Colombie : Abelardo de la Espriella a fait un pèlerinage d’action de grâces et de prières pour la patrie

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En attendant le jour de sa prise de fonctions le 7 août prochain, le président-élu de Colombie, Abelardo de la Espriella, a fait avec son épouse un « pèlerinage d’espérance pour la Patrie-miracle » qu’il a mené dans la plupart des grands sanctuaires catholiques de son pays. Rendre grâces pour sa victoire à l’élection présidentielle – désormais officialisée et reconnue par son adversaire Ivan Cepeda – et prier pour son pays, demander à Dieu sagesse, discernement et conduite pour gouverner conformément à sa volonté, tel était, selon le communiqué officiel de son parti, « Défenseurs de la Patrie », l’objectif de ses déplacements.

C’est ce que De la Espriella lui-même résumait ainsi : « Mettre le présent et l’avenir de la Colombie entre les mains de Dieu. »

Première étape : le sanctuaire de Notre-Dame du Morro, côté Atlantique, dominant la mer des Caraïbes. C’est une fondation récente : elle existe depuis 1999, ayant été construit à l’initiative de l’évêque local après la visite de deux femmes venues depuis Bogotá pour promouvoir la récitation du rosaire. La statue que l’on y vénère, sous le nom de Notre-Dame de la Paix, est inspirée de celle de Notre-Dame de Fatima. Tous les samedis, le sanctuaire accueille les familles qui peuvent s’y consacrer à saint Joseph ou à Notre-Dame. On y récite le rosaire et, au cours de la messe du jour en l’honneur de la Vierge Marie, les nouveau-nés lui sont confiés. C’est là aussi qu’accourent les femmes enceintes pour recevoir une bénédiction spéciale, ainsi que celles qui prient pour avoir des enfants. Belle revanche du christianisme : une légende ancienne veut que dans ce lieu, qui abritait un grand temple précolombien, les mères devaient sacrifier elles-mêmes sur une pierre, sur ordre du cacique, leurs enfants nés avec des défauts physiques. Les premiers samedis du mois y sont marqués par une marche priante, par la récitation du rosaire, les confessions et la messe. Et l’on y prie spécialement pour les vocations.

 

Abelardo de la Espriella consacre sa vie et sa patrie à Marie

« Là, j’ai consacré ma vie, mon service et toute notre nation à la protection de la très sainte Vierge Marie », précise Abelardo de la Espriella sur son compte X.

A l’étape suivante, à Riohacha devant la Virgen de los Remedios, également sur les rives des Caraïbes, il a prié pour les malades, les médecins et tout le personnel de santé, ainsi que pour les hôpitaux et le rétablissement du système de santé colombien. Cette dévotion remonte aux alentours de 1535 et s’établissait alors à une vingtaine de kilomètres de là, avant de suivre le déplacement du village de pêcheurs. La statue qu’on y vénère fut envoyée à l’initiative d’Isabelle la Catholique, avec nombre d’autres images de la Vierge, pour promouvoir l’évangélisation dans ces contrées. La Vierge des Remèdes s’attira la dévotion des populations locales dès le début. Depuis lors, on lui attribue beaucoup de faveurs et des miracles. Le 14 mai 1663, une forte tempête ayant détruit la rue principale, la plus commerçante de la ville, et menaçant de raser l’ensemble des constructions, les habitants accoururent vers la cathédrale pour y prendre la statue de la Vierge qui se trouvait au-dessus du grand autel. Entre l’enthousiasme des habitants et la force du vent, la couronne d’or portée par la statue tomba à terre. Aussitôt, la mer se calma et la tempête cessa. Ces faits sont confirmés par les fouilles archéologiques, qui permettent de constater l’avancée de la mer dans la ville. On a également trouvé de nombreux objets d’or et d’argent créés par les orfèvres de la fameuse rue des Plataneros, qui fut détruite la première. On raconte aussi que, lors d’une attaque de pirates, ces derniers crurent voir, en arrivant devant la ville pour la mettre à sac, de grandes montagnes couvertes de forêts d’où sortait une femme à la tête d’une grande armée. Ils repartirent, affolés.

 

Un pèlerinage pour la patrie, la paix, la réconciliation et les familles

Puis, Abelardo de la Espriella et sa suite se sont rendus à la basilique mineure de Notre-Seigneur des Miracles, à San Benito Abad dans la province de Sucre, où les habitants font deux processions par an en l’honneur de leur saint patron. La basilique accueille des milliers de Colombiens qui viennent y demander des grâces au Fils de Dieu. Là, non loin de la frontière du Panama, le président élu a prié pour la sécurité de la Colombie, pour la paix, pour les forces publiques et pour la protection de chaque famille colombienne.

Dernière étape de la journée : San Pedro Claver à Carthagène des Indiens, de nouveau sur la côte Nord. C’est le lieu qu’a choisi Abelardo de la Espriella pour prier, pour demander à Dieu de ne jamais perdre de vue les plus vulnérables et pour que la justice, la solidarité et la dignité parviennent partout, dans tous les lieux de la patrie. San Pedro Claver vécut dans le collège attenant à l’église de 1614 jusqu’à sa mort en 1654, exerçant un apostolat fait de proximité spirituelle, mais aussi physique, auprès des esclaves noirs victimes de la traite. On lui attribue 300 000 baptêmes d’esclaves arrivés là, éprouvés par la traversée depuis leur Afrique natale pour y être vendus. Le lieu est symbolique en ce qu’il a été attaqué par les anticléricaux arrivés au pouvoir en 1861, qui transformèrent l’église en écurie… Mais, est-ce par superstition, ils n’ont pas osé s’attaquer au tombeau de ce jésuite mort en odeur de sainteté. Sa canonisation devait intervenir en 1888. Saint Pierre Claver y est aujourd’hui vénéré en ses restes corporels, qui se trouvent dans une grande châsse vitrée.

La deuxième étape du pèlerinage eut lieu dimanche, au sanctuaire de Notre-Seigneur des Miracles à San Pedro de los Milagros (Antioquia) près de Medellín. Ce fut l’occasion d’une adoration du Très Saint Sacrement. Le président élu indique sur X y avoir prié pour « le progrès, le développement, la prospérité et des opportunités pour l’ensemble des Colombiens ». Dans cette grande église contruite à la fin du XIXe siècle, on vénère une image miraculeuse de notre Seigneur. C’est le lieu où se rendent les pèlerins pour accomplir leurs promesses. Le sanctuaire obtint le titre de basilique mineure de Jean-Paul II et brille par sa très riche décoration.

 

Les sanctuaires de la Colombie à l’honneur

​L’hélicoptère du président de la Colombie s’envola vers le sud et la frontière équatorienne, vers le sanctuaire de Notre-Dame de Las Lajas dans les Andes, où Abelardo de la Espriella récita le chapelet avant d’offrir un bouquet à la Vierge, en ce sanctuaire improbable, à flanc de montagne, en demandant des grâces de paix, de réconciliation et d’unité pour la nation. C’est depuis le XVIIIe siècle un haut lieu des pèlerinages mariaux en Amérique du Sud. Il s’agit du Sanctuaire national de la Colombie, une gigantesque église néogothique qui se projette dans un canyon et où l’on accède par un pont qui ne mène que vers son entrée principale. En ce lieu, une petite fille sourde-muette retrouva la parole en 1754 en s’exclamant devant la beauté d’une belle dame avec un enfant et entourée de deux moines, alors que sa mère, une domestique indienne, passait avec dans le canyon de la rivière Guaitara et s’était réfugiée avec elle dans une grotte pour s’abriter du mauvais temps. D’abord elle ne fut pas crue. Mais les habitants du village voisin ont fini par se convaincre en voyant la scène décrite par la petite fille, imprimée sur le fond de la grotte. C’est là que l’on éleva l’extraordinaire sanctuaire. L’image y est miraculeusement conservée, ayant pénétré à une profondeur inexplicable dans la roche, et demeure préservée des attaques de tout élément végétal ou organique.

Le pèlerinage devait se poursuivre par une halte au sanctuaire de Notre-Dame de Chiquinquirá, mais l’étape fut rendue impossible en raison des conditions météorologiques. De la Espriella s’est engagé à y retourner ultérieurement pour « accomplir cet engagement de foi ».

Pour finir, il s’est rendu au sanctuaire du Divin Enfant Jésus à Bogota pour y renouveler la consécration de la Colombie au Cœur sacré de Jésus et pour y demander à Dieu « sagesse, discernement et conduite de l’Esprit Saint » dans sa mission de gouvernement. Elevé à l’initiative d’un prêtre salésien, Juan del Rizzo, dans les années 1930, la statue qu’on y vénère est inspirée de l’enfant Jésus de Prague. Et tant de miracles lui sont attribués que le lieu attire désormais la dévotion de nombreux Colombiens du pays tout entier, et même au-delà, la neuvaine à l’enfant Jésus ayant été diffusée dans le monde par les Salésiens.

 

En Colombie, De la Espriella rend hommage au Roi des rois, l’Enfant-Jésus

C’est là qu’Abelardo de la Espriella a prononcé cette prière à genoux :

« Divin Enfant Jésus, Fils éternel du Père, Roi des rois et Seigneur des seigneurs : c’est devant toi que nous achevons ce pèlerinage national, en reconnaissant que toute autorité, toute nation et toute histoire sont sous ta Seigneurie.

« Aujourd’hui, nous levons les yeux vers toi avec gratitude pour les dons que tu as répandus sur la Colombie et, avec une confiance filiale, nous remettons entre tes mains le présent et l’avenir de notre patrie. »

Avant de repartir, flanqué de son épouse sur le tarmac de l’aéroport, il a déclaré : « Nous sommes heureux car nous venons d’achever la bénédiction pour la Colombie, en nous remettant entre les mains de Dieu, de Jésus-Christ et de la Très Sainte Vierge. Nous repartons l’âme comblée, car nous sommes remplis de la grâce de Dieu. »

Abelardo de la Espriella, longtemps athée, affirme s’être converti à la religion catholique après la mort d’un proche du Covid-19. Ses adversaires mettent en doute la sincérité de cette conversion, affirmant qu’elle serait opportuniste et destinée à emporter l’adhésion des Colombiens.

On ne peut juger des intentions ni du for intérieur. Mais si par hasard cette critique était exacte, resterait le fait qu’il existe encore des pays dans le monde où la foi catholique est suffisamment partagée pour qu’une telle démarche puisse apporter des profits. Au-delà, la manière même dont De la Espriella exprime publiquement sa foi en se mettant à genoux devant le Saint-Sacrement, en récitant le chapelet et en invoquant le Christ-Roi va bien au-delà de quelques paroles choisies à dessein dans les discours politiques.

Ces gestes-là ne sont pas de ceux qui assurent la réussite selon ce monde. Mais elles attirent la bénédiction divine, qui vaut infiniment plus.

 

Jeanne Smits