Les partisans de l’euthanasie prétendent qu’il n’y a pas de pente glissante et qu’une fois qu’une loi d’« aide à mourir » est votée, tout est gravé dans le marbre, les garanties adoptées suffisant à éviter les dérives. L’Espagne, après tant d’autres pays, vient de montrer que rien n’est moins vrai. Le Congrès des députés espagnols vient d’entamer, le 11 juin, l’examen d’un projet de loi visant à limiter considérablement le contrôle juridictionnel de l’euthanasie. L’idée est d’accélérer l’accès à l’euthanasie grâce à la limitation des audiences devant les juridictions.
En cas de contestation, aux termes du projet, une seule audience aurait lieu devant une juridiction inférieure, et l’appel se ferait directement devant la Cour constitutionnelle. C’est grâce à l’approbation préalable du Parlement régional catalan que le texte est monté à Madrid.
Il semblerait que le discours de Léon XIV, applaudi à tout rompre au Cortès, au cours duquel le pape avait rappelé le devoir de respecter la vie, ait été oublié aussitôt entendu. Il avait déclaré : « Si la vie cesse d’être reconnue comme une valeur fondamentale, quel avenir nos sociétés peuvent-elles avoir ? »
Après l’euthanasie de Noelia Castillo, son père s’exprime
Tous se souviennent, en ces moments, de la mise à mort de Noelia Castillo, cette jeune femme qui avait demandé l’euthanasie contre la volonté des siens, après avoir subi des viols alors qu’elle était placée en foyer ; c’est sa souffrance psychologique qu’elle ne supportait plus. Cette tragédie s’est achevée en mars, après que le père de la jeune femme eut essayé, sans succès, de faire reconnaître que sa fille n’était pas psychologiquement en mesure de prendre une telle décision.
Les procédures qu’il avait engagées avaient retardé l’euthanasie, qui au demeurant a été accompagnée de pressions indues du monde médical sur la jeune femme comme sur ses parents, avec une histoire de don d’organes à la clef. C’est ce type de résistance à l’euthanasie que l’on cherche à réduire, voire à entraver.
Le père de Noelia, Javier Castillo, a choisi ce moment pour faire une déclaration filmée au sujet de la mort de sa fille, mise en ligne par l’association Abogados Cristianos. Il a annoncé que ce serait la première et la dernière après l’exécution de l’euthanasie, mais le moment est important puisque des manœuvres sont en cours pour réduire encore les droits des proches d’un futur euthanasié.
L’injustice dont a été victime Noelia Castillo
« Une injustice a été commise envers Noelia », a déclaré Castillo, pour qui « davantage de ressources auraient pu être allouées » pour traiter les troubles psychologiques et psychiatriques de sa fille. En revanche, a-t-il dit, l’Etat s’est montré « très efficace » lorsqu’il s’est agi de pratiquer l’euthanasie, essentiellement « pour se débarrasser du problème ».
Il a ajouté que Noelia avait réussi à convaincre les médecins que son cas répondait aux critères établis par la loi sur l’euthanasie adoptée en 2022 : « Elle les a trompés de manière très efficace, et ils se sont laissés berner », a déclaré Castillo, ajoutant que l’évaluation des cas d’euthanasie devrait prendre en compte le point de vue des parents. Alors qu’il se trouvait dans la chambre de Noelia avant son décès et que les membres de la Commission des garanties prévue par la loi sont arrivés, il en a été chassé, accuse-t-il : « Ils m’ont mis à la porte. » Sans lui fournir les informations qu’il leur demandait.
En se remémorant la mort de sa fille, Castillo a fondu en larmes et, submergé par l’émotion, a déclaré : « J’ai pu la voir dans le cercueil, je lui ai dit adieu et je l’ai toujours ici », en désignant sa tête pour indiquer qu’il se souviendra toujours d’elle. « Je serais l’homme le plus heureux du monde si elle avait voulu continuer à vivre avec moi et si j’avais pu continuer à prendre soin d’elle jusqu’au jour de ma mort », a-t-il déclaré, regrettant que, dès qu’il a décidé de confier l’affaire à la Fondation des avocats chrétiens, sa fille ait décidé de prendre ses distances avec lui. « Dès qu’elle a vu que son père s’y opposait, que j’essayais d’empêcher l’euthanasie, elle a complètement coupé les ponts avec moi. Jusqu’alors, j’étais avec elle tous les jours de la semaine », a-t-il témoigné.
Réduire encore les recours
« Jusqu’au dernier moment, aucun membre de la famille n’a perdu espoir… pas un seul », a-t-il encore déclaré. « Ni la mère, ni le père, ni les sœurs ne voulaient de l’euthanasie ; chacun, à sa manière et avec sa propre vie, a tenté d’empêcher que cela n’arrive. » Après la mort de Noelia, Castillo a reconnu avoir des sentiments contradictoires : « Un sentiment d’impuissance, comme un échec. Nous avons perdu, et pourtant nous avons gagné. » Il a exprimé sa conviction que sa fille « est maintenant au ciel », tout en reconnaissant que la bataille juridique lui avait gagné deux ans avec Noelia. « Deux ans. Savez-vous ce que représentent deux ans de vie ? Beaucoup. Toute une vie. » Il ne regrette donc rien.
Si elle devait être adoptée, la proposition législative en cours d’examen par le Parlement espagnol empêcherait ce gain de temps qui peut se révéler extrêmement précieux. Non seulement le nombre des recours serait réduit, mais ceux-ci ne pourraient être introduits que devant la chambre du contentieux administratif de la Cour supérieure de justice de la communauté autonome concernée, contournant ainsi les tribunaux de première instance et les cours d’appel provinciales. La procédure de recours se déroulerait devant un seul tribunal, sans droit d’appel, à l’exception d’un recours en protection devant le Tribunal constitutionnel, ce qui n’offrirait quasiment aucune chance aux opposants à une euthanasie. Ce type de recours, selon l’exposé des motifs du projet lui-même, est rejeté dans 98 % des cas.











