Le Mot : Droit de ne pas avoir à migrer

Droit pas avoir migrer
 

Dans son discours à la Grande Canarie le 11 juin, Léon XIV a rappelé aux catholiques un double devoir de charité envers les émigrés : l’accueil d’une part, de l’autre « le droit de ne pas avoir à migrer ». Il semble ainsi que le pape, après des décennies de démagogie maximaliste chez certains évêques du continent européen, revienne à la doctrine traditionnelle de l’Eglise en la matière, telle qu’elle a été formulée en 1952 par Pie XII dans la Constitution apostolique Exsul Familia Nazarethana. Après les effroyables mouvements de populations de la Seconde Guerre mondiale, le souverain pontife y avait édicté un droit des migrations réaliste et équilibré. Certaines situations d’urgence autorisent celui qui est en danger à émigrer, à condition que le pays où il va puisse l’accueillir et qu’il en respecte les lois et les mœurs. Quant au droit à ne pas migrer, qui est tout aussi fondamental, il suppose un faisceau de conditions difficiles à remplir. D’abord économiques, une prospérité rendant sans objet l’émigration pour disette, politiques, la liberté d’exister, et spirituelles, excluant les persécutions. Concrètement, il sera difficile que ce droit s’exerce réellement, en dehors d’un néo-colonialisme ou d’un gouvernement mondial. Sans compter, par exemple en Afrique, que peut se greffer un problème « sociétal », c’est-à-dire moral : l’homosexualité demeurant un délit dans de nombreux pays, doit-on, pour respecter le « droit de ne pas avoir à migrer » des homosexuels africains, imposer la dépénalisation de l’homosexualité aux nations d’Afrique ? C’est ce que les Etats-Unis et les Pays-Bas ont déjà essayé de faire en Ouganda, par exemple. Continuons donc à suivre avec attention la pensée du Pape.