ont une vision très positive – du point de vue romain – des fidèles attachés à la liturgie traditionnelle. Stephen Bullivant et Stephen Cranney, tous deux sociologues, ont publié en 2024 une étude montrant que l’immense majorité des catholiques qui assistent à la messe traditionnelle aux Etats-Unis croient en la doctrine catholique, et, répondant à la question de savoir si ce type de catholiques constituent « un foyer schismatique d’attitudes négatives à l’égard de Vatican II », ils ont jugé que ce n’était pas le cas.

Il faut préciser que les deux sociologues n’ont pas enquêté parmi les fidèles de la Fraternité Saint-Pie X, et que ces derniers ne se reconnaissent sans doute pas dans « l’acceptation » du concile Vatican II…

Infocatólica commente :

« Cette enquête visait à vérifier à l’aide de données empiriques si la communauté dite de la messe traditionnelle était réellement, comme on l’a présentée, un “foyer schismatique d’attitudes négatives envers Vatican II”. Les résultats se sont révélés très éloignés de cette caricature. 49 % des personnes interrogées ont répondu qu’elles étaient “d’accord” ou “tout à fait d’accord” avec l’affirmation selon laquelle elles acceptaient les enseignements du Concile Vatican II, tandis que seulement 11 % se sont dites “en désaccord” ou “tout à fait en désaccord”.

« L’étude a également montré une forte adhésion à la doctrine catholique. Seuls 2 % ont déclaré ne pas croire en la présence réelle de Notre Seigneur dans la Sainte Eucharistie. Ce chiffre est particulièrement frappant à une époque de grave confusion doctrinale et d’affaiblissement de la foi eucharistique dans de larges secteurs du monde catholique. »

 

La messe traditionnelle, un retour en douceur ?

Même si les sujets abordés au cours de la rencontre entre ces deux professeurs et le pape régnant n’ont pas fait l’objet d’une communication publique, leur centre principal d’intérêt est déjà un indicateur. Ils doivent publier en novembre prochain un livre sur les « catholiques tradis » : Trads: Latin Mass Catholics in the United States.

S’il est vrai que certains évêques, notamment aux USA, imposent des restrictions de plus en plus délirantes, qu’il s’agisse de la messe ou de l’interdiction des bancs de communion, en d’autres lieux américains les autorisations de maintien de messes traditionnelles diocésaines ont été accordées par Rome à travers des prorogations de deux ans de mesures qui devaient devenir caduques aux termes de Traditionis custodes.

Une chose est sûre : on n’est pas au point mort.

 

Jeanne Smits