Le Mot : Nationalité sportive

Le Mot Nationalité sportive
 

Après plusieurs de ses camarades, la gymnaste Djenna Laroui, qui opérait chez les Bleues, a décidé de rejoindre l’équipe d’Algérie. Comme elle, de plus en plus de sportifs binationaux franco-algériens choisissent la nationalité sportive algérienne après avoir fait leurs classes en France et bénéficié du système français, de ses infrastructures, de ses instructeurs, et de la prospérité que notre pays leur apporte. Après 10 ans d’équipe de France et plusieurs médailles, la gymnaste explique ce changement : « L’idée a toujours été présente dans un coin de (sa) tête. » Pourquoi aujourd’hui ? Par « conviction », dit-elle, pour « rendre fier le peuple algérien ». Certains avancent qu’elle a été suspendue en 2024 pour un contrôle antidopage positif et que sa place pour les JO de Los Angeles n’était pas garantie. C’est juste, mais cela n’exclut pas le « choix du cœur » en plus.

 

Nés en France, ils choisissent une autre nationalité sportive

En 2023, notre confrère Eurosport observait le « vaste mouvement » des footballeurs « franco-algériens » nés en France vers les Fennecs, l’équipe d’Algérie, pays de leurs grands-parents. Il citait Amine Gouiri, Houssem Aouar, Rayan Aït-Nouri, Billal Brahimi, Ahmed Touba, Anthony Mandrea, etc. Et il écrivait : « Autrefois alternative par défaut, faute d’avoir pu intégrer l’équipe de France A, la volonté opportuniste de rejoindre les Fennecs a laissé place au choix sportif, au choix du cœur. » Ce choix, encouragé par les recruteurs de la FAF (fédération algérienne de Football), a suivi la mauvaise performance de la France au mondial 2010 et la « mystique verte » des supporteurs qui crient, des deux côtés de la Méditerranée : « One two three, Viva l’Algérie ! » Pour le journaliste algérien Hocine Harzoune, « aujourd’hui, les Algériens veulent que l’Algérie gagne. Même avec des binationaux, point-barre ! ».

 

« La France forme nos joueurs » : nationalité sportive peu coûteuse

Quant aux joueurs, les installations sportives, les médecins, les bus, les hôtels des Fennecs, autrefois folkloriques, sont aujourd’hui tout à fait acceptables. Et il ne leur est même plus demandé de « manifester leur algérianité » comme du temps du sélectionneur Rabah Saâdane, voilà quinze ans. En somme, des bi-non-nationaux, bien acclimatés à la mondialisation du football, font des allers-retours tranquilles entre le Maghreb et la France, sans choisir de résidence définitive. L’argent des Français qu’a coûté leur formation ? Ce n’est pas grave ! Un ponte du foot français, Hubert Fournier, déclarait à L’Equipe : « C’est aussi un plaisir de voir l’Algérie championne d’Afrique avec des joueurs formés en France. Ça montre que, quelque part, on coopère. Les politiques ont un peu de mal à le faire. Nous, les sportifs, on y arrive très bien. » L’argent public, il y en a toujours, c’est le contribuable qui casque. Certains l’ont très bien compris. En 2013, on a demandé au président de la Fédération algérienne de foot pourquoi il n’y avait pas de centre de formation en Algérie. Il a répondu : « Il n’y en a pas besoin, la France forme nos joueurs. »

 

P.M.