Exemplaire Ecosse : la loi sur le suicide assisté largement rejetée par le Parlement national

Ecosse suicide assisté rejetée
 

La configuration de départ ne laissait pas espérer un vote en faveur de la vie et contre l’aide à mourir : une intense propagande a précédé la mise en route du projet sur l’aide au suicide assisté que le Parlement écossais vient de rejeter avec une confortable majorité. Il y avait les habituels sondages : on disait 80 % des Ecossais favorables à cette loi de mort. Eh bien, en deux ans de débat intense, l’initiative a échoué et le texte a été renvoyé aux oubliettes par 69 voix contre 57. 12 élus, pas moins, ont inversé leur vote depuis la première lecture sur l’économie générale du projet.

Il faut préciser que les premiers votes en faveur de la loi proposée par le libéral-démocrate Liam MacArthur, il y a deux ans, avaient notamment pour objectif d’obtenir un débat de fond. C’est ce que rappelle le chroniqueur Iain Macwhirter dans le très convenable The Times, quotidien de référence à l’instar du Monde, mais visiblement d’esprit un peu plus plus indépendant. A deux jours du vote, il réclamait une mort douce pour le projet.

 

Le suicide assisté rejeté en Ecosse grâce à un débat approfondi

Le pari d’une réflexion plus approfondie aura été payant pour éviter que le sujet ne revienne sans cesse sur le tapis. Selon Right to Life UK, le vote écossais porte également un « coup mortel » à la loi sur le suicide assisté en discussion à Westminster, et pour l’heure bloquée par la Chambre des Lords. Avoir des différences sur un tel sujet de fond au sein du Royaume-Uni créerait une confusion insupportable, puisque on pourrait en arriver à une situation où ce qui serait permis en Angleterre et au pays de Galles serait interdit en Ecosse, avec des problèmes d’ordre constitutionnel et pratiques à la clef, souligne le groupe pro-vie.

Les évêques d’Ecosse ont également manifesté leur opposition avec clarté.

La première leçon à tirer de l’échec de la loi sur le suicide en Ecosse est donc que le pire n’est pas toujours certain. Quelqu’un a dit : « En politique, tout désespoir est une sottise absolue. »

Mais il y en a bien d’autres. La loi proposée par Liam McArthur est certes une loi de mort, mais elle n’atteignait en rien la brutalité et l’outrance de la proposition Falorni actuellement discutée en France. Elle ne prévoyait que le suicide assisté – c’est-à-dire la fourniture d’une substance létale par un médecin ou une personne autorisée par la loi à une personne majeure capable de discernement et dont on pouvait « raisonnablement » penser que sa mort naturelle interviendrait dans un délai de six mois (cette limitation avait été introduite au moyen d’un amendement). Le processus exigeait le feu vert de deux médecins indépendants ayant ausculté le patient, et, pour ce dernier, un délai de réflexion de 14 jours (à moins que la mort ne soit prévue sous 48 heures).

Tout cela est horrible, n’en disconvenons pas. Mais à côté de ce qu’on tente de nous faire avaler en France, c’est de la petite bière.

 

La loi de suicide assisté en Ecosse, bien moins brutale que la proposition Falorni

Et pourtant, la proposition écossaise n’a pas su convaincre la majorité des élus et les grandes formations politiques – hormis les écologistes – s’y sont peu à peu opposées au fur et à mesure de la réflexion. Le texte a été rejeté à son stade décisif, le chef du SNP, le Premier ministre écossais John Swinney, le chef du Parti travailliste écossais Anas Sarwar et le chef des Conservateurs écossais, Russell Findlay, s’étant tous unis pour exprimer leur opposition aux propositions. Ils ont été rejoints par la vice-Première ministre Kate Forbes et les anciens Premiers ministres Nicola Sturgeon et Humza Yousaf.

Où l’on voit, soit dit en passant, que l’écologisme est fondamentalement hostile au respect de la vie humaine.

L’un des principaux arguments qui ont fait basculer des membres du Parlement écossais est celui de la coercition : la pression portée sur des personnes vulnérables, âgées ou handicapées pour cesser de peser sur leurs proches du fait de leur âge ou de leur état de santé. Le Dr Gordon MacDonald, responsable de l’association Care Not Killing (Soigner, et non tuer), s’est dit soulagé par le rejet de la proposition : « Nous pensons que la loi posait de sérieux risques pour les plus vulnérables, y compris les handicapés et ceux qui souffrent de violences familiales. Elle menaçait la relation médecin-patient qui est au cœur de notre système de santé. »

 

Le texte rejeté en raison du risque de coercition et d’absence de garanties pour l’objection de conscience… entre autres

La question de la protection de l’objection de conscience a également joué un rôle. Ainsi, le Royal College of Psychiatrists et la Royal Pharmaceutical Society écossais se sont-ils plaints de l’absence de garanties pour ceux qui ne veulent pas participer à l’aide à mourir.

Le débat a également eu pour vertu de faire changer le regard de l’opinion publique sur l’aide à mourir. Les derniers sondages en date font état des inquiétudes des Ecossais quant à l’impact négatif qu’aurait la légalisation du suicide assisté sur les plus vulnérables.

Sept Ecossais sur dix estiment qu’une telle loi pourrait pousser des femmes victimes de violences domestiques à choisir la mort. Parallèlement, des responsables de campagnes de prise en charge des troubles alimentaires ont souligné que des jeunes anorexiques pourraient eux aussi être concernés par le suicide assisté. Un autre sondage a alors montré que seul un Ecossais sur cinq serait favorable à une loi permettant à des personnes souffrant d’anorexie de mettre fin à leurs jours par ce moyen. Un sondage commandé par Not Dead Yet UK (Pas encore mort) a révélé que 69 % des adultes écossais sont d’accord pour dire que leur Parlement national devait donner la priorité à un meilleur accès aux personnes handicapées avant d’introduire une proposition visant à légaliser le suicide assisté.

 

Le suicide assisté rejeté en Ecosse grâce à la mobilisation des soignants

A cela se sont ajoutées les prises de position contre la loi de la part de multiples associations professionnelles de médecins, de soignants et de travailleurs sociaux, auxquelles se sont joints les groupes ayant rejoint une coalition d’associations de handicapés.

Comme l’écrit Iain Macwhirter dans The Times : « Les leaders d’opinion progressistes semblaient s’accorder sur le fait qu’il s’agissait d’une question de liberté de choix. Les personnes atteintes de maladies douloureuses et incurables ne devraient pas être contraintes de les endurer uniquement en raison des objections morales de groupes religieux “réactionnaires”, qui étaient généralement les premiers à s’opposer à l’aide à mourir. Après tout, on achève bien les chiens… Mais après mûre réflexion, la plupart des responsables politiques d’Ecosse et d’Angleterre se rendent désormais compte que les êtres humains ne sont pas des animaux sans raison. »

C’est en effet le cœur du débat.

 

« Les êtres humains ne sont pas des animaux sans raison »

Macwhirter raconte qu’il était autrefois en faveur du droit de mourir, sujet progressiste au même titre que l’avortement, les droits LGBT, l’égalité salariale. S’il a changé d’avis, c’est en raison de sa propre expérience : « Ce n’est vraiment qu’après avoir vu mes parents vieillir et mourir – ou “transitionner”, comme on dit aux Etats-Unis – que j’ai pris conscience de mon erreur. On ne peut ignorer à quel point les personnes âgées craignent d’être un fardeau pour la société et, surtout, pour leur propre famille. »

Il souligne que l’on ne respecte plus les personnes âgées comme jadis. Elles sont accusées d’accaparer la richesse de la nation, de bloquer les lits et de peser sur le système de retraite. Elles peuvent craindre, en faisant des dépenses pour aller en EHPAD, de faire fondre l’héritage qu’elles espéraient transmettre à leurs enfants.

Contre les lois d’euthanasie et de suicide assisté, il s’agit certes de protéger les jeunes, les dépressifs, tous ceux qui sont menacés de bénéficier à leur tour de l’aide à mourir, mais il faut aussi protéger Granny. « Ce qu’on présente comme une question de choix individuel est en réalité très complexe et les élus écossais en sont désormais convaincus », fait remarquer le journaliste. Aller au fond des choses, c’est briser l’enthousiasme en faveur de l’euthanasie élective.

Puissent les parlementaires français en prendre de la graine !

 

Jeanne Smits