Une incroyante déplore qu’un prêtre ait refusé les obsèques laïques de son mari

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Le titre est long, mais il faut énoncer tous les éléments de cette anecdote sans grande importance apparente pour en éclairer, en même temps que l’absurdité, le caractère exemplaire : il s’agit en fait d’un enseignement fondamental sur la place qu’est appelée à tenir l’Eglise catholique dans le monde post-moderne consécutif à ce que j’appelle la révolution arc-en-ciel, phénomène spirituel global piloté par la franc-maçonnerie. A Larjasse, village des monts du Lyonnais, Monique, incroyante comme son mari, a perdu celui-ci en mars et voulait que l’Eglise en accueille les obsèques, que le défunt avait exigées exclusivement laïques. Le prêtre ayant refusé de les célébrer, elle se plaint publiquement de ce qu’elle a « ressenti comme une violence ». Le Progrès, journal local, a fait écho de ses reproches, repris par un mystérieux « Echo Chrétien » et par la pas mystérieuse du tout Dépêche du Midi, vieux quotidien radical de gauche, franc-maçon, jadis fief des Sarraut, aujourd’hui de la famille Baylet.

 

Elle voulait l’église pour les obsèques laïques de son mari

Monique, 71 ans, habite Larjasse depuis quarante ans, a dirigé longtemps la maison de retraite locale, et, pour ainsi dire dans le cadre de ses fonctions, y a souvent accompagné ses clients croyants avant d’aller au cimetière, même si elle-même est incroyante. Son mari étant mort le 8 mars dernier, elle comptait faire la même chose pour lui. Le hic est que cet athée de combat avait pour dernière volonté qu’aucun rite ni signe religieux ne gâche des obsèques exclusivement laïques. Le prêtre a évidemment refusé, mais, bon garçon, a ouvert une salle qui sert de chapelle afin que les proches du défunt puissent se recueillir devant son cercueil. A partir de ces faits tout simples et n’entraînant aucun commentaire, une brève lecture de la Dépêche ouvre des abîmes de réflexion.

 

Incroyante ou pas, la chapelle était difficile d’accès

Rendez-vous compte : 250 invités ont été incommodés par la décision arbitraire de ce prêtre. La chapelle qu’il a ouverte ? « Trop petite et difficile d’accès, elle ne permet pas d’accueillir dignement les 250 à 300 personnes présentes. Nous avions des personnes dans l’escalier, en tribune, raconte Monique, peinée, au journal Le Progrès. Le transport du cercueil lui-même s’avère délicat dans cet espace contraint, accentuant le malaise. Monique souligne la présence de personnes âgées et handicapées parmi l’assemblée, pour lesquelles les conditions d’accès ont été particulièrement éprouvantes. Elle regrette d’autant plus cette situation que l’église, elle, est restée inoccupée ce jour-là. Dans une lettre adressée au prêtre, elle exprime son incompréhension et son désarroi : J’ai vécu ce refus comme une violence. Elle dit n’avoir jamais imaginé qu’un tel refus puisse lui être opposé dans son propre village. »

 

L’Etat, c’est nous qui payons, l’Eglise nous doit des services

Les commentaires des lecteurs sont éclairants. Si quelques-uns se demandent pourquoi célébrer une cérémonie laïque dans une église, il y a des salles polyvalentes pour cela, et si quelques-uns témoignent d’un athéisme virulent (« ça conforte les idées du mort : les religions c’est de la m… »), d’autres voient plus loin et posent la question de l’utilité de l’Eglise catholique, à la fois bâtiment et institution. Ainsi : « Les églises sont entretenues aux frais de nos impôts par la commune, on devrait pouvoir faire un enterrement laïc à l’intérieur quand l’église n’est pas utilisée par le prêtre. Cela devient aberrant alors que beaucoup d’églises n’ont qu’une messe par an pour éviter d’être désacralisées et donc que l’évêché, perde ses droits… (C’est) comme interdire un mariage civil. » Tout y est, la loi de 1905, le « c’est nos impôts », le droit acquis par l’Etat, et l’Etat c’est nous tous, à ce que l’Eglise soit là pour rendre des services.

 

Le prêtre refuse des obsèques laïques, est-ce une « violence » ?

Ces services sont d’ordre spirituel, mais un spirituel réduit à l’affect. Pour les mariages et les enterrements, l’église qui nous coûte si cher est quand même mieux qu’une salle de sport ou l’antichambre d’un funerarium. Monique le pense aussi, elle a accompagné tant de morts à l’église, c’est son village, elle n’imaginait pas que dans un moment de deuil si compliqué, avec tous ces invités à gérer, le prêtre lui ferait défaut. Pensez-donc ! Trimballer un cercueil dans une ruelle. Et y faire marcher des personnes âgées ! Avec les « prévisions de neige » de la météo ! Ici apparaît la douillettisation de la société, l’extrême fragilité des flocons de neige pour qui tout est offense. On ne peut les recevoir « dignement » dans une chapelle. Attention ! Quand vous lisez le mot digne, dignité, dignement, allumez vos warning, les frères trois points sont à la manœuvre, qu’il s’agisse d’euthanasie, d’avortement ou d’obsèques à l’église pour un incroyant.

 

La peine de l’incroyante est vraie, sa rhétorique absurde

Et c’est parce que cette affaire ne devrait poser aucune question sérieuse qu’elle est importante. N’importe qui aurait répondu à Monique : je compatis à ta peine, elle est horrible, mais ton mari a vécu sa vie contre le Christ, c’était pour lui une fadaise délétère, il l’a précisé in articulo mortis en exigeant des obsèques laïques. Ta demande n’a donc pas lieu d’être. Ce qu’elle révèle, c’est la volonté de la secte maçonnique, après avoir combattu l’Eglise romaine, de la ravaler au rang de prestataire de services – ici, quelque chose qui ressemble à des soins palliatifs post mortem. Telle était plus ou moins la vision de Nicolas Sarkozy dans son bouquin sur les religions avec un petit r et la République avec un grand. Un Sarkozy dont l’ancien grand maître du Grand Orient de France Alain Bauer notait qu’il se situait quelque part « entre Arius et Isaac Newton ». Un détail montre le caractère central de ce Bauer : il a conseillé Rocard, Sarkozy, et tous les ministres de l’Intérieur, qui sont aussi ministres des Cultes, de Jean-Pierre Chevènement à Manuel Valls.

 

Une Eglise soumise à la république maçonne et promise au rôle d’ONG ?

La demande de Monique, jugée quand même abusive par beaucoup de lecteurs, paraît à certains normale puisque l’Eglise accueille ailleurs d’autres cérémonies non religieuses (chanteurs, etc.), voir antireligieuses. Et c’est là que le bât blesse. En France, mais peut-être encore plus en Belgique ou en Allemagne, l’Eglise accepte chaque jour de se transformer en grande ONG dispensatrice de services cultuels, culturels, affectifs, de sorte que les « laïques » ont beau jeu de relever ses contradictions. Et qu’il peut en naître, à la fin, une lassitude dont la franc-maçonnerie fera son miel. Une réaction de lecteur l’indique : « Ils nous fatiguent ces religieux. Catho-Islam même combat. » Il y a aujourd’hui deux tendances opposées chez les maçons de France. Les uns soutiennent la « laïcité positive » à la Sarkozy, tous les cultes sont tolérés pourvu qu’ils se soumettent aux valeurs de la République, les autres veulent pendre le dernier pape avec les papillotes du dernier Rabin – ou la barbe du dernier imam. Que les uns ou les autres l’emportent, le destin d’une Eglise qui se soumettrait à leurs ukases serait de finir en ONG culturelle.

 

Pauline Mille